Buch lesen: "Cheval de guerre tel qu'il nous le faut"
J. Allarousse
Cheval de guerre tel qu'il nous le faut

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334376
Table des matières
PRÉFACE
Causerie Hippique
AVANT-PROPOS
1
II
III
IV
V
VI
VII
CONCLUSIONS GÉNÉRALES

PRÉFACE
Table des matières
MON CHER CAMARADE,
En me demandant quelques lignes de préface à la «Causerie Hippique» que voici, vous m’avez fait autant de plaisir que d’honneur, car vous me fournissez une nouvelle occasion d’écrire sur un sujet qui me passionne depuis plus de trente ans. C’est que vraiment, chez ceux qui le pratiquent avec goût, le cheval fait naître un sentiment durable, et ses fervents, quoique moins nombreux, à l’heure actuelle, que ceux des sports à la mode, lui font une garde d’honneur dont il a le droit d’être fier.
J’ai lu beaucoup d’écrits sur le cheval; les auteurs modestes sont rares; les plus avisés démarquent les maîtres, comptant sur l’ignorance des foules. Les expérimentaux généralement dépourvus de sens artistique jouent au Créateur, fabriquent un cheval mécanique et enseignent la manière de s’en servir. Bien peu enfin, sous prétexte que la mère des chevaux n’est pas encore morte, s’intéressent à l’espèce, aux profits qu’on peut en tirer, aux grandes lignes de son utilisation. Plus honnête et plus sérieux, vous vous êtes surtout fait l’écho, dans votre bon travail, des critiques fréquentes que justifie si bien l’état précaire de notre pays au point de vue de sa production chevaline et de tout ce qui en découle. Ajoutant à ce canevas solide nombre de remarques personnelles, vous avez, comme on dit, tapé sur le clou du mieux qu’il vous a été possible; aussi, y a-t-il lieu de souhaiter que votre réquisitoire soit beaucoup lu.
L’ordre dans lequel vous avez présenté les questions m’a paru servir à merveille vos démonstrations; et, c’est ainsi que vous m’avez appris beaucoup de choses, notamment sur les Haras.
C’est avec à-propos que vous indiquez dans votre premier chapitre combien l’opinion publique se détache fâcheusement, tous les jours un peu plus, des questions chevalines et des hommes de cheval; la presse spéculative, celle qui fait des affaires à tout prix, est la grande coupable.
L’enthousiasme des rédacteurs spéciaux est commandé par la réclame, et le grand public, la foule, dont le goût et le jugement ont besoin d’être dirigés, se laisse niaisement conduire et acclame des sports abrutissants et cruels. D’ailleurs, sur ce point de «l’opinion des masses» toujours invoquée pour sanctionner les erreurs ou les sottises, je me trouve volontiers d’accord avec ceux qui pensent que la masse généralement ignorante et brute se distingue aussi pour son mauvais goût sous toutes les latitudes.
Il est très vrai, comme vous le dites, que si la culture du cheval était encouragée d’autre manière, elle augmenterait progressivement les revenus de la France. Et si l’on se rendait bien compte de la différence qu’il y a au point de vue économique et social, entre «l’homme de cheval» et le chauffeur, ce n’est certes pas ce dernier qui serait acclamé.
J’ajoute qu’il me plairait assez qu’on voulût bien prendre ici le mot social dans le sens de sociabilité. En effet, le savoir-vivre et le respect des autres disparaissent peu à peu de nos mœurs. Si nous nous étions permis, nous, les hommes de cheval, de nous asseoir auprès des femmes, poussiéreux, transpirants, bottés, éperonnés, on nous eût qualifiés de mal appris. Aujourd’hui, non seulement dans les lieux publics élégants, mais aussi dans les maisons particulières, on a pour voisins des couples en sueur, empuantés de pétrole, et jargonnant records ou pneus. Les habitués d’hippodromes, au langage d’ordinaire assommant, peuvent ne plus se gêner désormais; l’homme et la femme auto nous les ont rendus supportables.
Ensuite, vous avez parlé du cheval galopeur avec un grand bon sens, et l’organisation des haras vous a fourni matière à un chapitre des plus instructifs.
Me voici maintenant, au cours de ma lecture attentive de vos pages utiles, devant la question des dépôts de transition, et je me trouve un peu en désaccord avec vous, car, depuis des années, j’emploie tous mes efforts d’écrivain à lutter contre l’élevage par l’Etat, et à réclamer une importante surélévation des prix d’achat. Puis-je me flatter d’avoir contribué à faire admettre cette doctrine? Peut-être, puisque déjà des prix méilleurs sont offerts aux éleveurs qui n’attendent, disent-ils, qu’un nouveau pas pour faire lé demi-sang sérieux.
D’ailleurs, jamais une administration d’Etat n’a valu autant que le travail libre, et tenez pour certain que le prix de revient des chevaux élevés dans les dépôts de transition dépasse souvent 2.500 francs.
Enfin, tout ce que vous avez dit sur la remonte des Officiers d’Infanterie et sur «l’équitation dans les Cadres des Réserves» est incontestable. Dans cette voie de vérités à mettre en lumière nous marchons coude à coude, et la «Réunion Hippique Militaire» que j’ai pu fonder et développer uniquement parce que j’étais entouré de Camarades de votre valeur, la Réunion Hippique, dis-je, a prouvé, par des services reconnus, que la défense nationale comportait aussi ce genre de préparation.
En résumé, mon cher Camarade, vous venez de ranimer la foi de ceux que le sport équestre a su retenir. Parlant du cheval dans toutes ses appropriations, vous avez fait sentir, sous une forme modérée, la différence qui existe entre ceux qui le pratiquent et les modernes esbrouffeurs que les difficultés du dressage et de l’équitation ont toujours effrayés. Les dangers qu’ils courent en maniant les machines actuelles ne font nullement éclater leur bravoure. En dehors des professionnels, je crois que la grande majorité s’adonne au sport à la mode en toute sécurité. En d’autres termes, chacun est convaincu qu’il ne lui arrivera rien, sa capture de la force mécanique lui paraissant complète, tandis que, à cheval, il faut compter avec le goût pour l’indépendance, qui sommeille au fond de tout être vivant; aussi, risque-t-on toujours quelque chose, chaque fois qu’on emploie un cheval.
Les inventions actuelles marquent un progrès, il y aurait sottise à ne pas le reconnaître, mais leurs effets utiles n’ont pas toujours l’envergure garantie par leur prétentieuse clientèle.
Surtout au point de vue militaire, la bicyclette et l’automobile ont un rôle limité, et le cheval restera, quand même, un auxiliaire souple et précieux dont la conquête n’est pas du domaine des gens vulgaires et fanfarons.
Travaillons donc, sans nous décourager, à lui recruter des partisans parmi les jeunes hommes d’éducation virile et soignée.
Je ne crois pas avoir ici le droit d’en dire davantage, mon cher Camarade; ce serait retarder le plaisir et le profit de ceux qui vont vous lire. Je ne sais si ce qui précède pourra leur plaire, en tous cas, ils auraient à vous en être reconnaissants, car c’est vous qui me l’avez inspiré, et tout le monde sait qu’une préface ne vaut quelque chose qu’autant que le livre valait beaucoup.
Lieutt-Colonel SAFFROY,
Officier de la Légion d’Honneur,
Président-Fondateur de la «Réunion Hippique Militaire».



Causerie Hippique
Table des matières
AVANT-PROPOS
Table des matières
Le sport a pris vers la fin de ce dix-neuvième siècle une place si considérable, malgré les discussions sans nombre qu’il a soulevées et les oppositions constantes rencontrées à chaque pas, qu’on a vu la nécessité de créer des feuilles spéciales quotidiennes ou hebdomadaires, illustrées ou non, afin de satisfaire aux exigences d’un public toujours plus nombreux.
Quelques esprits timorés ou trop routiniers en ont tiré de fâcheuses conclusions; mais la généralité a été favorable à cette innovation, comprenant combien la pratique constante des exercices physiques pouvait aider au développement des meilleures qualités de notre race, et, dans un sentiment commun de patriotisme, on s’est réjoui de cet élan spontané vers le sport.
L’essor inouï pris par la vélocipédie et plus récemment encore par l’automobilisme; le goût si vif apporté à ce genre pratique de locomotion par toutes les classes de la Société, ont ouvert un champ très nouveau et très vaste aux feuilles sportives. Quelques personnes, aussi hardies qu’éclairées, ont compris tout le profit qu’elles pouvaient tirer d’un emballement, justifié d’ailleurs par de sérieux résultats au double point de vue économique et social, emballement qui, poussé à l’excès, peut, ainsi que nous essaierons de le démontrer plus loin, devenir un danger grave pour notre élevage national et par conséquent, pour la défense de notre pays.
Mais, jusqu’à présent, les feuilles quotidiennes, quelques-unes fort intéressantes et traitant avec autorité et un véritable intérêt toutes ces questions au goût du jour, ont fait une part trop minime, nous osons même dire presque nulle, au véritable sport hippique, négligeant ainsi un public choisi qui forme, il est vrai, une minorité, mais une minorité intéressante et non négligeable qui se rapproche beaucoup, sous bien des rapports, du public de l’automobilisme dont les coûteux essais n’ont guère intéressé, jusqu’à ce jour, que les classes aisées de notre Société moderne.
Sans contredit, l’homme de cheval est abandonné, complètement laissé de côté dans les publications quotidiennes; on ne pense pas à lui; on semble oublier qu’il existe et que le plus beau sport du monde a toujours été en honneur dans l’élite de la nation française; on ne paraît pas s’apercevoir qu’il y a un abîme entre le banal parieur des hippodromes et le véritable admirateur du cheval.
Les autres sports sont nés d’hier; l’équitation est vieille comme le monde. Plus de 440 ans avant Jésus-Christ, Xénophon qui fut un des grands capitaines de Cavalerie de l’antiquité, en même temps qu’un grand écrivain et éminent philosophe a fait sur l’équitation, le dressage et l’achat du cheval de guerre, un admirable traité savamment traduit par M. Eugène Talbot, qu’il est toujours intéressant de consulter.
Les races primitives qui ont peuplé notre pays tenaient le cheval en haute estime, à l’exemple des Grecs et des Troyens qui le considéraient comme un animal noble entre tous, l’entouraient de soins particuliers et le harnachaient avec recherche. Le Franc, monté sur son coursier à tous crins, poursuivait à travers les immenses forêts le cerf et le sanglier, chaises à courre merveilleuses dont celles de nos jours ne peuvent donner l’idée.
Nos meilleurs écrivains ont célébré le cheval; il a tenté le ciseau et le pinceau de nos plus célèbres artistes, et lorsqu’on a lu la magnifique page d’Henri Lavedan, intitulée «Symphonie du Cheval», où il confesse qu’il a toujours eu pour ce noble animal un vaste et profond amour, on se sent véritablement ému, transporté, émerveillé, et c’est en lisant ces lignes vibrantes, toutes pleines de majestueuses et superbes pensées, que l’homme de cheval tressaille d’orgueil et se sent quelque chose.
«Mon royaume pour un cheval», disait Boabdil! Seuls, peuvent le comprendre ceux qui sont passés par toutes les émotions d’un dressage, et qui ont appliqué toute leur adresse, toutes leurs forces intelligentes à le mener à bien.
Quand nous parlons de «l’homme de cheval», nous n’entendons pas indiquer spécialement celui qui s’est adonné à l’hippologie et à l’hippiatrique. Ce serait vouloir confondre la théorie avec la pratique.
La théorie, en effet, ne suffit pas à faire un homme de cheval proprement dit. Celui-là vient au monde homme de cheval, il développe son goût, ses capacités, mais il possède des qualités natives qui ne s’acquièrent pas. On naît homme de cheval, comme on naît poète, l’hippologie s’apprend; le goût du cheval est un don naturel, don qui s’augmente seulement par l’éducation et par l’instruction.
La grosse majorité du public des Courses ne s’intéresse que médiocrement au cheval lui-même, qui devient à ses yeux une sorte de carte vivante, et dont elle ignore la plupart du temps les performances et les chances de succès. Si ce public, que n’attire vers le pesage ou la pelouse que la malsaine passion du jeu, au lieu de se baser uniquement sur les tuyaux des gens d’écurie et les pronostics plus ou moins fantaisistes des journaux, pouvait éclairer sa religion plus sérieusement, s’il était initié au cheval lui-même, s’il connaissait un tant soit peu les conditions qu’il doit remplir pour être beau, vigoureux, capable de vaincre ou seulement susceptible de faire un bon parcours; s’il avait la plus petite notion des difficultés nombreuses qu’un éleveur consciencieux, qu’un entraîneur savant et énergique doivent surmonter pour présenter des élèves irréprochables, de véritables favoris, il pourrait tout au moins risquer son argent d’une façon moins banale et plus intelligente.
Ecoutez ce que dit, à propos des courses, P. Geruzez, dont la compétence en pareille matière n’est pas à suspecter: «Aujourd’hui, la course est encouragée, favorisée, non pas à cause du cheval dont tout le monde se moque comme un poisson d’une pomme, mais à cause du jeu qui est installé à côté d’elle. On cherche des prétextes à paris, on parie au galop, on parie au trot, on pariera incessamment au pas, à qui ira le plus lentement (ainsi d’ailleurs que cela se fait déjà sur le vélodrome); l’important est de parier; le cheval de course n’existe plus pour le public qui ne connaît que le cheval de jeu».
Paul Geruzez est absolument dans le vrai; aussi serait-il grand temps qu’on cherchât à combattre cette stupide passion du jeu, actuellement encouragée par l’Etat sous le nom de pari mutuel, et qu’on devrait appeler plus proprement «Ruine mutuelle», car seul l’Etat y trouve son compte.
Il serait à désirer qu’un journal de quelque valeur prît en main les intérêts du cheval, en y intéressant agréablement ses lecteurs par des articles où la science équestre serait unie à la fantaisie de l’actualité.


1
Table des matières
LE CHEVAL ÉTUDIÉ : AU POINT DE VUE SOCIAL, MILITAIRE ET ÉCONOMIQUE

On entend dire tous les jours, par des observateurs superficiels (oh! combien), que le culte du cheval disparait, et que nos rapports avec celui que Buffon nomme «la plus belle conquête de l’homme», deviennent de plus en plus restreints!
Quelques-uns plus féroces ont même écrit, ces temps derniers, que dans un avenir prochain, nous ne trouve rons à utiliser ce noble animal qu’en le débitant comme viande de boucherie ou sous forme de ronds de saucisson!
Auriez-vous jamais cru que l’amour immodéré de la bicyclette ou de l’automobile pût rendre à ce point hippofage! Pour les fanatiques du pneu et de l’auto, il semble que ce nouveau sport a tout remplacé, qu’il suffit à tous les besoins comme à tous les plaisirs, et qu’à côté de lui, il n’y aura plus dorénavant place pour rien.
Il serait bon de mettre un frein à ces prétentions exagérées; il paraît même tout à fait urgent de ne pas laisser ces idées s’accréditer à dessein par un monde spécial, dont l’intérêt commercial est évidemment l’anéantissement de la race chevaline.
Il est du reste de notre devoir de nous défendre, devoir d’autant plus pressant qu’à l’étranger et notamment en Allemagne, en Autriche et en Russie comme en Angleterre, l’équitation est restée en grand honneur et a gardé la première place parmi tous les sports.
Non, le cheval ne saurait avoir perdu de son ancien prestige, et ce n’est, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, ni le cyclisme, ni l’automobilisme qui le tueront.
Le nombre de personnes appelées à pratiquer l’équitation se chiffre aujourd’hui par centaine de mille. Avec les conditions de la guerre moderne, avec l’obligation pour tous les officiers d’infanterie, à partir du grade de Capitaine, d’être montés, avec la nécessité d’avoir et d’entretenir sur un bon pied une nombreuse cavalerie de réserve, l’équitation n’est plus seulement un art de luxe, mais un art essentiellement démocratique et d’utilité nationale.
La guerre du Transvaal, dans laquelle la Cavalerie joua un si grand rôle, puisqu’on y a même organisé des corps d’Infanterie montée, ne nous a-t-elle pas prouvé une fois de plus que, si la victoire est favorable aux bons tireurs, elle l’est également aux hardis cavaliers, et qu’un ennemi qui se déplace rapidement est très difficile à battre. Dewet «l’insaisissable» étonna le monde entier par sa mobilité extraordinaire, par la rapidité de ses mouvements, et pourtant il eut comme adversaires d’excellents cavaliers fort bien montés, et les Anglais connaissaient si bien l’importance de la Cavalerie dans ce pays accidenté, qu’ils s’efforçaient, par tous les moyens, d’accaparer les chevaux de l’ennemi.
La question chevaline intéresse donc plus que jamais les masses de tous les pays du monde, et elle les intéressera tant que les nations civilisées entretiendront des armées sur le pied de guerre, c’est-à-dire probablement toujours.
Ce n’est pas à la France de laisser péricliter l’équitation quand elle doit être si fière de la pléiade d’écuyers hors ligne qu’elle a produits de tout temps, des Chefs d’école incontestés comme Pluvinel, de la Guérinière, de Rohan, d’Abzac, d’Auvergne, d’Aure, Rousselet, Duthil, Baucher, Pellier père et fils, et lç capitaine Raabe, digne élève de Baucher, etc., etc... pour ne citer que ceux-là.
L’école de Saumur n’est-elle pas une des gloires de notre beau pays! N’est-ce pas de cet institut hippique incomparable que sortent nos brillants officiers de Cavalerie dont l’éloge n’est plus à faire, et qui sont appelés à devenir, pour la plupart, d’habiles manœuvriers, d’excellents généraux.
Ne serait-ce que par reconnaissance pour cette Ecole qui nous a formés, nous devons lui consacrer ici quelques lignes, d’autant mieux qu’elle a joué un grand rôle et occupé toujours une fort belle place dans l’histoire de notre équitation militaire.
Afin de remplacer aussi dignement que possible l’Ecole de Saint-Germain qui, créée en 1809, fut supprimée en 1814, le Maréchal Soult établit à Saumur, le 23 Décembre de la même année, dans l’ancien quartier occupé jadis par les Carabiniers, dont le manège avait acquis une notoriété méritée, l’Ecole d’Instruction des troupes à cheval. Il en donna le commandement au général Levesque de la Ferrière, glorieux débris de la Grande Armée, qui s’adjoignit comme Directeurs de manège deux hommes de grand mérite ayant des principes absolument opposés et de profondes divergences de vues: le marquis Ducroc de Chabannes et M. Cordier, élève de Versailles, partisan de l’équitation académique. Les idées de ce dernier prévalurent, ce fut une victoire pour les vieilles traditions dont l’Ecole de Versailles avait été jusque là le sanctuaire.
En 1822, à la suite de la conspiration du général Berton, l’Ecole de Saumur fut licenciée. Pour remédier aux effets désastreux de cette suppression, une ordonnance du 5 Novembre 1823 créa à Versailles une Ecole d’application de Cavalerie, qui fut transférée à Saumur le 17 Novembre 1824 et réorganisée par le Général Marquis Oudinot, toujours avec l’aide de M. Cordier, nommé écuyer en chef. C’est presque à cette époque, c’est-à-dire en 1826, qu’on vit, grâce au général Oudinot, arriver à l’Ecole de Saumur une première remonte de 25 chevaux Irlandais destinés au travail de carrière; chevaux magnifiques, aux allures franches et rapides, dont la race s’est perpétuée dans cette école et qui en sont toujours une des gloires.
Le 20 Juin 1828, l’Ecole de Saumur donna, en l’honneur de la Duchesse de Berry, un carrousel dont on parla beaucoup et longtemps. Cette princesse, aussi jolie qu’élégante, y fut très acclamée par notre jeunesse militaire à l’esprit enthousiaste et chevaleresque.
La Révolution de 1830, comme celle de 1793, eut une influence fâcheuse sur l’équitation.
Le 2 Septembre 1838, l’illustre auteur de «Souvenirs. d’avant-postes de Cavalerie légère», le général de Br-ack, prit le commandement de l’Ecole de Cavalerie, où il a laissé le souvenir le plus brillant.
Le 24 Novembre 1838, l’Ecole recevait la visite du célèbre comte d’Aure, qui, plus tard, devait y venir comme Ecuyer en chef. On fit à l’éminent homme de cheval une ovation des plus chaleureuses.
En 1842, le fameux Baucher, dont la méthode était tout l’opposé de celle du comte d’Aure, et qu’il résumait en ces termes: «Détruire les forces instinctives et les remplacer par les forces transmises», fut invité à expérimenter son système de dressage à Saumur, sur les chevaux de l’armée, mais il faut bien dire que, malgré sa réputation déjà fort solidement établie et l’enthousiasme créé en sa faveur, le Maître n’y remporta pas un grand succès; les uns disent qu’il ne fut pas compris, d’autres que sa morgue extraordinaire à l’égard des gens compétents, sa façon un peu trop raide de se poser en homme de progrès et de vouloir imposer à tous et ses idées, et ses principes, lui firent beaucoup de tort et refroidirent bien des gens que son talent avait tout d’abord attirés vers lui. La véritable raison de son insuccès auprès des écuyers militaires est que la méthode Baucher, que nous voudrions pouvoir exposer ici tout au long, parut inapplicable aux chevaux de l’armée. Le système du Maître consistant en effet à annuler, par une série d’assouplissements très compliqués, toutes les forces naturelles du cheval, et à les remplacer par ce qu’il nomme lui-même des effets d’ensemble, poussant surtout très loin l’assouplissement de la mâchoire et de l’encolure, au moyen de flexions isolées et combinées de chacune de ces parties. Ce système ne pouvait guère convenir qu’à des chevaux uniquement destinés à la haute école, disons le mot «à des chevaux de cirque», et il était fort difficile de le mettre en pratique sur des chevaux de guerre, généralement lourds et moins maniables que des chevaux de manège. C’est, d’ailleurs, une arme dangereuse pour qui en connaît mal le maniement, et Baucher l’a parfaitement définie lui-même en disant: «C’est un rasoir entre les mains d’un singe».
Quoiqu’il en soit, Baucher fut un homme de grande valeur, un écuyer de haute école absolument hors ligne, jouissant d’une finesse, d’un tact et d’un sentiment du cheval tout à fait exceptionnels. Il a obtenu des résultats de dressage vraiment surprenants sur des chevaux tels que Capitaine, Topaze, Robert de Normandie, Partisan, Neptune et Buridan, dont les noms sont passés à la postérité.
L’école de Baucher et celle du comte d’Aure ont longtemps divisé les hommes de cheval, et elles les divisent encore de nos jours. Cependant, il faut reconnaître que c’est la méthode enseignée par le Comte d’Aure qui a prévalu, comme étant mieux appropriée aux besoins de l’équitation moderne en France.
Le second Empire fut très favorable à la Cavalerie qui en accueillit le rétablissement avec enthousiasme: c’est ce qui fit dire à Victor Hugo, dans son histoire d’un crime: «La Cavalerie avait eu du poulet, l’Infanterie n’avait reçu que du veau!» L’Empereur contribua plus que personne à développer le goût des beaux chevaux, bien soignés et bien harnachés; ses écuries ont été citées comme des merveilles de bonne tenue, aussi eut-il l’Ecole de Saumur en grande sympathie.
Après 1852, nous voyons à Saumur le général de Rochefort, une de nos gloires hippiques militaires, commandant l’Ecole et un éminent professeur, digne successeur du Commandant Rousselet, le Comte de Montigny, ancien élève du Vicomte d’Aure, ami personnel de Baucher et auteur de nombreux ouvrages très connus sur l’équitation.
En Novembre 1854, se passa à Saumur un fait qui mérite d’être relaté, car il fit beaucoup de bruit: Une écuyère ayant alors de nombreuses influences, et surtout très désireuse de voir sa méthode expérimentée et adoptée par l’Armée, Mme Marie Isabelle, vint à Saumur pour y démontrer ses principes de dressage. Ses cours, commencés le 14 Novembre 1854, se terminèrent par un fiasco complet en Avril 1855. Comme Baucher, cette écuyère se prétendit victime incomprise de préjugés surannés et d’une opposition malveillante.
Ne pouvant nous étendre davantage ici sur cette histoire, pourtant si intéressante de l’Ecole de Saumur, pour quiconque aime le cheval et l’équitation Française, nous arrivons immédiatement, après un bond énorme, à l’époque contemporaine où nous voyons briller à la tête de cette Ecole, lès généraux Thornton, de Galiffet, L’Hotte, de Lignières, habilement secondés par des écuyers en chef tels que MM. Duthil, Piétu, de Belle-garde, de Piolant et de Canisy, ayant eux-mêmes sous leur direction des écuyers et sous-écuyers aussi hardis cavaliers qu’éminents professeurs comme MM. de Néxon, de Sesmaisons, de Vaulogé, de Cahouet, de Lur Saluces, Sieyès, Mallet, de Gontaut-Biron, Le Moine des Mares, Charlerie de la Masselière, Jochaud du Plessis, Doynel de Quincey, de Contades, devenu lui-même écuyer en chef, et tant d’autres qu’il serait trop long de nommer ici.
Grâce aux efforts constants de ces illustres officiers généraux, puissamment aidés par cette belle pléiade d’écuyers habiles, l’Ecole de Saumur a constamment marché dans la voie du progrès; c’est à l’initiative des généraux Thornton et de Lignières que nous devons l’introduction au manège du cheval de pur sang, qui en avait été jusqu’alors systématiquement exclu.
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