Buch lesen: "Peintres et dessinateurs de la mer"

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Louis de Veyran

Peintres et dessinateurs de la mer

Histoire de la peinture de marine


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066307226

Table des matières

INTRODUCTION

CHAPITRE I

CHAPITRE II

HOLLANDE

BELGIQUE

ITALIE

ESPAGNE

PORTUGAL

ANGLETERRE

ALLEMAGNE

AUTRICHE-HONGRIE

RUSSIE

POLOGNE

FINLANDE

SUÈDE

NORVÈGE

DANEMARK

SUISSE

GRÈCE

TURQUIE

ÉTATS-UNIS

JAPON

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

LES VÉNITIENS

LES PAYSAGISTES

LES ORIENTALISTES

LES GENS DE MER

PEINTRES DE GENRE

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CONCLUSION


INTRODUCTION

Table des matières

La peinture de marine forme à elle seule un genre très distinct qui exige les études les plus sérieuses, les plus difficiles. Valenciennes dit, dans son traité de perspective , que «pour être peintre de marines, il faut connaître la construction, le gréement, l’équipement des navires de toute espèce, la forme des rochers, la nature des dunes, étudier les ciels et les eaux, sous leur aspect et rapports, suivant les occurrences des phénomènes dans l’atmosphère ou sur la mer. Il faut avoir acquis une grande habitude de peindre du premier coup, pour faire en un jour le ciel, le fonds et une partie des eaux, dans la même pâte de couleur, surtout lorsqu’il y a de l’orage et du brouillard. Enfin il est nécessaire d’avoir navigué non seulement sur les côtes, mais en pleine mer.»

Les peintres de marines se divisent en trois catégories:

1° Ceux qui vivent à la mer, avec la préoccupation de rendre fidèlement le spectacle qu’ils ont sous les yeux.

2° Ceux qui habitent une plage plusieurs mois de l’année et copient du rivage ou du quai d’un port les effets ou les incidents qui les frappent.

3° Les paysagistes qui peignent par hasard la mer ou s’en servent pour agrémenter un tableau, lui donner de la profondeur.

Les peintres de marines deviennent rares, parce que la peinture de mer est très ingrate et qu’elle ne profite guère à son interprète. Les amateurs recherchent peu les tableaux de marines, et lorsqu’un peintre atteint quelque célébrité en ce genre, ils achètent son œuvre pour que le nom soit représenté dans leurs collections; le sujet guide rarement l’acheteur. Les admirateurs de la mer se rencontrent surtout parmi un petit groupe de poètes, de lettrés et de marins.

L’éducation d’un peintre de marines est des plus rudes et des plus pénibles. Pour peindre la mer, il faut avoir navigué en toutes saisons, avoir passé des journées et des semaines au large, avoir fait des études entre le ciel et l’eau, et quand on a tous les documents nécessaires on peut, au retour dans l’atelier, exécuter des œuvres vraisemblables. Gudin, Garneray, Durand-Brager, etc., etc., ont mené cette vie, et quelle que soit la façon dont on apprécie leur talent, on reconnaîtra que leurs tableaux sont bien marins, qu’ils sentent la mer et qu’on peut s’embarquer sans crainte sur leurs navires.

Une des grandes difficultés du métier est de dessiner des vaisseaux d’une structure parfaite, de donner aux voiles leur forme, de faire de bons apparaux suivant les époques. La plupart des gréements sont tracés un peu au hasard. Les artistes ne connaissent guère l’usage de toutes les cordes qui garnissent la mâture. Nous leur conseillons de ne pas trop se fier à certaines publications pittoresques dont les navires sont inexacts, mais d’aller au musée de marine du Louvre où ils trouveront des modèles d’une rigoureuse exactitude.

On voit souvent des marins critiquer un gréement de vaisseau, dans un très bon tableau. Pour eux, le bateau ne ferait pas cent mètres, dans un port, tant les agrès paraissent invraisemblables, et cependant l’œuvre obtient du succès.

Il faut également savoir mettre un bateau dans l’eau: Combien de tableaux où le navire, coupé par la ligne de mer, semble un joujou d’enfant posé sur une glace qui le reflète, car l’eau ne le mouille pas, il n’est pas dedans, il est posé dessus.

Il est aussi difficile de bien saisir l’anatomie des vagues et de les rendre dans leur mouvement de va-et-vient, de représenter des falaises dans leurs formes pittoresques, dans leur structure géologique.

On pourrait énumérer à l’infini mille observations de cette sorte.

Il est plus difficile de représenter la pleine mer par un beau ou mauvais temps ou de peindre des plages pittoresques, sur lesquelles on voit s’agiter un monde d’élégants, de marins, de pêcheuses de crevettes plus ou moins retroussées, jolies femmes fort agréables à voir. Les premiers tableaux exigent de grands efforts, les seconds se font aisément.

En résumé, ce n’est qu’en menant la vie des gens de mer qu’un peintre de marines apprend son métier et peut étudier sérieusement ce modèle éternellement changeant et insondable qu’on appelle l’océan. Mais ceux qui ont le courage de vivre ainsi été et hiver, de travailler au vent et à la pluie, sont très rares. Cela explique pourquoi, à notre époque, on trouve tant de tableaux de marines si peu marins.

Les maîtres du genre ont été les Hollandais. Ils vivaient sur leurs canaux, dans leur mer intérieure, leur atelier s’ouvrait sur le modèle même et ils l’avaient constamment sous les yeux. Van de Velde le vieux avait un atelier sur un radeau et y travaillait au milieu de la flotte de son ami Ruyter. Dès qu’il entendait parler d’un combat qui allait se livrer, il s’embarquait aussitôt, dans l’unique but d’assister à l’action et d’en représenter les mouvements avec plus de vérité. Ludolf Bakhuyzen s’embarquait par un gros temps, dans une chaloupe, malgré les avertissements des matelots, pour étudier les effets d’une tempête. Van de Velde le jeune sortait par tout espèce de temps, pour étudier le ciel. Avec de tels moyens, on comprend que ces maîtres aient atteint la perfection.

Les artistes qui veulent se consacrer à ce genre, feront bien d’étudier les œuvres de Joseph Vernet, qui, malgré leur convention, leur apprendront à rendre les effets de la mer et du ciel. Qu’ils aillent au musée de marine du Louvre admirer les dessins de Pierre et de Nicolas Ozanne, ils atteignent une perfection d’art difficile à égaler; ils y verront aussi les aquarelles de François Roux dont les navires ont une telle exactitude qu’un faiseur de modèles a pu dire qu’il lui suffirait d’ajouter quelques mesures à leur aspect pour pouvoir les exécuter en relief. A la bibliothèque nationale, les gravures de Baugean, de Mayer, de Morel-Fatio sont des documents à consulter.

Si aujourd’hui la peinture de marine semble tourner vers le paysage marin, c’est qu’elle a perdu beaucoup de son intérêt par la disparition de la marine à voiles, par la transformation du vaisseau qui est maintenant tout, hormis pittoresque, par la rareté des combats navals.

Les peintres de marines doivent se contenter actuellement d’un domaine plus restreint et porter leurs efforts sur l’étude sincère de la nature, et cette étude sincère ne s’obtiendra qu’en vivant à la mer.


CHAPITRE I

Table des matières

LA PEINTURE DE MARINE DANS L’ANTIQUITÉ ET AU MOYEN AGE

La mer tient une grande place dans les théogonies de l’antiquité. Les différents peuples d’Europe et d’Asie, surtout les peuples maritimes, lui rendaient des honneurs. Poseidon, souverain de la mer, représentait un des grands dieux des races éolique et dorienne. Autour de lui, se groupait une série de divinités qui se partageaient, sous ses ordres, l’empire des eaux. Les poèmes sanscrits célèbrent Varouna, dieu de l’océan occidental. Les princes et les héros se disaient fils des nymphes de la mer.

Les anciens peuples considéraient la mer comme l’auxiliaire des puissances divines. Elle s’irritait et s’apaisait selon le caprice des dieux. Elle était pour eux un élément mystérieux et insondable. Des poètes, Homère et Virgile, l’ont chantée en des vers admirables. Dans les idylles de Théocrite et les odes de Pindare, on l’aperçoit sans cesse à l’horizon.

Dans l’Odyssée et l’Iliade se déroule la vie navale des anciens. Longues navigations, tempêtes furieuses, combats de mer, Homère a tout décrit, et lorsque l’on parcourt la mer Ionienne, c’est le nom du poète qui revient le plus souvent à la pensée. Apollonius de Rhodes et C.-Valerius Flaccus, dans leurs poèmes sur l’expédition des Argonautes, nous montrent la vie maritime des anciens. Dans l’Enéide, Virgile paraît initié aux détails de la navigation avec une telle science, que l’archéologue Jal a pu écrire un livre, Virgilius nauticus, constatant l’exactitude des renseignements donnés par le poète.

Les bardes saxons et scandinaves ont raconté les aventures de ces peuples hardis, vrais rois de la mer, qui se risquaient sur les flots avec des navires bien défectueux qu’ils appelaient, en leur langage imagé, les «grands chevaux de la mer». Le poème Gudren rappelle une légende maritime des Germains du Nord. Le joli conte de la Nef Catherinette est célèbre en Portugal, etc., etc. Nous devons constater que nos vieux poètes français parlent rarement de la mer.

Les Egyptiens, seuls, regardaient la mer comme impure. Dans leurs peintures merveilleusement conservées, ils ne nous ont laissé que la silhouette de quelques galères. Leurs artistes étaient plutôt des enlumineurs que des peintres, et leurs œuvres naïves et sans lumière ni perspective manquent d’intérêt pour l’étude que nous avons entreprise.

Il ne nous reste rien de la peinture des Chaldéens et des Assyriens. Mais, d’après les bas-reliefs qui nous sont parvenus, nous pouvons imaginer ce que devaient être leurs tableaux, les objets s’y superposaient sans art. «Les eaux étaient représentées par des lignes ondulées, mêlées d’enroulements pour figurer les flots et aussi par des hachures qui se coupaient à angle droit» .

Les Phéniciens ont été surtout des trafiquants. Pour ce peuple de navigateurs et de marchands, la mer était un chemin qui facilitait leurs entreprises commerciales.

Les anciens Perses ont fondé un empire riche et puissant. Nous ignorons si la peinture servait à la décoration de leurs fastueux palais; elle ne devait guère être employée que pour des ornements symboliques.

La mer a été pour la Grèce une parure admirable. Ses flots bleus baignent amoureusement les découpures de ses côtes, et entourent ses îles d’une ceinture d’azur. C’est près d’elle que le peuple plaçait les plus beaux monuments, voulant l’associer à sa vie religieuse et intime. Elle a été non seulement chantée par les poètes, mais des artistes l’ont représentée dans des œuvres peintes. Elles ont malheureusement disparu par l’effet du temps, des guerres, des incendies et du pillage. Il ne nous reste plus que des peintures sur vase qui indiquent un art fin et délicat. Si nous considérons la splendeur des monuments encore debout, nous devons supposer que les peintures des artistes grecs rivalisaient en éclat et en beauté avec les chefs-d’œuvre de l’architecture et de la sculpture. Apelle, Zeuxis, Polygnotte n’étaient pas moins célèbres que Phidias et Praxitèle.

Nous avons quelques indications sur la peinture de marine des Grecs par Pausanias , qui parcourut la Grèce au deuxième siècle de notre ère, et par Pline , qui nous donne des renseignements sur les peintres anciens. Pausanias nous apprend qu’on voyait au Poecile une bataille de Marathon où les Grecs poursuivaient les Perses qui cherchaient à monter sur les vaisseaux phéniciens. Dans le temple de Thésée, il signale des peintures de Micon reproduisant des épisodes de la vie aventureuse du héros.

Dans la Lesché de Delphes, il admire des fresques de Polygnotte qui représentaient le départ des Grecs de Troie; on apercevait le vaisseau de Ménélas avec son équipage, le pilote Phrontis tenant des avirons, au-dessous de lui, un personnage qui descendait du vaisseau par une échelle. D’autres scènes, peintes dans cette énorme composition, se passaient près de la mer.

Pline nous parle de Pamphile qui avait représenté un Ulysse en mer; du macédonien Héraclide qui peignait des vaisseaux; de Néalce, artiste habile et spirituel qui, voulant reproduire un combat entre les Egyptiens et les Perses, sur le Nil, dont l’eau a la même couleur que celle de la mer, et désespérant d’exprimer par l’art le lieu de la scène, eut recours à un symbole; il mit sur la rive un âne qui boit et un crocodile qui le guette.

C’est la mer qui a servi de cadre au chef-d’œuvre d’Apelle, la Vénus Anadyomène. «Ce fut au retour de la pompe sacrée, nous dit Beulé , sur cette plage mollement arrondie qui forme la baie d’Eleusis, et sur laquelle le flot paresseux expire sans qu’on entende son murmure, en face des montagnes de Salamine et de Mégare dont les contours bleuâtres se découpent sur le ciel, au milieu de tous les sourires de la nature, que l’on vit tout à coup sortir de l’onde la courtisane Phrynée, nue comme Vénus, belle comme une statue; puis, Posée sur le sable, les pieds baignés par l’écume de la mer, elle se mit à tordre dans ses mains sa chevelure humide. Apelle fut tellement frappé de ce spectacle, qu’il rentra chez lui Pour en fixer le souvenir, et peignit la Vénus Anadyomène, c’est-à-dire son œuvre la plus accomplie.»

De tout cet art aujourd’hui disparu, il ne reste plus que des dessins de galères et des combats navals peints sur vases.

Dans les peintures étrusques, nous ne voyons rien qui se rapporte à notre sujet. Les fresques trouvées dans les chambres sépulcrales retracent des scènes familières de danseurs, de banquets, de chasse, de pêche, des paysages dont la mer est exclue.

La peinture était en grand honneur chez les Romains. Elle servait non seulement à la décoration des monuments, niais aussi à la glorification de la Patrie, en retraçant les hauts faits de l’histoire nationale. La lutte de Rome et de Carthage, les combats de terre et de mer, etc., etc., fournissaient de nombreux sujets aux artistes. Les généraux vainqueurs faisaient volontiers peindre des tableaux où se voyaient leurs actions d’éclat. Il n’est pas douteux que la mer entrât dans ces compositions. Nous en sommes réduits à des conjectures.

Au siècle d’Auguste, Rome paraissait remplie de chefs-d’œuvre. Le goût des tableaux était très répandu, et on les payait fort cher. Le Bacchus du temple de Cérès valait six cent mille sesterces (146,410 fr.); deux tableaux, l’un représentant Ajax et l’autre Vénus, avaient atteint le prix de trois cent mille deniers (417,332 fr.); une Médée de Timomaque, de Byzance, avait été achetée quatre-vingts talents attiques (417,332, fr.) etc., etc.

Malgré ce penchant des Romains pour la Peinture, ils comptaient parmi eux fort peu d’artistes indigènes. Les Fabius et les Pacuvius étaient rares. La peinture, considérée autrefois comme une occupation de grand seigneur, avait cessé, nous dit Pline, d’être cultivée Par des mains honnêtes; on la laissait aux esclaves et aux affranchis. Des artistes grecs, venus en foule à Rome, exécutèrent la plus grande partie des œuvres que l’on voyait alors en Italie.

La peinture décorative ne semblait pas moins goûtée que la peinture historique. Les Romains se plaisaient à couvrir de fresques les murs de leurs palais et de leurs maisons de campagne. Ils y faisaient représenter des scènes mythologiques, des épisodes de la guerre de Troie, des sites agrestes, des prairies, des bois, des fleurs, des ports de mer. Ludius, le plus célèbre des artistes décorateurs, contemporain d’Auguste, peignait des paysages à l’aspect riant et aussi des marines. Il jouissait d’une grande renommée. Ses œuvres, exposées aux outrages du temps, ont disparu. Les découvertes de Pompéi nous donnent une idée du genre.

Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. la peinture paraît en décadence. La nouvelle religion proscrit tableaux et statues qu’elle considère comme des instruments de perversion. Un mouvement de réaction se produit et l’art renaît de ses cendres. Sous le règne de Constantin, il prend un développement considérable. On construit de superbes églises, de magnifiques palais, et la querelle des iconoclastes ne parvient pas à entraver ce bel essor. La domination de la maison macédonienne (867-1057) est aussi favorable à l’art. L’époque de décadence ne commence qu’au XIe siècle et se continue pendant les croisades. Dans ces temps troublés, la peinture semble complètement négligée.

L’art byzantin a surtout un caractère hiératique et ornemental, éloigné de la nature. Cependant certaines compositions empruntées à l’ancien et au nouveau Testament, telles que le Passage de la Mer rouge, Jésus apaisant les flots, la Pèche miraculeuse, devaient nécessairement reproduire la mer, et les peintures et les mosaïques qui ornaient les murs des palais impériaux représentaient parfois des paysages et des marines. Il ne nous reste rien de ces œuvres.

Au moyen âge, quelques miniatures de manuscrits reproduisent des navires et des combats navals. Citons celles de la Ricardienne, de la bibliothèque de Saint-Gall, de la bibliothèque nationale de Paris. Les fresques d’Andréa da Firenze, au Campo Santo de Pise, attribuées faussement à Simone Memmi, le tableau de Pietro Lorenzetti aux offices de Florence, sont aussi des spécimens de la peinture de marine à cette époque.

CHAPITRE II

Table des matières

LA PEINTURE DE MARINE ÉTRANGÈRE
HOLLANDE

Table des matières

Les premiers peintres de marines ont été les Hollandais. La configuration de leur pays les obligeait à vivre en communication constante avec la mer, — une mer souvent triste, sombre, méchante, roulant au niveau du sol des flots jaunâtres, sous un ciel chargé de gros nuages noirs. — Sur elle ils ont conquis le sol de leur patrie, et c’est elle encore qui les protège contre les invasions de l’ennemi. Elle semble la sauvegarde de leur indépendance, la protectrice de leur liberté.

La mer a été pour ce vaillant peuple le théâtre de nombreux exploits, la cause de sa richesse et de sa prospérité. On comprend l’attraction qu’elle a exercée sur les artistes de ce pays. Ils l’ont peinte avec une sincérité et un charme tout particuliers, et ils ont trouvé dans sa vie changeante et animée, de nombreux sujets de tableaux.

Les marinistes hollandais forment une longue liste qui commence par Vroom, pour finir Par Mesdag, un contemporain que ses ancêtres ne désavoueraient pas.

Hendrick Vroom (1566-1640), né à Harlem, étudia la peinture avec Corneille Herickson. Il voyagea en Italie, en Espagne, en Angleterre. Sa vocation de peintre de marines se décida à la suite d’un naufrage qu’il fit sur les côtes du Portugal. Il en reproduisit sur la toile toutes les Péripéties, et son tableau eut un si grand succès qu’on lui en demanda plusieurs copies. Depuis, il ne peignit que des marines. Il fut chargé par ses compatriotes de représenter quelques exploits des marins de la Hollande. Il peignit aussi l’expédition de l’Invincible Armada, pour l’amiral Howard, qui commandait la flotte anglaise. Ses tableaux se distinguaient surtout par l’exactitude des détails. Ils paraissaient, pendant la vie de l’artiste, très recherchés, ils sont aujourd’hui bien démodés. Ils montrent les premiers essais d’un art à ses débuts.

Il y a plus de légèreté dans les marines de Jean Parcellis, son élève, né à Leyde, vers l’an 1597 et décédé à une date inconnue. Il a peint des calmes plats, des scènes de pêche et surtout des tempêtes. Ce sont ses meilleures toiles, quoiqu’elles semblent loin de la perfection. Il n’hésitait pas à affronter les périls de la mer, pour mieux l’observer. Son œuvre est, en résumé, médiocre.

Son fils, Jules Parcellis, né à Leydorp, en 1628, se consacra à la peinture de marine. On l’a souvent confondu avec son père, car il signait ses tableaux J. P. Il chercha surtout à imiter Van de Velde. M. H. Havard cite une de ses œuvres, Eaux tranquilles, mise en vente à Londres sous le nom de Van de Velde, et adjugée 300 livres (7,500 fr.).

Pieter Molyn le vieux (1600-1670), né à Harlem, un des promoteurs du paysage hollandais, a peint aussi quelques marines.

Son fils, Pieter Molyn (1637-1701), surnommé de Mulieribus, probablement à cause de ses aventures galantes, étudia d’abord la peinture avec son père. Il partit pour l’Italie où son talent se perfectionna, et il acquit bientôt, dans plusieurs genres, une habileté qui le conduisit rapidement à la fortune. Marié, il fit assassiner sa femme, pour épouser sa maîtresse, une Génoise, dont il était follement épris. Condamné à une réclusion perpétuelle, il ne fut délivré qu’au bombardement de la ville par Duquesne, en 1684. Sa captivité avait duré seize années. Enfermé dans un donjon d’où il dominait la mer, il put peindre des marines et principalement des tempêtes d’une exécution vigoureuse, qui l’ont fait surnommer Tempesta.

Les marines de Simon de Vlieger (1610-1690) rivalisent avec celles de Guillaume Van de Velde et de Bakhuyzen. Le musée du Louvre possède de cet artiste une marine par un temps calme, d’une grande finesse de dessin. On voit de lui, au musée d’Amsterdam, les Régates et le Combat naval sur le Slaak. Son chef-d’œuvre, la Tempête, d’un effet sinistre, se trouve au musée de Munich.

Van Goyen, Cuyp, Jac Van Capelle, Salomon et Jacob Ruysdaël, Lingelbach, Blanckof, Everdingen ont fait accidentellement des marines.

Jan Van Goyen, né à Leyde, en 1596, passe pour le premier peintre qui ait compris et rendu la mélancolie des paysages hollandais. Il se sert de moyens très simples. Il sait donner la lumière avec un petit nombre de couleurs. L’eau est l’élément dominant de ses tableaux, elle pénètre dans la toile, l’éclaire de transparences. Ses ciels sont légers et ses colorations très douces. Ses œuvres répandues dans toutes les galeries d’Europe, se ressemblent par leur facture, mais elles paraissent variées dans leur composition. L’artiste peint des calmes plats, des ports, des canaux où se reflète la tristesse du pays hollandais. Le Louvre possède cinq toiles de Van Goyen.

Aalbert Cuyp (1594-1651) a peint des marines éclairées par une jolie lumière, qui l’ont fait appeler le Claude Lorrain de la Hollande. Les principales sont: une Revue de la flotte hollandaise passée par le prince d’Orange, le beau Clair de lune de la galerie Six, et la Tempête du musée du Louvre.

Jan Van Capelle peut être considéré comme un des plus grands peintres de marines de l’école hollandaise. Il rappelle la manière de Cuyp, par la jolie clarté dont ses toiles sont inondées. Il compose bien et sa peinture paraît solide et serrée. Il imite Willem Van de Velde, mais il lui semble parfois supérieur Par la largeur de son exécution et la franchise de sa couleur.

Les Paysagistes Salomon et Jacob Ruysdaël ont peint des marines. Celles de Jacob (1628-1682) surtout sont remarquables par leur coloris, par leur charme pénétrant, par la douce mélancolie qui s’en dégage, par la simplicité et la vérité, de l’interprétation. J. Ruysdaël voit la nature avec une âme d’artiste.

La galerie de Chantilly possède une marine du peintre qui est un chef-d’œuvre. C’est la Plage et les Dunes de Scheweningen. M. A. Gruyer considère ce tableau comme la perle du musée. «La plage, dit-il, dessine une courbe harmonieuse sur le premier plan du tableau. Au-delà de cette plage, la mer; en-deçà les dunes. La marée monte. Des barques, atterries sur la rive, attendent le flot qui va les prendre; d’autres sont bercées déjà par les lames. Le vent souffle, la bourrasque s’annonce. A droite, les dunes qu’on dirait soulevées comme des vagues, fléchissent et se relèvent avec un bonheur d’expression qu’on ne voit pas ailleurs. Les rares végétations qui les animent verdissent çà et là d’un vert pâle à fleur de sable, sans rien dérober de leurs formes. Une cabane chétive est blottie dans leurs plis, tandis qu’une frêle mâture pour les signaux se dresse sur un de leurs sommets. Tout s’emmêle dans cet ensemble, en s’entr’aidant pour être vu. La simplicité des lignes et l’apparente uniformité du paysage grandissent ici le spectacle du ciel. Le ciel, en effet, joue un très grand rôle, peut-être le principal rôle dans cette peinture. Il modèle en quelque sorte et la terre et les eaux, en les pénétrant de sa propre physionomie. Dans ce ciel encore bleu, les nuages montent avec des formes aériennes, qui sont le complément des formes de la terre. Le soleil, dans une envolée soudaine à travers la nuée, enveloppe de lumière les dunes qui se profilent à l’horizon, et apporte comme un avertissement soudain à cette plage, où tout est calme encore, mais où tout sera bouleversé bientôt.» La Tempête du musée du Louvre ne paraît pas moins remarquable. L’artiste a rendu l’agitation des flots, l’effet du vent sur un paysage désolé avec un art infini.

Allart Everdingen (1621-1675) a peint des tempêtes exécutées avec vigueur. Son dessin est serré et sa couleur chaude. Un naufrage qu’il fit sur les côtes de Norvège lui donna le goût des mers tourmentées; il est probable qu’il le communiqua à Bakhuyzen, son élève. Le musée de Chantilly possède d’Allart Everdingen une Tempête de neige qui est certainement une de ses plus belles œuvres. Le vent, la neige se déchaînent sur une mer bouleversée dont les vagues écumantes se brisent avec fracas les unes contre les autres. Le ciel chargé d’épais et lourds nuages annonce une de ces tempêtes neigeuses si cruelles aux marins. Dans ce ciel noir, quelques clartés font prévoir la fin de la tourmente. Une barque de pêche, voiles déployées, gagne le large, tandis qu’un navire cherche à se réfugier dans le port. Everdingen nous donne l’impression d’un spectacle sinistre.

Son élève, J.-Antoine Blanckhof (1628-1670) a peint de nombreuses marines. Il aimait surtout à représenter des tempêtes. Le bon Descamps nous dit que «ses tableaux sont si bien coloriés, si bien entendus pour les effets, qu’on croit entendre siffler les vents et gronder la foudre».

Jan Lingelbach (1625-1687), quoique né à Francfort, passa toute sa vie en Hollande. Il a surtout représenté des ports agréablement «meublés» de personnages et d’un coloris agréable.

Aert Van der Neer (1613-1684), Jan Van der Heyden (1637-1684), ont su peindre avec une grande vérité le ciel et l’eau, l’eau dormante surtout. Van der Neer y ajoute un charme, un sentiment poétique qui émeuvent. Il aime surtout à représenter les crépuscules et les clairs de lune. Une de ses marines se trouve au musée de Nancy.

Jan-Baptiste Weenix (1621-1660), a peint d’une touche puissante quelques ports de mer. Les Corsaires repoussés du musée du Louvre sont un de ses meilleurs tableaux, quoique la composition en soit bizarre.

Les artistes que nous venons de nommer s’occupèrent accidentellement de marines. La Hollande va bientôt produire des peintres qui se consacrèrent exclusivement à ce genre. Il atteindra son apogée avec Willem Van de Velde le jeune.

Cet artiste est considéré comme le plus grand peintre de marines, non seulement de la Hollande, mais encore du monde entier.

Son père, Willem Van de Velde le vieux (1610-1693), commença par naviguer, et, pendant les loisirs de la vie de bord, il dessinait à la plume des navires de toutes sortes. Ses dessins, remarquables par leur exactitude et leur précision, attirèrent l’attention sur leur auteur. La compagnie des Indes orientales lui confia le soin de reproduire sa flotte, et il s’acquitta de sa tâche à l’entière satisfaction de tous. L’amirauté se l’attacha et mit à sa disposition un aviso qui lui permettait de suivre le mouvement des escadres. Il prit même part à plusieurs combats navals, et il n’hésitait pas à risquer sa vie pour mieux voir et observer les mouvements de l’ennemi. Ses œuvres, très recherchées, tenaient lieu de documents. Les Anglais lui firent des propositions qu’il accepta, et il devint le peintre de marines de Charles Il et de Jacques II. Il mourut à Londres en 1693. Il a laissé un grand nombre de dessins et quelques tableaux qui rappellent la manière de son fils. Ils sont à Hampton-Court et à Amsterdam.

Willem Van de Velde le jeune, né à Amsterdam en 1633, est élève de son père qui lui apprit les premières notions indispensables à un peintre de marines, et le fit entrer dans l’atelier de Simon de Vlieger. C’était un excellent choix que cet artiste qui a su exprimer avec tant de poésie et de mélancolie la nature de la Hollande. Les premières œuvres de Willem Van de Velde indiquent un maître. On voit au musée de Cassel une marine datée de 1653 et peinte quand il avait vingt ans, où il montre toutes les qualités d’observation et d’exécution qui lui assureront le premier rang.

Willem Van de Velde plaisait aux Hollandais, parce qu’il était comme son père d’une rigoureuse exactitude, qu’il s’agît du gréement ou de la manœuvre. Il peignait surtout des calmes. Il aimait les grands horizons, les eaux transparentes où se mirent les navires aux blanches voiles, la lumière douce et caressante. Ses ciels sont resplendissants. Ses nuages légers, transparents, clairs, s’harmonisent avec la mer. On ressent, en présence de ses œuvres, une quiétude parfaite. L’artiste n’arrivait à donner cette impression que par une étude constante de la nature.

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0+
Veröffentlichungsdatum auf Litres:
15 Januar 2025
Umfang:
171 S. 2 Illustrationen
ISBN:
4064066307226
Verleger:
Rechteinhaber:
Bookwire
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