Buch lesen: "Les contes de tante Judith"

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Margaret Gatty

Les contes de tante Judith


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066317249

Table des matières

PRÉFACE

LES PETITES VICTIMES

LES MAUVAISES HERBES

LE JEU DE LA MADAME ET DE LA CUISINIÈRE


PRÉFACE

Table des matières

Nous n’avons pas à faire l’apologie de ce recueil de contes. Les deux noms inscrits sur le titre suffisent amplement à le recommander. Qui ne connaît P.-J. Stahl-Hetzel? Qui n’est plus ou moins au courant de sa double carrière d’écrivain et d’éditeur si brillamment poursuivie durant plusieurs générations? Aux éloges unanimes dont a été l’objet ce conteur exquis, ce spirituel humoriste, cet aimable et délicat moraliste, c’est, pourra-t-il sembler, ajouter peu de chose que de dire qu’il fut aussi le plus ingénieux le plus habile des adaptateurs. Ce n’est pas rien cependant. Pour réussir un pareil travail, surtout quand il s’applique à des œuvres destinées à la jeunesse, il faut, outre la connaissance intime du nouveau public auquel on veut les offrir, des qualités de pénétration et d’assimilation qui ne sont pas le fait de tous les littérateurs. P.-J. Stahl y était passé maître. Combien de productions étrangères a-t-il ainsi reprises, transformées, en faisant, en quelque sorte, des livres nouveaux, qu’il savait approprier à ses lecteurs français, sans en altérer la saveur indigène! Parfois il n’empruntait que les incidents principaux des récits, ou même que les sujets, pour les traiter à sa propre façon; mais ceci touche à la composition originale. Telle ne pouvait pas être sa manière de procéder à l’égard des Contes de la Tante Judith. A part quelques légères retouches, il n’avait rien à y modifier, mais seulement à les revêtir de son style alerte et limpide, bien à lui. On sait quelle réputation l’auteur, Mme Alfred Gatty s’est acquise en Angleterre par ses ouvrages d’éducation, contes, nouvelles, apologues, d’invention très particulière et du sentiment le plus pur. Si mérité qu’ait été le succès de ces diverses productions, la faveur qu’elles ont rencontrée près d’un juge aussi autorisé que P.-J. Stahl n’en a pas été une médiocre confirmation. Nombre d’entre elles, insérées dans le Magasin d’Éducation et de Récréation, témoignent ainsi de l’estime que faisait de leur valeur morale et littéraire l’éminent directeur de ce recueil. Entre lui et l’auteur anglais on pourrait noter, d’ailleurs, certaines analogies, certains rapports de conception et de vues, sous réserve, bien entendu, de l’importance des œuvres respectives. C’est en raison de cette affinité et en souvenir de la sympathie qui en résultait que M. Hetzel, le directeur actuel, a voulu donner place à Mme Gatty dans la Petite Bibliothèque blanche où figure au premier rang son collaborateur, en compagnie d’autres célébrités. Et, certes, parmi les jeunes clients et assidus lecteurs de ladite Bibliothèque il n’y en aura aucun à qui n’agrée l’adjonction des Contes de la tante Judith. Comme dans tous les volumes antérieurs, ils y trouveront Éducation et Récréation réunies se prêtant mutuellement appui.

LES ÉDITEURS.


LES PETITES VICTIMES

Table des matières

OU LES PETITES MISÈRES DE LA VIE ENFANTINE

Il n’est pas au monde un spectacle plus charmant que celui de la fille aînée d’une nombreuse famille en train d’amuser «les petits», et leur devenant ainsi une seconde petite maman.

Maman, la vraie, aurait-elle osé s’installer dans un fauteuil et se permettre cette confortable sieste, nécessaire cependant à sa santé, si personne n’eût été là pour s’occuper des enfants? Non, certes, mais elle venait d’entendre numéro 8 (quand on a huit enfants, il est prudent de donner à chacun son numéro) prier la sœur aînée, une belle et charmante jeune fille de seize ans que ses petits frères et ses petites sœurs avaient pris l’habitude de nommer tante Judith, de leur conter une histoire, — requête à laquelle tante Judith avait répondu par un signe de tête affirmatif. Sur ce, maman avait fermé les yeux et s’était disposée à sommeiller, certaine que rien ne troublerait la tranquillité de la maison pendant que sa fille improviserait un de ces contes amusants qui se terminaient toujours par un renseignement inattendu ou un bon conseil.

Donc, maman s’était endormie d’un côté de la cheminée, tandis que de l’autre papa lisait son journal, lorsque tante Judith et numéro 8 quittèrent sans bruit le salon pour se diriger vers la grande salle à manger à rideaux rouges. La première s’assit pour réfléchir à son histoire et l’autre courut prévenir «tous les petits».

Cinq minutes après, un bruit de pas retentit le long des couloirs, puis dans l’escalier. On fit irruption dans la salle à manger, où l’on s’empressa de s’établir autour du feu devant lequel tante Judith était assise.

Les petits se présentaient en nombre et le visage rayonnant. Je n’ose pas trop vous dire combien il y en avait. Tante Judith les invita à prendre des sièges sans se bousculer. Cet ordre ne fut pas exécuté à la lettre, car chacun voulut se placer à côté de la conteuse, de sorte que les auditeurs se poussèrent et se querellèrent un peu.

TANTE JUDITH LES INVITA A PRENDRE DES SIÈGES. (Page 11.)


Enfin, le cercle fut formé. La flamme joyeuse du foyer dansait du parquet au plafond, éclairant bien des tresses blondes. Tante Judith jeta un coup d’œil sur le groupe. Au point de vue artistique, l’ensemble du tableau obtint son approbation, mais certains détails lui déplurent.

«Numéro 6 et Numéro 7, s’écria-t-elle, lorsqu’on désire écouter une histoire, on arrive dans une tenue convenable, — permettez-moi de vous faire remarquer que vous avez les mains sales.»

Numéro 6 baissa la tête. Numéro 7 voulut parlementer. Il y avait si peu de temps qu’il s’était lavé les mains, et depuis il avait seulement joué aux billes sur le tapis. Les grandes personnes ne se lavent pas les mains à chaque minuté, — cela lui paraissait fort dur.

Tante Judith, douée d’un esprit très logique, se hâta d’expliquer aux petits en général et aux numéros 6 et 7 en particulier, que le moment de se laver les mains revient chaque fois qu’on a les mains sales, les eût-on retiré de l’eau cinq minutes auparavant. Telle est, du moins, affirma-t-elle, la coutume qui règne en Angleterre, en France, en Allemagne, en Russie, en Italie et dans la plupart des pays civilisés. Un sauvage pouvait seul songer à se révolter contre une habitude aussi respectable. Elle insista donc pour que numéros 6 et 7 remontassent à leur chambre afin de procéder aux ablutions indispensables, sans quoi on les renverrait, et il n’y aurait pas d’histoire pour eux.

Ce soir là, numéros 6 et 7 se montraient moins dociles qu’à l’ordinaire. A vrai dire, ainsi qu’il arrive de temps à autre dans les maisons les mieux ordonnées, tout semblait aller de travers depuis le matin. C’était une froide, sombre et pluvieuse journée du mois de novembre. Impossible de se promener, même dans le jardin. Les grandes personnes avaient été énervées et les enfants avaient pleuré sans rime ni raison. Pour comble de malheur, c’était un samedi. On nettoyait et on récurait dans tous les coins; dans les couloirs résonnait le bruit des brosses et le grincement du grès contre les dalles. Les servantes, en pareille occasion, ne souffraient pas que l’on jouât au loup sur l’escalier ou dans les corridors. Maman, en bonne ménagère, avait passé l’après-midi à examiner ses comptes, cherchant le moyen de diminuer les dépenses de la maison. Par-dessus le marché, le samedi étant un jour de demi-congé, les petits, pour employer leur expression, n’avaient rien à faire.

ON PARVINT A DÉCIDER LES RÉCALCITRANTS A MONTER. (Page 15.)


Aussi, numéros 6 et 7, déjà agacés par la pluie et par les autres contre-temps de la journée, témoignèrent-ils un peu de mauvaise humeur lorsqu’il fut question d’aller se laver les mains. Tante Judith demeura inexorable et le reste de l’auditoire commença bientôt à s’impatienter du retard que causait la discussion. Enfin, grâce aux cajoleries et aux menaces d’exclusion, on parvint à décider les récalcitrants à monter chez eux afin de rendre à leurs menottes peu. présentables cette nuance rose qui prouve qu’elles n’ont pas, tout récemment, ramoné une cheminée. Je regrette d’avoir à ajouter qu’en s’éloignant numéros 6 et 7 répétèrent d’un ton larmoyant que «c’était trop dur».

Lorsqu’ils eurent disparu, tante Judith pria les autres de ne point parler, et il s’ensuivit un moment de silence. Les plus jeunes conclurent évidemment que la conteuse profitait de l’intervalle pour composer son histoire, car ils la regardaient de toute leur force, comme pour découvrir de quelle façon elle s’y prenait.

La pluie frappait les vitres avec violence, et le vent, qui pénétrait à travers les interstices des solives, agitait les rideaux rouges. Il y avait quelque chose d’attristant dans les bruits qui arrivaient du dehors et quelque chose de très bizarre dans les nuances variables que la flamme vacillante du foyer prêtait aux rideaux dont les plis se gonflaient ou s’affaissaient tour à tour. Plusieurs des enfants en firent la remarque; mais personne n’ouvrit la bouche jusqu’à ce qu’un bruit de galop eut annoncé le retour de numéro 6 et de numéro 7. Alors seulement une petite fille se permit de dire tout bas: «Je serais très fâchée d’être dehors, au milieu du vent et de la pluie,» et son voisin répliqua: «Qui donc serait assez bête pour sortir au milieu du vent et de la pluie? Personne, naturellement. »

Sur ces entrefaites, numéros 6 et 7 rentrèrent et prirent place sur deux petites chaises, après avoir montré à tante Judith deux paires de mains irréprochables. Tante Judith, sans se formaliser de l’air de dignité offensée avec laquelle les nouveaux venus s’étaient soumis à cette inspection, se tourna de manière à faire face à son auditoire et commença son récit.

«Il y avait une fois huit petites victimes qui se trouvaient enfermées dans une maison où elles étaient surveillées nuit et jour par plusieurs grands gardiens. Ces pauvres victimes ne pouvaient donc jamais agir comme bon leur semblait...

— Ton histoire ne sera pas trop triste, n’est-ce pas, tante Judith? interrompit numéro 8, qui commençait à trembler.

— Tu as tort de t’effrayer, Numéro 8, répliqua tante Judith; mes histoires finissent toujours bien.

— Tant mieux, reprit numéro 8 avec un sourire de satisfaction, en posant l’une après l’autre ses mains grassouillettes sur ses genoux. Continue, s’il vous plaît.


— Est-ce que la maison était une prison? demanda numéro 7.

— Cela dépend de l’idée que tu te fais d’une prison, répondit tante Judith.

— Oh! une prison, c’est un endroit avec des murs tout autour, où l’on ferme les portes pour empêcher les gens de sortir quand cela leur plaît.

— Très bien. Dans ce cas, je crois que nous pouvons donner le nom de prison à la demeure de nos petites victimes; car c’était un endroit avec des murs tout autour, et, que les portes fussent fermées ou non, on ne laissait pas sortir les victimes quand cela leur plaisait.

— Pauvres victimes! murmura numéro 8; mais il se consola en se rappelant que l’histoire finirait bien.

— Tante Judith, avant de continuer, dis-nous ce que c’est qu’une victime. Est-ce une fée ou quoi? Moi je ne sais pas du tout.»

Cette question venait de numéro 5 qui réfléchissait un peu plus que ses compagnons et se montrait parfois disposé à entraver la marche du récit afin d’obtenir un renseignement.

Numéro 6, pressé d’entendre la suite, donna un coup de coude à numéro 5 pour l’engager à se tenir tranquille; mais tante Judith déclara qu’elle n’aimait pas à raconter des histoires à des personnes qui ne se souciaient pas de la comprendre.

«Les anciens, reprit-elle, appelaient victimes l’animal qu’ils offraient en sacrifice à la suite d’une victoire et en d’autres occasions. Vous savez ce que c’est qu’un sacrifice, car vous connaissez l’histoire d’Abel offrant à Dieu les premiers-nés de son troupeau... »

Les enfants firent un signe de tête affirmatif et tante Judith poursuivit:

«Les chrétiens ont cessé de célébrer des sacrifices de ce genre; — par conséquent, on ne voit plus parmi nous de victimes proprement dites. Seulement, nous avons conservé le mot, et nous nommons victime toute créature qui est maltraitée, blessée ou tuée par une autre. Par exemple, si l’un de vous tourmentait beaucoup le chat, on pourrait dire que la pauvre bête est la victime de votre cruauté. De même, les huit infortunés dont je vous parle étaient les victimes des caprices et des cruels préjugés de ceux qui les gardaient.

«Avant d’aller plus loin, j’ai une recommandation à vous adresser: chaque fois que je raconterai quelque chose de triste sur le compte de ces petites victimes, vous vous mettrez à gémir tous à la fois. Gémissons, s’il vous plaît, maintenant que vous comprenez ce que c’est qu’une victime.»

Tante Judith leva le bras, et à ce signal l’auditoire gémit à l’unisson, l’exemple étant donné par numéros 3 et 4 qui, il faut l’avouer, ne s’acquittèrent pas de leur tâche avec la tristesse désirable. Vous auriez de la peine à croire combien ce gémissement les soulagea; il suffit pour chasser le souvenir des nombreux ennuis de la journée. Du moins, je le suppose, car à peine eut-on gémi, que chacun se mit à sourire.

Alors tante Judith reprit:

«Quoique j’aie promis de ne pas vous arracher trop de larmes, il faut que je vous raconte les misères que mes victimes avaient à souffrir dans le cours d’une seule journée, et vous jugerez si elles étaient à plaindre. Je commencerai par la dernière de ces misères parce qu’elle leur semblait la plus terrible et se renouvelait avec une régularité déplorable. Figurez-vous que tous les soirs, vers huit heures, on les condamnait à aller se coucher. Peut-être cela vous étonnera-t-il d’apprendre que les petites victimes se regardaient comme très malheureuses parce qu’on les obligeait à se reposer; mais je vais vous expliquer de quelle façon les choses se passaient.

«La nuit, quand les portes extérieures de la prison étaient bien fermées, de manière que personne ne pût s’échapper, on allait chercher les petites victimes dans la chambre qu’elles occupaient au troisième étage pour les amener en bas, dans un salon où quelques-uns de leurs gardiens se tenaient d’habitude. En hiver, un bon feu flambait dans la cheminée; sur la table brillait une belle lampe qui répandait une clarté si agréable, que le cœur des pauvres victimes tressaillait d’aise en entrant dans cette salle si gaie.

QUELQUE FOIS, IL Y AVAIT LA DEUX OU TROIS VISITEURS. (Page 23).


«Quelquefois, il y avait là deux ou trois visiteurs qui prenaient mes victimes sur leurs genoux et leur disaient une foule de choses intéressantes. Ou bien, on donnait aux victimes des livres d’images et l’on organisait des jeux pour les amuser. Ou bien, les gardiens eux-mêmes embrassaient les petites victimes et leur prodiguaient les paroles les plus tendres, — ils avaient vraiment l’air de les aimer. Cela paraît charmant, n’est-ce pas? Et en effet, c’eût été charmant, si les gardiens avaient consenti à ce que la séance durât toujours. Mais c’était justement la seule chose à laquelle ils ne voulaient jamais, jamais consentir. Donc, si bien que les petites victimes se fussent amusées, elles finissaient toujours par s’attrister.

«Comment en aurait-il été autrement? Au plus beau moment, on était sûr d’entendre un horrible signal! Une des vilaines gardiennes d’en haut frappait à la porte pour réclamer les petites victimes. Elle tenait absolument à les fourrer dans un lit bien chaud. Entraîner ainsi des jeunes personnes qui ne pensaient qu’à s’amuser, quelle cruauté !

«Ah! si une seule des victimes eût eu sommeil, si une seule d’entre elles se fût sentie fatiguée! Mais pas du tout! Les pauvres petites ne savaient pas ce que c’était que la fatigue en pareille circonstance, et il fallait presque les emporter de force, avant que la plus jeune éprouvât la moindre envie de se coucher.

Habituellement, dès que le signal en question se faisait entendre, les victimes commençaient à pleurer, à déclarer que ça leur semblait très dur. Elles n’avaient pas besoin de dormir, disaient-elles. Un soir, une d’elles alla jusqu’à prétendre qu’elle ne pouvait pas dormir. Mais toute résistance était vaine. Les petites victimes auraient eu autant de chance d’attendrir un rocher que de toucher le cœur endurci de leurs gardiens.

«Ah ça! s’écria tante Judith, qui interrompit brusquement son récit, il me semble que vous devriez profiter de l’occasion pour témoigner la sympathie que vous inspirent les souffrances des malheureuses victimes. Pourquoi ne gémissez-vous pas?»

L’auditoire poussa un gémissement d’une faiblesse unanime. Tante Judith hocha la tête.

«Voilà un sentiment qui ne me paraît guère venir du cœur, dit-elle. Ne pensez-vous pas que, si vous essayiez, vous pourriez gémir plus fort à l’idée d’une pareille misère?»

Ils essayèrent et réussirent un peu mieux que la première fois; mais ils échangèrent aussitôt des regards furtifs.

«Est-ce que les lits des petites victimes étaient bien durs, tante Judith? demanda numéro 8, d’une voix plaintive.

CHACUNE DEMANDAIT A ÊTRE COUCHÉE LA PREMIERE. (Page 28.)


— Pas du tout. Ces lits se dressaient au-dessus du niveau du sol, sur quatre pieds très joliment tournés, de sorte que les dormeurs s’y trouvaient à l’abri des courants d’air qui passent sous les portes les mieux closes. Sur un châssis traversé par des sangles on avait placé des sacs épais rembourrés d’une substance molle et élastique. Je me figure qu’on devait y dormir fort à l’aise. Les lits avaient la forme d’un carré long ou d’un parallélogramme rectangulaire. Je vous engage à vous rappeler ces mots-là ; car il est assez amusant, lorsqu’on va se coucher, de songer que l’on s’endort sur un parallélogramme.»

Numéros 3 et 4 éclatèrent de rire, tandis que les auditeurs moins âgés ouvraient de grands yeux.

«Pour ma part, continua tante Judith, je trouve qu’il est bon d’examiner les objets dont on se sert constamment et de s’expliquer pourquoi ils sont faits de telle ou telle façon. Il existe beaucoup de choses utiles auxquelles on s’habitue au point de n’en apprécier la valeur que le jour où on les perd, et c’est vraiment dommage.

«Sur les sacs rembourrés qui garnissaient le parallélogramme et que l’on nomme matelas, s’étendait une couverture moelleuse, et par-dessus la couverture deux draps blancs, puis d’autres couvertures cachées sous une jolie courtepointe.

«Or, c’est entre les deux draps que l’on déposait les petites victimes, et vous vous imaginez si elles devaient être contentes! Elles avaient beau se plaindre, leurs gardiens ne leur permettaient pas de passer une seule nuit ailleurs que dans ces nids confortables. C’était bien dur!

«Mais je ne vous ai pas encore raconté la moitié des tourments qui les attendaient à heure fixe. En pénétrant dans leur dortoir, les petites victimes apercevaient, à travers leurs larmes, un énorme et vilain baquet rond en métal bien brillant, plein d’eau tiède, et à côté de beaucoup de cuvettes un tas de serviettes qui chauffaient sur le garde-feu. C’est pour cela qu’on les arrachait aux joies du salon! Alors commençait pour elles un nouveau supplice. Soit par suite de l’effort qu’il leur avait fallu faire pour monter d’un étage à l’autre, soit à cause du chagrin qu’elles ressentaient, elles découvraient tout à coup qu’elles tombaient de fatigue. Chacune d’elles voulait se dispenser d’approcher de l’odieux baquet. «A quoi

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€1,99
Altersbeschränkung:
0+
Veröffentlichungsdatum auf Litres:
16 Januar 2025
Umfang:
90 S. 34 Illustrationen
ISBN:
4064066317249
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Rechteinhaber:
Bookwire
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