Buch lesen: "Le comte Joseph de Boze, peintre de Louis XVI"
J.-A.-Volcy Boze dit Volcy-Boze
Le comte Joseph de Boze, peintre de Louis XVI

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066307004
Table des matières
PRÉFACE
SA VIE — SES ŒUVRES — SA MORT
CONVENTION NATIONALE
COMITÉ DES CINQ-CENTS
AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR JOSEPH DE BOZE
SOUSCRIPTEURS
PRÉFACE
Table des matières
Cet ouvrage est écrit pour ma famille.
A part quelques amis et quelques concitoyens qui ont pu conserver le souvenir de leur pays natal et de leur illustre compatriote dont j’écris ici la vie, mon ambition n’est pas de rechercher de nombreux lecteurs.
Plus d’une fois j’avais formé le projet de rappeler l’existence de mon grand-oncle qui jeta un si grand éclat sur le nom que je porte. C’est après cinq ans d’hésitations que je me laisse enfin entraîner à cette tentation, qui me poursuit chaque jour et qui m’a définitivement vaincu.
Ce qui me guide dans la rédaction de cette biographie, c’est mon profond amour pour ma famille. Cette affection, que je dois à ceux qui portent mon nom, sera-t-elle suffisante pour m’attirer l’accueil qu’une plume aussi peu exercée que la mienne ose espérer des personnes qui daigneront me lire?
VOLCY-BOZE.
SA VIE — SES ŒUVRES — SA MORT
Table des matières
1745 — 1782— 1825
Martigues est un chef-lieu de canton du département des Bouches-du-Rhône. Cette charmante petite ville, composée de trois quartiers distincts, Jonquières, l’Ile et Ferrières, est située sur les bords des étangs de Berre et de Caronte.
Avant la grande Révolution, le quartier de Ferrières était particulièrement habité par la noblesse du pays, les avocats en la cour, les grand propriétaires et les officiers de marine en retraite. La Chambre et le Tribunal de commerce, le Palais de Justice, la Prison, la Prud’homie des Patrons pêcheurs, la Halle aux poissons et les belles constructions particulières attestent encore que Ferrières était le plus aristocratique des trois quartiers.
Ce fut là le berceau de quelques hommes qui se sont rendus célèbres dans les fastes de la marine et de la science, et dont les noms ont jeté un certain éclat sur leur pays natal.
De ce nombre est Joseph de Boze, peintre du roi Louis XVI, qui naquit rue du Colombier, le 17 janvier 1745.
Son père, Jean-François Boze, vir probus et nobilis, commanda pendant quelques années aux Iles-du-Vent et occupa plus tard le poste de consul dans l’île de Malte. Avant la Révolution il se retira à Marseille, rue Montée-des-Accoules, et en 1770, il se fixa définitivement à Martigues, où il mourut le 13 septembre 1773.
C’est imbu de principes virils dont il fut nourri par son père, dès la plus tendre enfance, et initié à cette vie aventureuse des hommes de mer, que Joseph Boze recut l’éducation mâle et forte qui devait le rendre, plus tard, si impassible dans le danger, si ferme dans ses convictions politiques et si constant dans ses affections.
Il montra, de bonne heure, un goût bien prononcé pour la peinture. Dès son enfance, il ornait de dessins au charbon les murs de la maison paternelle. Ces œuvres d’essai, ces naïves ébauches annonçaient d’heureux instincts ainsi qu’un talent que le séjour de Paris devait faire éclore et l’étude grandir.
Cette passion de l’art fut assez puissante chez le jeune peintre pour lui inspirer le courage de rompre avec les traditions de la famille qui, jusque-là, s’était surtout fait remarquer par son goût prononcé pour la marine.
A Martigues. en effet, on naissait marin, comme autrefois, à Sparte, on naissait soldat. Le père de Joseph lutta, mais en vain, contre la volonté opiniâtre de son fils, et ce ne fut pas sans regrets qu’il le vit dédaigner le porte-voix du commandement pour la palette du peintre.
A dix-sept ans, Joseph Boze quitta sa famille, pour aller suivre, à Marseille, les cours de l’Ecole pratique de dessin et de peinture. Ses progrès furent extrêmement rapides, et, après de nombreux succès obtenus dans divers concours annuels, il dirigea ses pas vers Nîmes, afin d’étudier les monuments romains que cette ville étale avec orgueil aux yeux éblouis des étrangers.
Ce fut pendant son séjour dans l’ancienne Colonia Nemausensis que Joseph Boze rencontra Mlle de Bresse de Saint-Martin, d’Alais, et s’en éprit. Le grand-père de cette jeune personne avait été lieutenant-général sous Louis XIV; la croix de chevalier de Saint-Louis avait récompensé ses bons services.
Mlle de Saint-Martin était orpheline depuis plusieurs années. Elle avait pour tuteur son oncle, l’abbé de Vanmale, lequel était intimément lié avec l’abbé de Vermont, instituteur et directeur de la reine Marie-Antoinette.
Homme d’infiniment d’esprit, l’abbé de Vermont était attaché à la personne du ministre comte de Brienne, qui en avait fait son conseiller intime.
L’amour que Joseph Boze avait ressenti pour la belle et gracieuse orpheline, s’empara si profondément de son cœur, qu’il fut poussé instinctivement vers Alais où Mlle de Saint-Martin était allée rejoindre sa famille. Dès son arrivée dans cette petite ville, le premier soin de Joseph fut de présenter ses hommages à l’abbé Vanmale. L’accueil fut cordial, la conversation pleine d’abandon et d’entrain. Le jeune peintre, enhardi par les bontés du tuteur, lui demanda la main de la pupille.
Les informations prises, à Martigues, sur l’honorabilité de la famille Boze et sur les antécédents du jeune peintre, furent ce qu’elles devaient être, c’est-à-dire très-favorables. L’artiste eut la satisfaction d’apprendre que la demande avait été agréée, et que son désir allait être couronné d’un heureux succès.
Effectivement, le mariage se célébra à Alais, au milieu d’un grand concours de population, accourue pour voir de plus près ce couple charmant, et bénir celle que l’on appelait, depuis longtemps, la bienfaitrice des pauvres.
Le saint ministre, en leur donnant la bénédiction nuptiale, adressa au nouvel époux une allocution dans laquelle il lui dit: «Je vous donne l’honneur, l’amour et la beauté du Languedoc.»
Après les fêtes du mariage, Joseph Boze emmena sa jeune femme à Montpellier, où l’accueil le plus gracieux et le plus distingué fut fait aux époux par l’élite de la société de cette ville.
Muni d’une lettre de recommandation de l’abbé Vanmale pour M. Duché, avocat général au Parlement du Languedoc, protecteur éclairé des arts et grand ami de Voltaire, notre peintre, que ses talents précoces et son caractère aimable faisaient vite apprécier, ne tarda pas à se lier étroitement avec cet éminent magistral.
Pendant le séjour que le jeune couple fit à Montpellier, un statuaire d’un grand mérite, d’Anthoine, tailla dans le marbre le buste de Mmo Boze. M. Duché fit graver sur le socle des mots qui dépeignent admirablement le moral et le physique de cette belle et charmante jeune femme:
«Charme de tous les yeux,
«Trésor d’un seul mortel.»
En raison des attentions délicates que les nouveaux époux recevaient chaque jour de la part du magistrat, notre artiste voulut lui laisser un souvenir digne de lui, en exécutant sur toile le portrait de M. Duché.
Cette peinture fit une grande sensation dans le monde artistique de Montpellier. Pressé alors par les conseils et les recommandations de plusieurs personnages haut placés dans le clergé et la magistrature, Joseph Boze décida qu’il se rendrait à Paris, où la réputation de son talent l’avait déjà précédé.
C’est muni de nombreuses lettres de recommandations pour tout ce qu’il y avait de distingué à la Cour, au Parlement et à la Sorbonne que Joseph Boze quitta, pour jamais, le midi de la France et qu’il s’établit à Paris.
Dès son arrivée dans cette capitale des arts et de la science, Joseph Boze, sans perdre de temps, reprit sa palette et son pinceau et se remit à l’œuvre. Il ne négligea pas, en même temps, d’aller, dans ses moments perdus, visiter les personnes à qui on l’avait recommandé. C’est que notre artiste, plein de modestie, n’en avait pas moins une grande activité et un grand désir de parvenir.
Il travailla avec opiniâtreté, produisit quelques toiles qu’il exposa. Elles furent remarquées; mais celle qui fit la plus grande sensation ce fut le portrait de la reine Marie-Antoinette qu’il exécuta de mémoire sur les indications de l’abbé de Vermont, auquel le peintre avait été recommandé d’une manière toute particulière par l’oncle de Mme Boze, l’abbé de Vanmale.
M. de Vermont parla du travail de Joseph Boze à son ami le comte de Brienne qui, à son tour, dans une soirée intime de la reine en fit part à Leurs Majestés.
La cour habitait alors Versailles.
Louis XVI ordonna qu’on transportât, dès le lendemain, le portrait de son auguste épouse dans ses appartements privés.
Ce qui eut lieu en effet.
La famille royale, entourant et contemplant œuvre du jeune artiste, reconnut la parfaite ressemblance de la reine. S. M. le roi complimenta le peintre de la manière la plus flatteuse, et l’accès de la cour lui fut dès lors accordé.
C’est que l’art de reproduire les traits humains fut un des côtés les plus attrayants du talent de Joseph Boze. Nous possédons dans la famille son portrait, peint par lui-même; l’artiste était bien jeune encore lorsqu’il fixa ses traits sur la toile, et cependant déjà on remarque, à travers les difficultés de ce travail, cette correction dans le dessin, cette vérité dans le coloris, et par-dessus tout, le mouvement et la vie dont il savait animer toutes ses créations. La tête est noble et finement touchée, les yeux pétillent d’esprit et le sourire, qui erre sur les lèvres, est l’indice d’un cœur naturellement bon et affectueux. D’ailleurs, les personnes qui ont eu le bonheur de vivre dans l’intimité de la famille ou de l’atelier avec ce peintre célèbre, nous ont, maintes fois, répété que Joseph Boze, à son talent remarquable, joignait une grande justesse d’esprit, un cœur genéreux et une bonté d’âme inépuisable. C’était, comme on le voit, un homme d’un mérite peu commun.
Le portrait, genre auquel il s’était adonné, doit avoir et le mérite de la ressemblance, et toutes les qualités d’une œuvre d’art; la réunion de ces qualités distingue le peintre habile du copiste vulgaire.
«Rien n’est plus rare, a dit Diderot, qu’un barbouilleur qui fait ressembler.»
Le Roi Louis XVI avait daigné concevoir tant d’estime pour le caractère franc et loyal de Joseph Boze, qu’il venait souvent le visiter dans l’atelier qu’on avait arrangé pour l’artiste dans un des appartements du Prince de Condé, atelier que Boze tenait de la générosité du Roi.
Un jour que la Reine se promenait dans le Parc de Marly, en compagnie de Mgr le Comte d’Artois et de l’abbé de Vermont, elle apercoit, au bras d’un vieillard vénérable, une jeune dame dont la beauté éclatante la frappa vivement.
C’était Mme Boze qui marchait avec son oncle, M. l’abbé de Vanmale.
Marie-Antoinette fit arrêter sa calèche et demanda qui était cette dame.
«C’est Mme Boze, la femme du peintre qui a exécuté le portrait de Votre Majesté, répondit M. de Vermont.»
Sur un signe amical que lui fit la Reine. Mme Boze s’approcha de la voiture et baisa respectueusement la main que lui tendait Sa Souveraine.
La Reine, tout en témoignant à la femme du peintre provençal le plaisir qu’elle ressentait de la connaître personnellement, ne lui laissa pas ignorer qu’elle avait souvent entendu vanter ses mérites. Elle fit même plus. La reine venait de perdre une de ses dames d’honneur. Elle témoigna à Mme Boze le désir de la voir remplacer celle qu’elle regrettait. La femme du peintre, tout en remerciant S. M. de la marque d’estime qu’elle lui montrait, déclina cet honneur insigne, en justifiant son refus par les soins incessants qu’elle donnait à sa jeune et nombreuse famille, à son époux et à sa maison.
La Reine lui répondit qu’elle était très-fâchée de ce contre-temps; mais qu’elle ne l’en estimait que davantage.
Le Roi ne connaissait pas encore Mme Boze qui, en raison des causes que je viens d’énumérer, n’avait pu, depuis l’installation de son mari au palais de Versailles, être présentée à la cour. Mais, une occasion qui s’offrit bientôt, permit à la femme du peintre de faire son apparition dans le grand monde et de rompre avec sa vie sédentaire.
LL. MM. l’Empereur et l’Impératrice de toutes les Russies se trouvaient alors à Paris. Elles voyageaient à travers l’Europe sous le nom de comte et de comtesse du Nord. Malgré leur incognito, le Roi de France leur fit une réception splendide, et un bal leur fut donné, dans la salle de spectacle du château de Versailles.
Joseph Boze, par l’intermédiaire du comte de Brienne et de l’abbé de Vermont, avait été invité par le Roi à prendre sa part de cette fête, et surtout à y amener sa jeune femme, dont Louis XVI tenait essentiellement à faire la connaissance, à cause de tout le bien qu’il avait entendu dire d’elle, et surtout depuis que la reine lui en avait parlé en termes élogieux.
Mme Boze, malgré le désir exprimé par le Roi, n’était pas très-empressée de se rendre à l’invitation royale; mais, tourmentée par une de ses parentes, attachée aux tantes du Roi, et par la femme d’un général russe, elle finit par se laisser entraîner.
Le soir du bal, M. et Mme Boze firent leur entrée dans les somptueux appartements du Roi-Soleil. Ils étaient accompagnés de leur tante et de l’abbé de Vanmale.
Lorsque l’artiste et sa famille entrèrent dans la salle du bal, ils virent les loges occupées par tout ce que la Cour renfermait de plus grand et de plus illustre.
Le grand maître des cérémonies ayant aperçu Mme Boze, la jugeant digne d’être placée sur un tabouret auprès de la famille royale, alla vers elle et lui offrit son bras, qui fut accepté.
Bien que le Roi Louis XVI fut trop vertueux pour être galant, il n’en remarqua pas moins l’éclatante beauté et la noble tournure de la jeune femme, au moment où elle fit son entrée dans la salle.
Joseph Boze, dès que sa femme eût pris le bras du grand maître des cérémonies, vint présenter ses hommages à LL. MM. qui se trouvaient entourées par un groupe de gentilshommes.
«Quelle est donc, lui demanda le Roi, cette jeune et belle personne qui vient d’entrer, et qui est assise derrière le fauteil de la Reine?
— Sire, répondit le peintre avec un juste sentiment d’orgueil, c’est ma femme.
— Ah! c’est Mme Boze, s’écria le Roi assez haut pour être entendu par son entourage. Eh bien! mon cher peintre, je vous en fais mon sincère compliment. Vous avez fait un choix d’artiste.»
Tous les regards se portèrent aussitôt du côté de cette gracieuse et charmante femme. Le Roi alors s’avança vers elle, et, avec cette bonté qui caractérisait toutes ses actions, il lui adressa quelques paroles pleines de bienveillance.
Sur ses ordres on apporta des rafraîchissements, qu’il offrit lui-même à Mme Boze.
Le lendemain au petit souper, où se trouvaient les ministres français et les ambassadeurs des puissances étrangères, S. M. demanda à sa bellesœur, Mme la comtesse de Provence, si elle avait aperçu, la veille, au bal, Mme Boze.
Sur la réponse négative de la princesse: «J’en suis fâché pour vous, dit le Roi. Il faut demander à son mari de vous la présenter. Ce sera un cadeau qu’il vous fera. On la dit aussi vertueuse que belle.»
Joseph Boze fut aussitôt mandé. S. A. R. Mme la comtesse de Provence lui témoigna le désir de connaître sa charmante compagne. Le peintre remercia la princesse de ses bienveillantes dispositions pour sa femme, et il fit remarquer à Son Altesse que, dans ce moment, il lui serait de toute impossibilité de satisfaire son désir, attendu que Mme Boze nourrissait son dernier enfant; et si la veille elle avait assisté au bal, elle ne l’avait fait que pour ne pas déplaire à son entourage et surtout à Leurs Majestés.
«Eh bien! qu’elle vienne avec son enfant, répondit incontinent la noble princesse. D’après tout le bien que m’en a dit le Roi, mon beau-frère, j’aurai chez moi Vénus et l’Amour!»
Joseph Boze fit un salut profond et sortit.
C’est à cette occasion que le poète Rivarol composa les vers suivants, sur cette femme si belle, si pure et si modeste:
Non, ses enfants s pressant autour d’elle,
N’altèrent pas la beauté de ses jours.
Quoique Vénus fût mère des Amours,
Elle était jeune et toujours aussi belle.
Un quart d’heure avait suffi au peintre pour aller chercher sa femme et revenir chez la princesse.
Dès que Mme Boze eut fait son entrée dans le salon, où se tenait un essaim brillant de dames et de seigneurs, Mme la comtesse de Provence s’avança vers elle, lui tendit la main et l’embrassa en lui disant:
«Le Roi, mon frère, Madame, m’a parlé de vous, et ne m’en a pas trop dit sur vous.
«— S. M. est vraiment trop bonne et V. A. R. me comble outre mesure.
«— Puisque nous sommes voisines, je vous invite, Madame, à venir souvent vous promener dans mon parc avec vos enfants et votre gouvernante. »
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