Buch lesen: "Poèmes"
Renée Vivien
Poèmes

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066302122
Table des matières
Etudes et Préludes
A la Femme aimée
Bacchante triste
Sonnet
Chanson
Soir
Aurore sur la Mer
Chanson
Ondine
Victoire
A l’Amie
Chanson
L’Eternelle Vengeance
Sonnet à la Mort
Nudité
Aube incertaine
Chanson
Lucidité
L’Odeur des Vignes
Sourire dans la Mort
Sonnet
Chanson
Chanson
Les Yeux gris
Naïade moderne
Sonnet
Cri
Chanson
Sonnet
Morts inquiets
Sommeil
Sonnets
Amazone
Nocturne
Cendres et Poussières
Invocation
Let the Dead bury their Dead
Les Amazones
Sommeil
L’Automne
Chanson
Prophétie
Désir
Chanson
La Pleureuse
Fleurs de Séléné
Ressemblance inquiétante
Velléité
Le Sang des Fleurs
Ton Ame
Sur le Rythme saphique
Locusta
Lucidité
Lassitude
Devant la mort d’une amie
Les Arbres
«I’ve been a ranger»
Sonnet féminin
Épitaphe
Évocations
Les Solitaires
Feuilles sur l’Eau
Prolonge la Nuit
Le Toucher
La Mort d’une Bacchante
La Rançon
Sonnet
Atthis
Ch anson norvégienne
L’Au rore triste
Violettes d’Automne
L’Odeur de la Montagne
La Conque
Water Lilies
La Fleur du Sorbier
La Mort de Psappha
SCÈNE I
SCÈNE II
SCÈNE III
SCÈNE IV
Lamentation
Départ
Les Chardons
Violettes blanches
Viviane
Gellô
Sonnet
Souveraines
La Nuit est à nous...
Les Ébauches
Gorgô
Vers le Nord
Chanson
Victoire funèbre
Twilight
Velléda
Soir
Aigues-marines
La Fusée
Elle habite les Ruines...
La Satyresse
Danses sacrées
Les Revenants
Atthis délaissée
Les Couleurs de la Nuit
Hiver
Vers les Sirènes
Sonnet
Chanson
Korinna triomphante
To the Sunset Goddess
La Faunesse
Les Noyées
Les Couleurs
Le Bloc de Marbre
Ressouvenir
A la Divinité inconnue
Mort maritime
Paysage mystique
T i m a s
A Venise
Sapho
Ode à l’Aphrodita
Ode à une Femme aimée
La Vénus des Aveugles
Incipit Liber Veneris Cæcorum
La Fourrure
Arums de Palestine
Reflets d’Ardoise
After Glow
L’Aurore vengeresse
Donna m’apparve
Péché des Musiques
A la perverse Ophélie
Chanson pour Elle
La Nuit latente
Sonnet de Porcelaine
Les Succubes disent...
Cérès Éleusine
Sonnet à une Enfant
Treize
Naples
Telle que Viviane
Les Iles
La Vierge au Tapis
Chanson pour mon Ombre
La Madone aux Lys
Les Emmurées
Les Oliviers
Les Mangeurs d’herbe
A la Florentine
Le Dédain de Psappha
Paysage d’après El Greco
Le Labyrinthe
Les Oripeaux
Les Lèvres pareilles
Faste des Tissus
Litanie de la Haine
Virgo Hebraïca
Pour Une
Intervalle crépusculaire
Chevauchée
La Dogaresse
SCÈNE PREMIÈRE
SCENE II
Les Cygnes sauvages
Les Morts aveugles
Les Vendeuses de Fleurs
La Douve
Explicit Liber Veneris Caecorum
Études et Préludes–Cendres et Poussières
Évocations
Sapho–La Vénus des Aveugles
PARIS
LIBRAIRIE ALPHONSE LE M ERRE
23-33, PASSAGE CHOISEUL, 23-33
M DCCCCXXIII
Ouvrages en vers de Renée Vivien
ETUDES ET PRÉLUDES, 1901.
––2e éd., 1903.
CENDRES ET POUSSIERES, 1902.
––2e éd., 1903–
EVOCATIONS, 1903.
–28éd., 1905.
SAPHO, 1903.
LA VÉNUS DES AVEUGLES, 1903.
LES KITHAREDES, 1904.
A L’HEURE DES MAINS JOINTES, 1906.
CHANSONS POUR MON OMBRE, 1907(sous le nom de Pauline M. Tarn).
SILLAGES, 1908.
FLAMBEAUX ÉTEINTS, 1908.
POÈMES, 1909.
DANS UN COIN DE VIOLETTES, 1910.
LE VENT DES VAISSEAUX, 1910.
HAILLONS, 1910.
Chansons pour mon Ombre et Poèmes sont des recueils à tirage restreint, ne contenant que des œuvres déjà publiées.
Certaines pièces ont eu jusqu’à quatre éditions, souvent très dissemblables et parfois sous des titres différents.
Le principe de la présente édition a été de reproduire la dernière version de l’auteur, mais, à la suite de chaque pièce, on a indiqué les divers recueils où cette pièce a paru. Les deux éditions des trois premiers ouvrages sont distinguées par les chiffres romainsIet II.
A mon Amie
H.L.C.B.
Etudes et Préludes
Table des matières
A la Femme aimée
Table des matières
LORSQUE tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.
Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.
Je semis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis des lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes.
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
’Blonde, tu m’apparus.
Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naif, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.
(Études, I, 3; II, 3.)
Bacchante triste
Table des matières
LE jour ne perce plus de flèches arrogantes
Les bois émerveillés de là beauté des nuits,
Et c’est l’heure troublée où dansent les Bacchantes
Parmi l’accablement des rythmes alanguis.
Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,
Leurs pieds vifs sont légers comme l’aile des vents,
Et le rose des chairs, la souplesse des lignes,
Ont peuplé la forêt de sourires mouvants.
La plus jeune a des chants qui rappellent le râle:
Sa. gorge d’amoureuse est lourde de sanglots.
Elle n’est point pareille aux autres,–elle est pâle;
Son front a l’amertume et l’orage des flots.
Le vin où le soleil des vendanges persiste
Ne lui ramène plus le généreux oubli;
Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,
Et les feuillages noirs ceignent son front pâli.
Tout en elle est lassé des fausses allégresses.
Et le pressentiment des froids et durs matins
Vient corrompre la flamme et le miel des caresses.
ELle songe, parmi les roses des festins.
Celle-là se souvient des baisers qu’on oublie...
Elle n’apprendra pas le désir sans douleurs,
Celle qui voit toujours avec mélancolie
Au fond des soirs d’orgie agoniser les fleurs.
(Études, I, 7; II, 7; Poèmes, 3.)
Sonnet
Table des matières
L’ORGUEIL des lourds anneaux, la pompe des parures,
Mêlent l’éclat de l’art à ton charme pervers,
Et les gardénias qui parent les hivers
Se meurent dans tes mains aux caresses impures.
Ta bouche délicate aux fines ciselures.
Excelle à moduler l’artifice des vers:
Sous les flots de satin savamment entr’ouverts,
Ton sein s’épanouit en de pâles luxures.
Le reflet des saphirs assombrit tes yeux bleus,
Et l’incertain remous de ton corps onduleux
Fait un sillage d’or au milieu des lumières.
Quand tu passes, gardant un sourire ténu,
Blond pastel surchargé de parfums et de pierres,
Je songe à la splendeur de ton corps libre et nu.
(Études, I, 147; II, II; Poèmes, 5.)
Chanson
Table des matières
TA voix est un savant poème...
Charme fragile de l’esprit,
Désespoir de l’âme, je t’aime
Comme une douleur qu’on chérit.
Dans ta grâce longue et blêmie,
Tu reviens du fond de jadis... O ma blanche et lointaine amie,
Je t’adore comme les lys!
On dit qu’un souvenir s’émousse,
Mais comment oublier jamais
Que ta voix se faisait très douce
Pour me dire que tu m’aimais?
(Études, I, II; II, 15.)
LE couchant adoucit le sourire du ciel.
La nuit vient gravement, ainsi qu’une prêtresse.
La brise a déroulé, d’un geste de caresse,
Tes cheveux aux blondeurs de maïs et de miel.
Tes lèvres ont gardé le pli de la parole
Dont mon rêve attentif s’est longtemps enchanté.
Une voix de souffrance a longtemps sangloté
Dans l’ombre d’où l’encens des fleurs blanches s’envole.
Ta robe a des frissons de festins somptueux,
Et, sous la majesté de la noble parure,
Fleurit, enveloppé d’haleines de luxure,
Lys profane, ton corps pâle et voluptueux.
Ta prunelle aux bleus frais s’alanguit et se pâme.
Je vois, dans tes regards pareils aux tristes cieux,
Dans cette pureté dernière de tes yeux,
La forme endolorie et lasse de ton âme.
Là-bas s’apaise enfin l’essaim d’or des guêpiers...
Parmi les chants vaincus et les splendeurs éteintes,
Tu frôles sans les voir les frêles hyacinthes
Qui se meurent d’amour, ayant touché tes pieds.
(Études, I, 15; II, 19.)
Sonnet
PARLE-MOI, de ta voix pareille à l’eau courante,
Lorsque s’est ralenti le souffle des aveux.
Dis-moi des mots railleurs et cruels si tu veux,
Mais berce-moi de la mélopée enivrante.
De ce timbre voilé qui m’attriste et m’enchante,
Lorsque mon front s’égare en tes vagues cheveux,
Exprime tes espoirs, tes regrets et tes vœux, Omon harmonieuse et musicale amante!
Et moi, j’écouterai ta voix et son doux chant.
Je ne comprendrai plus, j’écouterai, cherchant,
Sinon l’entier oubli, du moins la somnolence.
Car si tu t’arrêtais, ne fût-ce qu’un moment,
J’entendrais... j’entendrais au profond du silence
Quelque chose d’affreux qui pleure horriblement.
(Études, I, 19; II, 23; Poèmes, 9,)

TA forme est un éclair qui laisse les bras vides,
Ton sourire est l’instant que l’on ne peut saisir...
Tu fuis, lorsque l’appel de mes lèvres avides
T’implore, ô mon Désir!
Plus froide que l’Espoir, ta caresse cruelle
Passe comme un parfum et meurt comme un reflet.
Ah! l’éternelle faim et la soif éternelle
Et l’éternel regret!
Tu frôles sans étreindre, ainsi que la Chimère
Vers qui tendent toujours les vœux inapaisés...
Rien ne vaut ce tourment ni cette extase amère
De tes rares baisers!
(Études, I, 27; II, 27.)
Soir
Table des matières
LA lumière agonise et meurt à tes genoux.
Viens, ô toi dont le front impénétrable et doux
Porte l’accablement des pesantes années:
Douloureuse et les traits mortellement pâlis,
Viens, sans autre parfum dans ta robe à longs plis
Que le souffle des fleurs depuis longtemps fanées.
Viens, sans fard à ta lèvre où brûle mon désir,
Sans anneaux,–le rubis, l’opale et le saphir
Déshonorent tes doigts laiteux comme la lune,–
Et bannis de tes yeux les reflets du miroir...
Voici l’heure très simple et très chaste du soir
Où la couleur oppresse, où le luxe importune.
Délivre ton chagrin du sourire éternel,
Exhale ta souffrance en un sincère appel:
Les choses d’autrefois, si cruelles et folles,
Laissons-les au silence, au lointain, à la mort...
Dans le rêve qui sait consoler de l’effort,
Oublions cette fièvre ancienne des paroles.
Je baiserai tes mains et tes divins pieds nus,
Et nos cœurs pleureront de s’être méconnus,
Pleureront les mots vils et les gestes infâmes.
Des vols s’attarderont dans la paix des chemins...
Tu joindras la blancheur mystique de tes mains,
Et je t’adorerai, dans l’ombre’où sont les âmes.
(Études, I, 23; II, 31.)
Aurore sur la Mer
Table des matières
... quant à mon sanglot: et que les vents orageux l’emportent pour les souffrances!
PSAPPHA.
JE te méprise enfin, souffrance passagère!
J’ai relevé mon front. J’ai fini de pleurer.
Mon âme est affranchie, et ton ombre légère
Dans les nuits sans repos ne vient plus l’effleurer.
Aujourd’hui je souris à l’aube qui nous blesse. O vent des vastes mers, qui, sans parfum de fleurs,
D’une âcre odeur de sel ranimes ma faiblesse, O vent du large! emporte à jamais les douleurs!
Emporte les douleurs au loin, d’un grand coup d’aile,
Afin que le bonheur éclate, triomphal,
Dans nos cœurs où l’orgueil divin se renouvelle,
Tournés vers le soleil, les chants et l’idéal!
(Etudes, I, 31; II, 35; Chansons, 69.)
Chanson
Table des matières
L E vol de la chauve-souris,
Tortueux, angoissé, bizarre,
Aux battements d’ailes meurtris,
Revient et s’éloigne et s’égare.
N’as-tu pas senti qu’un moment,
Ivre de ses souffrances vaines,
Mon âme allait éperdument
Vers tes chères lèvres lointaines?
(Études, I, 35.)
Ondine
Table des matières
TON rire est clair, ta caresse est profonde,
Tes froids baisers aiment le mal qu’ils font;
Tes yeux sont bleus comme un lotus sur l’onde,
Et les lys d’eau sont moins purs que ton front.
Ta forme fuit, ta démarche est fluide,
Et tes cheveux sont de légers réseaux;
Ta voix ruisselle ainsi qu’un flot perfide;
Tes souples bras sont pareils aux roseaux,
Aux longs roseaux des fleuves, dont l’étreinte
Enlace, étouffe, étrangle savamment,
Au fond des flots, une agonie éteinte
Dans un nocturne évanouissement.
(Études, I, 39; II, 39.)
Victoire
Table des matières
DONNE-MOI tes baisers amers comme des larmes,
Le soir, quand les oiseaux s’attardent dans leurs vols.
Nos longs accouplements sans amour ont les charmes
Des rapines, l’attrait farouche des viols.
Tes yeux ont reflété la splendeur de l’orage...
Exhale ton mépris jusqu’en ta pâmoison,
O très chère!–Ouvre-moi tes lèvres avec rage:
J’en boirai lentement le fiel et le poison.
J’ai l’émoi du pilleur devant un butin rare,
Pendant la nuit de fièvre où ton regard pâlit...
L’âme des conquérants, éclatante et barbare,
Chante dans mon triomphe au sortir de ton lit!
(Études) I, 43; II, 43.)
A l’Amie
Table des matières
DAN S tes yeux les clartés trop brutales s’émoussent.
Ton front lisse, pareil à l’éclatant vélin
Que l’écarlate et l’or de l’image éclaboussent,
Brûle de reflets roux ton regard opalin.
Ton visage a pour moi le charme des fleurs mortes,
Et le souffle appauvri des lys que tu m’apportes
Monte vers les langueurs du soleil au déclin.
Fuyons, Sérénité de mes heures meurtries,
Au fond du crépuscule infructueux et las.
Dans l’enveloppement des vapeurs attendries,
Dans le soir fraternel, je te dirai très bas
Ce que fut la beauté de la Maîtresse unique...
Ah! cet âpre parfum, cette amère musique
Des bonheurs accablés qui ne reviendront pas!
Ainsi nous troublerons longtemps la paix des cendres.
Je te dirai des mots de passion, et toi,
Le rêve ailleurs et les yeux lointainement tendres,
Tu suivras ton passé de souffrance et d’effroi.
Ta voix aura le chant des lentes litanies
Où sanglote l’écho des plaintes infinies,
Et ton âme, l’essor douloureux de la Foi.
(Études, I, 47; II, 47.)
Chanson
Table des matières
De ta robe à longs plis flottants
Ruissellent toutes les chimères,
Et tu m’apportes le printemps
Dans tes mains blondes et légères.
J’ai peur de ce frisson nacré
De tes frêles seins, je ne touche
Qu’en tremblant à ton corps sacré,
J’ai peur du charme de ta bouche.
Je me sens grandir jusqu’aux Dieux
Quand, sous mon orgueilleuse étreinte,
Le doux bleu meurtri de tes yeux
S’évanouit, fraîcheur éteinte.
Mais quand, si blanche entre mes bras,
A mon cri d’amour qui se pâme
Tu souris et ne réponds pas,
Tes yeux fermés me glacent l’âme...
J’ai peur,–c’est le remords spectral
Que l’extase ne saurait taire,–
De t’avoir peut-être fait mal
D’une caresse involontaire.
(Études, I, 51; II, 51.)