Buch lesen: "Jane Austen: Oeuvres Majeures"
Jane Austen
Jane Austen: Oeuvres Majeures
e-artnow, 2019
Contact: info@e-artnow.org
ISBN 978-80-273-0238-3
Table des matières
Notice Biographique.
Raison et Sensibilité (1811)
Orgueil et préjugés(1813)
Mansfield Park (1814)
Emma (1815)
L’Abbaye de Northanger (1818)
Persuasion (1818)
Notice
Biographique.
Table des matières
L’ouvrage que j’offre au public, est la production d’une plume qui a déjà plus d’une fois contribué à ses plaisirs. S’il ne s’est pas montré insensible au mérite : de Raison et Sensibilité — d’Orgueil et préjugé — de Mansfield Park — d’Emma, — quand il saura que l’auteur de ces ouvrages est maintenant renfermé dans la tombe, il lira peut-être avec plus d’intérêt que de curiosité un abrégé succint de la vie de Jeanne Austen.
Une vie remplie par la religion et la littérature n’est pas fertile en événemens.
Il est consolant pour ceux qui gémissent de la perte de Jeanne Austen, de penser que comme elle n’a jamais mérité de reproches, aussi elle n’a jamais eu de chagrins à essuyer dans le cercle de sa famille et de ses amis. Ses désirs étaient raisonnables et généreux : parmi les contrariétés de la vie, elle ne s’est jamais laissé aller au découragement et au dépit.
— Jeanne Austen naquit le 16 décembre 1775, à Steveton, dans le comté de Hantz ; son père avait été Recteur de la paroisse pendant quarante ans. Il administra seul, et toujours avec activité et vigilance, jusqu’à l’âge de 70 ans, qu’il se retira avec sa femme et ses deux filles à Bath, pour y passer le reste de sa vie, qui dura encore environ quatre ans. Comme il était un homme instruit, et qu’il possédait un goût exquis pour tous les genres de littérature, il n’est pas étonnant que sa fille Jeanne, dès sa première jeunesse, ait été sensible aux charmes du style et enthousiaste de la culture de sa propre langue.
À la mort de son père elle alla demeurer pendant quelque tems avec sa mère et sa sœur, à Southampton, et en dernier lieu, en 1809, dans le joli village de Chawton, situé dans le même Comté. C’est là qu’elle publia des ouvrages estimés par quelques personnes à l’égal de ceux des Arbley, des Edgeworth. Elle les conservait long-tems avant de les publier, parce que, se défiant de son jugement, elle avait adopté la méthode de les relire plusieurs fois et à quelques intervalles, pour ne les livrer à l’impression qu’après avoir laissé effacer ou au-moins affaiblir l’effet d’une composition récente.
Sa bonne constitution, la régularité de sa vie, ses occupations douces et tranquilles semblaient promettre au public une longue suite de jouissances, et à elle la gloire d’une réputation chaque jour plus célèbre ; mais dès le commencement de 1816, les symptômes d’une maladie incurable se manifestèrent. Les progrès du mal furent d’abord peu sensibles ; dans le mois de mai 1817, il fut nécessaire de la conduire à Winchester pour y recevoir les secours journaliers de la médecine. Pendant deux mois elle supporta avec la plus grande résignation les douleurs que cause une nature qui se détruit et le dégoût occasionné par les remèdes. Elle conserva jusqu’à la fin sa mémoire, son imagination, l’égalité de son humeur, ses tendres affections, et toutes ses qualités dans toute leur intégrité ; ni son amour pour Dieu, ni son attachement pour ses amis, ne s’affaiblirent un instant. Elle voulait recevoir publiquement les derniers sacremens ; mais son excessive faiblesse ne le lui permit pas. Elle écrivit tant qu’elle put tenir la plume, et quand celle-ci devint trop pesante pour elle, elle la remplaça par un pinceau.
La veille de sa mort, elle composa des stances étincelantes d’imagination et pleines de vigueur. Ses dernières expressions furent des remercîmens pour les soins que son médecin lui avait rendus ; ses derniers mots furent sa réponse à la demande qu’on lui faisait pour savoir si elle n’avait besoin de rien ; je n’ai besoin que de mourir, dit-elle, et elle expira le vendredi 18 juillet 1817, dans les bras de sa sœur, qui aussi bien que l’auteur de cette notice, n’en perdra jamais le triste souvenir.
Jeanne Austen fut inhumée le 24 juillet, dans une chapelle de la Cathédrale de Winchester, où reposent les cendres d’un grand nombre de personnages célèbres.
Elle était douée de tous les avantages qui séduisent : une taille élevée et svelte, des mouvemens gracieux, des traits réguliers ; dont l’expression était celle de la douceur, de la bienveillance, de la sensibilité, composaient l’ensemble de sa personne. Elle était très-blanche et avait le teint très-beau ; on pouvait dire poétiquement et cependant avec vérité, que sur ses joues modestes, on lisait que son cœur était éloquent. Sa voix était de la plus grande douceur : elle parlait avec abondance et précision : elle était formée pour faire le charme de la société. Sa conversation était aussi agréable que ses ouvrages ; elle avait des connaissances en peinture, art dont elle s’était occupée avec succès pendant sa jeunesse, ainsi que de la musique et de la danse ; je ne puis mieux compléter l’idée que je voudrais donner d’elle qu’en disant quelle charmait tous les momens des heureux amis qui vivaient en sa société.
L’opinion générale, qu’un tempérament calme est incompatible avec une imagination vive et un esprit fin est démentie par l’exemple de notre auteur. Tous ceux qui ont eu le bonheur de la connaître en ont fait l’observation. Quoique les fautes, les faiblesses et les folies fussent hors de sa nature, elle était indulgente, et cherchait toujours les raisons qui pouvaient excuser les coupables. L’affectation d’ingénuité est commune ; mais chez elle c’était l’ingénuité même ; aussi parfaite qu’il est donné à la nature humaine de l’être, elle trouvait toujours dans les fautes des autres des motifs pour les excuser, les pardonner, les oublier : quand toute justification était impossible, elle gardait le silence
Elle ne proféra de sa vie une parole de haine, de dureté, de colère ; enfin son caractère était aussi poli que son esprit.
On ne pouvait la connaître sans désirer son amitié, et se féliciter de l’avoir obtenue. Elle était tranquille, sans réserve ni froideur, communicative sans indiscrétion ni vanité ; elle devint auteur uniquement parce que c’était son inclination. Ni l’espoir de la fortune, ni celui de la célébrité n’y contribuèrent en rien. Quelques-uns de ses ouvrages furent composés plusieurs années avant leur publication. Ce ne fut qu’avec bien de la peine que ses amis, dont elle estimait le jugement, mais dont elle craignait la partialité, parvinrent à obtenir qu’elle fît imprimer le premier. Elle était si persuadée qu’elle n’en retirerait pas les frais, qu’elle s’imposa une retenue sur son revenu pour remplacer la perte à laquelle elle s’attendait.
Elle eut de la peine à croire celui qui lui donna la bonne nouvelle que Raison et Sensibilité lui valait net 150 livres sterling ; elle jugeait que cette somme était trop forte pour si peu de peine. Ses lecteurs s’étonneront au contraire qu’elle fût si faible, lorsque certains auteurs ont reçu plus de guinées qu’ils n’ont écrit de lignes. Cependant les ouvrages de notre auteur dureront autant que ceux qui ont eu le plus d’éclat ; et le public lui rendra toujours la justice qu’elle mérite. Sa modestie était si grande, qu’elle ne put jamais se décider à placer son nom à la tête des ouvrages qu’elle publia elle-même.
Dans l’intimité de sa famille, elle parlait volontiers de ses œuvres, en écoutait la critique, était flattée des éloges, mais elle évitait de s’attribuer la réputation d’auteur. Elle lisait parfaitement. Elle aimait passionnément les beautés de la nature, savait également les admirer dans les arts d’invention. Elle avait été touchée du mérite de Gilpin, peintre renommé.
Dans le cours de sa vie elle changea rarement d’opinion sur les hommes et sur les choses.
Ses connaissances littéraires étaient étendues, sa mémoire excellente ; ses écrivains favoris furent John pour la morale, et Cowper pour la poésie. Elle admirait Richardson ; et les beaux caractères, qu’il a tracés dans ses ouvrages, étaient l’objet de ses études. La justesse de son esprit l’empêcha d’imiter le dernier dans la prolixité du style et la minutie des détails. Elle estimait moins les ouvrages de Fielding : pour elle la vérité des détails ne compensait pas suffisamment la honte du choix de sujets mauvais et trop bas.
Son talent pour créer des caractères était naturel et infini. Le style de sa correspondance était le même que celui de ses nouvelles. Tout ce que sa plume traçait était parfait ; elle avait des idées claires sur chaque sujet, ses expressions étaient toujours bien choisies, et je crois ne rien hasarder en assurant qu’elle n’a rien écrit, ni lettre, ni billet, qui ne fût digne de l’impression.
Un seul et dernier trait nous reste à tracer, c’est le plus important de tous. Elle était pieuse et pleine de religion. Elle craignait sans cesse d’offenser Dieu. Elle était instruite sur les principes de la religion, qui était pour elle un sujet de fréquentes méditations ; ses opinions sur ce point étaient parfaitement conformes à celles de l’église anglicane.
Raison et Sensibilité (1811)
Table des matières
Contenu
CHAPITRE I.
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVII.
CHAPITRE XVIII.
CHAPITRE XIX.
CHAPITRE XX.
CHAPITRE XXI.
CHAPITRE XXII.
CHAPITRE XXIII.
CHAPITRE XXIV.
CHAPITRE XXV.
CHAPITRE XXVI.
CHAPITRE XXVII.
CHAPITRE XXVIII.
CHAPITRE XXIX.
CHAPITRE XXX.
CHAPITRE XXXI.
CHAPITRE XXXII.
CHAPITRE XXXIII.
CHAPITRE XXXIV.
CHAPITRE XXXV.
CHAPITRE XXXVI.
CHAPITRE XXXVII.
CHAPITRE XXXVIII.
CHAPITRE XXXIX.
CHAPITRE XL.
CHAPITRE XLI.
CHAPITRE XLII.
CHAPITRE XLIII.
CHAPITRE XLIV.
CHAPITRE XLV.
CHAPITRE XLVI.
CHAPITRE XLVII.
CHAPITRE XLVIII.
CHAPITRE XLIX.
CHAPITRE L.
CHAPITRE LI.
CHAPITRE LII.
CHAPITRE I.
Table des matières
La famille des Dashwood était depuis long-temps établie dans le comté de Sussex. Leurs domaines étaient étendus, et leur résidence habituelle était à Norland-Park, au centre de leurs propriétés, où plusieurs générations avaient vécu avec honneur, aimées et respectées de leurs vassaux et de leurs voisins.
Le dernier possesseur de ces biens, était un vieux célibataire, qui pendant long-temps avait vécu avec une sœur chargée de diriger l’économie de sa maison, en même temps qu’elle était sa fidèle compagne. Elle mourut dix ans avant lui, et pour réparer cette perte, il invita un neveu, qui devait hériter de ses terres, à venir vivre auprès de lui avec toute sa famille. Ce neveu, M. Henri Dashwood était marié, et il avait des enfans. Le bon vieillard trouva dans leur société un bonheur qui lui était inconnu, et son attachement pour eux tous s’augmenta chaque jour. Monsieur et madame Henri Dashwood soignèrent sa vieillesse bien moins par intérêt que par bonté de cœur, et la gaîté des enfans, et leurs douces caresses animèrent le soir de sa vie et la prolongèrent.
M. Henri Dashwood avait un fils d’un premier mariage et trois filles de sa seconde femme. Son fils John était en possession d’une belle fortune provenant de sa mère, qui avait été très-riche. Économe par caractère, il ne fit aucune folle dépense, et se maria de bonne heure à miss Fanny Ferrars, jeune personne riche aussi, qui ajouta encore à sa fortune. La succession de la terre de Norland ne lui était donc pas aussi nécessaire qu’à ses trois sœurs qui n’avaient pas les mêmes espérances ; leur mère n’avait rien du tout à leur laisser, et leur père ne pouvait disposer que de sept mille livres sterling. Tout le reste de sa fortune devait revenir après lui à son fils, attendu qu’il n’avait eu pendant sa vie que la jouissance de la moitié du bien de sa première femme.
Le vieux oncle mourut ; son testament fut ouvert, et comme il arrive presque toujours, il fit beaucoup de mécontens. M. Henri Dashwood devait naturellement s’attendre à être le seul héritier, et l’était en effet, mais de manière à détruire pour lui la valeur de cet héritage, auquel il n’attachait de prix que pour faire un sort à sa femme et à ses trois filles, son fils étant déjà si avantageusement pourvu du côté de la fortune. Mais à sa grande surprise son oncle, qui paraissait aussi les aimer tendrement, avait cependant substitué tous ses biens à ce fils et à son enfant âgé de trois ou quatre ans ; tellement que M. Henri Dashwood n’avait plus le pouvoir d’en aliéner la moindre partie pour faire un sort à sa femme et à ses filles. Pendant les dernières années de la vie du vieillard, M. John Dashwood et sa femme avaient eu soin de lui faire beaucoup de visites, et d’amener avec eux leur petit garçon, qui caressait le vieux oncle, l’appelait bon grand papa, jouait autour de lui, l’amusait de son petit babil, et même de ses sottises enfantines, et qui finit par lui faire oublier toutes les attentions que ses nièces lui avaient prodiguées pendant des années. Il leur laissait cependant à chacune mille pièces, comme une marque d’amitié ; mais c’était tout ce qu’elles avaient à prétendre de son héritage.
M. Henri Dashwood fut d’abord consterné de ces dispositions ; il se consola cependant, en pensant que quoiqu’il fût déjà grand-père, il pouvait raisonnablement espérer de vivre encore bien des années, et de faire d’assez fortes économies sur ses grands revenus pour laisser après lui une somme considérable. Mais sur quoi peut compter l’homme mortel ! M. Dashwood ne survécut que quelques mois à son oncle, et de cette fortune si long-temps attendue, il ne resta à sa femme et à ses trois filles que dix mille pièces, y compris le legs des trois mille. Aussitôt que M. Henri Dashwood se sentit en danger, il fit venir son fils, et lui recommanda sa belle mère et ses trois sœurs, avec toute la force de la tendresse paternelle.
M. John Dashwood n’avait pas la sensibilité de son père et de toute sa famille ; cependant ému par la solennité du moment et par les tendres supplications du meilleur des pères, il lui promit de faire tout ce qui dépendrait de lui pour le bonheur des êtres si chers à son cœur. Les derniers instans du mourant furent adoucis par cette assurance ; il expira doucement dans les bras de sa femme et de ses filles, au désespoir de sa perte, et son fils, assis à quelques pas plus loin, réfléchissait à sa promesse, et à ce qu’il pouvait et devait faire pour la remplir. Dans le fond il était alors très-bien disposé pour cela. Quoiqu’il fût naturellement froid et très-égoïste, il jouissait cependant d’une bonne réputation ; il était respecté comme un jeune homme qui avait des mœurs, qui s’était toujours conduit avec sagesse et prudence, et qui remplissait exactement les devoirs de fils, de père, de mari et ceux de société. S’il avait eu une compagne plus aimable, il aurait joui de plus d’estime encore, et l’aurait mieux mérité. Il s’était marié fort jeune ; et passionnément amoureux de sa femme, elle avait pris sur lui beaucoup d’empire. Un esprit très-étroit, des nerfs très-irritables, un cœur qui n’aimait qu’elle-même et son enfant, parce qu’il était à elle et qu’il lui ressemblait : voilà en deux mots le portrait de madame John Dashwood.
Allons, dit M. John Dashwood en lui-même à la suite de ses réflexions, il faut tenir ce que j’ai promis à mon père mourant, il faut faire à mes sœurs un présent qui les dédommage de leur perte et qui augmente leur bien-être. Si je leur donnais mille pièces à chacune ; il me semble que ce serait fort honnête, et je ne puis pas faire moins ; ma fortune s’augmente à présent par la mort de mon père de quatre mille livres sterling par année des biens de mon vieux oncle, sans parler de la moitié du bien de ma mère dont mon père jouissait. Tout cela ajouté à mes revenus actuels, me met en état d’être généreux avec mes sœurs… Oui, oui, je leur donnerai trois mille guinées, et je crois que c’est assez beau et qu’on parlera dans le monde de ma libéralité. Trois mille pièces ajoutées aux trois mille qu’elles ont eues de leur bon oncle et aux sept mille dont leur mère jouit, les mettront complètement à leur aise. Quatre femmes ne peuvent pas dépenser beaucoup, et trois mille pièces c’est une belle somme ; elles pourront faire des épargnes considérables. Allons, j’en suis bien aise ; je l’ai promis à mon père mourant, et j’y suis résolu. Il pensa de même tout le jour, et même plusieurs jours consécutivement sans qu’il s’en repentît ; il ne leur en parla pas encore dans le premier moment de leur douleur, mais il en prit l’engagement avec lui-même.
Les funérailles ne furent pas plutôt achevées, que madame John Dashwood, sans en avertir sa belle-mère, arriva à Norland-Park, avec son fils et tous leurs domestiques. Personne ne pouvait lui disputer le droit d’y venir, puisque du moment du décès de leur père, cette terre leur appartenait ; mais le peu de délicatesse de ce procédé aurait été senti même par une femme ordinaire, et madame Dashwood la mère, avec une sensibilité romanesque, un sens parfait des convenances, ne pouvait qu’être très-blessée de cette négligence. Madame John Dashwood n’avait jamais cherché à se faire aimer de la famille de son mari (à l’exception cependant du vieux oncle) mais jusqu’alors ne vivant pas avec eux, elle avait eu peu d’occasion de leur prouver combien ils devaient peu compter sur des attentions consolantes de sa part.
Madame Dashwood fut si aigrie de cette conduite peu amicale, et désirait si vivement de le faire sentir à sa belle-fille, qu’à l’arrivée de cette dernière, elle aurait quitté pour toujours la maison, si sa fille aînée ne lui avait fait observer qu’il ne fallait pas se brouiller avec leur frère. Elle céda à ses prières, à ses représentations et, pour l’amour de ses trois filles, consentit à rester pour le moment à Norland-Park.
Elinor sa fille aînée, dont les avis étaient presque toujours suivis, possédait une force d’esprit, une raison éclairée, un jugement prompt et sûr, qui la rendaient très capable d’être à dix neuf ans le conseil de sa mère, et lui assuraient le droit de contredire quelquefois, pour leur avantage à toutes, une vivacité d’esprit et d’imagination, qui chez madame Dashwood ressemblait souvent à l’imprudence ; mais Elinor n’abusait pas de cet empire. Elle avait un cœur excellent, elle était douce, affectionnée, ses sentimens étaient très-vifs, mais elle savait les gouverner ; c’est une science bien utile aux femmes, que sa mère n’avait jamais apprise, et qu’une de ses sœurs, celle qui la suivait immédiatement, avait résolu de ne jamais pratiquer.
Pour l’intelligence, l’esprit et les talens, Maria ne le cédait en rien à Elinor ; mais sa sensibilité toujours en mouvement, n’était jamais réprimée par la raison. Elle s’abandonnait sans mesure et sans retenue à toutes ses impressions ; ses chagrins, ses joies étaient toujours extrêmes ; elle était d’ailleurs aimable, généreuse, intéressante sous tous les rapports, et même par la chaleur de son cœur. Elle avait toutes les vertus, excepté la prudence. Sa ressemblance avec sa mère était frappante ; aussi était-elle sa favorite décidée.
Elinor voyait avec peine l’excès de la sensibilité de sa sœur, tandis que leur mère en était enchantée, et l’excitait au lieu de la réprimer. Elles s’encouragèrent l’une l’autre dans leur affliction, la renouvelaient volontairement, et sans cesse, par toutes les réflexions qui pouvaient l’augmenter, et n’admettaient aucune espèce de consolation, pas même dans l’avenir. Elinor était tout aussi profondément affligée, mais elle s’efforçait de surmonter sa douleur, et d’être utile à tout ce qui l’entourait. Elle prit sur elle de mettre chaque chose en règle avec son frère pour recevoir sa belle-sœur à son arrivée, et lui aider dans son établissement. Par cette sage conduite, elle parvint à relever un peu l’esprit abattu de sa mère, et à lui donner au moins le désir de l’imiter.
Sa sœur cadette, la jeune Emma, n’était encore qu’une enfant ; mais à douze ans elle promettait déjà d’être dans quelques années aussi belle et aussi aimable que ses sœurs.