Buch lesen: "Delacroix"
Henry Roujon
Delacroix

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333768
Table des matières
I
II
III
IV
V
VI

POUR PARAÎTRE LB 1ER DE CHAQUE MOIS:
LE TITIEN.
COROT.
DÉJA PARUS:
VIGÉE LE BRUN.
REYNOLDS.
VELAZQUEZ.
RAPHAEL.
FRANZ HALS.
LEONARD DE VINCI.
VAN DYCK.
HOLBEIN.
FRA ANGELICO.
MILLET.
INGRES.
REMBRANDT.
CHARDIN.
FRAGONARD.
GREUZE.
GAINSBOROUGH.
BOTTICELLI.
RUBENS.
LE TINTORET.
WATTEAU.
MURILLO.

DELACROIX
Table des matières
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
DELACROIX est un des peintres français les plus justement renommés, il s’apparente dans l’histoire de l’art à Véronèse, à Rubens, à tous les génies de première grandeur dont les musées se glorifient.
Il a été méconnu de son vivant malgré les commandes officielles dont on l’a gratifié, il a été honni, conspué, critiqué, on a parlé de son “Balai ivre,” on lui a fait un crime d’être l’opposé de M. Ingres, d’être malgré lui-même le chef du romantisme.
Aujourd’hui, ces querelles sont éteintes, devenues des chapitres d’histoire qui nous intéressent certes, mais ne nous passionnent plus, la vérité s’est affirmée et celui qui avait été traité de révolutionnaire est devenu un classique, au sens noble et vénéré du mot.
Son génie fougueux, déréglé, nous enthousiasme, sa fécondité brillante nous surprend et nous séduit; il est, entre tous, le peintre que la jeune école doit admirer et étudier; il faut aller à son œuvre en pèlerinage, il triomphe aux expositions de chefs-d’œuvres, ses tableaux et chevalets demeurent les joyaux des collections particulières, ses décorations murales sont une des richesses de notre ville, et le monument qui lui a été élevé dans le jardin du Luxembourg est un juste hommage rendu à ce merveilleux artiste, l’allégorie en est exacte, le génie des arts applaudissant à la glorification posthume.
Delacroix est le magicien de la couleur, son pinceau a des audaces extraordinaires; il sait faire chanter les rouges et les verts et les jaunes dans les harmonies antithétiques, il brutalise les effets, la vie apparaît chez lui torrentueuse, douée d’un mouvement incessant, les figures les plus calmes ont un frémissement intérieur.
Un écrivain, qui est un grand artiste lui aussi, a su le comprendre de son vivant, l’a célébré en des pages qui doivent être citées; il est impossible de parler de Delacroix sans avoir recours aux pages que Baudelaire lui a consacrées dans l’Opinion Nationale et qui ont été recueillies dans le volume de l’art romantique; nous ne pouvons malheureusement en donner ici que de courts extraits:
“Tout en lui était énergique, mais énergie dérivant des nerfs et de la volonté ; car, physiquement, il était frêle et délicat Le tigre, attentif à sa proie, a moins de lumière dans les yeux et de frémissements impatients dans les muscles que n’en laissait voir notre grand peintre, quand toute son âme était dardée sur une idée ou voulait s’emparer d’un rêve. Le caractère physique même de sa physionomie, son teint de Péruvien ou de Malais, ses yeux grands et noirs, mais rapetissés par les clignottements de l’attention, et qui semblaient déguster la lumière, ses cheveux abondants et lustrés, son front entêté, ses lèvres serrées, auxquelles une tension perpétuelle de volonté communiquait une impression cruelle, toute sa personne enfin suggérait l’idée d’une origine exotique. Il m’est arrivé plus d’une fois, en le regardant, de rêver des anciens souverains du Mexique, de ce Montezuma dont la main habile aux sacrifices pouvait immoler, en un seul jour, trois mille créatures humaines sur l’autel pyramidal du Soleil, ou bien de quelqu’un de ces princes hindous qui, dans les splendeurs des plus glorieuses fêtes, portent au fond de leurs yeux une sorte d’avidité insatisfaite et une nostalgie inexplicable, quelque chose comme le souvenir et le regret des choses non connues. Observez, je vous prie, que la couleur générale des tableaux de Delacroix participe aussi de la couleur propre aux paysages et aux intérieurs orientaux, et qu’elle produit une impression analogue à celle ressentie dans ces pays intertropicaux où une immense diffusion de lumière créa, pour un œil sensible, malgré l’intensité des tons locaux, un résultat général quasi crépusculaire. La moralité de ses œuvres, si toutefois il est permis de parler de la morale en peinture, porte aussi un caractère molochiste, visible. Tout, dans son œuvre, n’est que désolation, massacres, incendies; tout porte témoignage contre l’éternelle et incorrigible barbarie de l’homme. Les villes incendiées et fumantes, les victimes égorgées, les enfants eux-mêmes jetés sous les pieds des chevaux ou sous le poignard des mères délirantes; tout cet œuvre, dis-je, ressemble à un hymne terrible composé en l’honneur de la fatalité et de l’irrémédiable douleur.”
PLANCHE II.
FEMMES ALGERIÉNNES DANS LEUR APPARTEMENT
(Musée du Louvre)
Cette peinture fut un des premiers fruits du voyage de Delacroix au Maroc avec la mission du Comte Mornay. Elle fut exécutée en 1833 l’année qui suivit son retour en France et avait été commandée par l’Etat moyennant le prix de 3,000 frs. Le maintien de la négresse rappelle l’influence espagnole et certainement Manet s’en est inspiré lorsqu’il a peint son “Olympia.”

Et encore: “L’imagination de Delacroix! celle-là n’a jamais craint d’escalader les hauteurs difficiles de la religion; le Ciel lui appartient, comme l’enfer, comme la guerre, comme l’Olympe, comme la volupté. Voilà bien le type du peintre-poète! Il est bien un des rares élus, et l’étendue de son esprit comprend la religion dans son domaine. Son imagination, ardente comme les chapelles ardentes, brille de toutes les flammes et de toutes les pourpres, tout ce qu’il y a de douleur dans la passion le passionne; tout ce qu’il y a de splendeur dans l’Eglise l’illumine. Il verse tour à tour sur ses toiles inspirées, le sang, la lumière et les ténèbres.”
A un autre moment, le poète scrutant l’art de Delacroix au point de vue technique, nous invite à sa connaissance professionnelle, que les critiques hostiles n’ont pas soupçonnée. “Après avoir consacré les heures de la journée à peindre, soit dans son atelier, soit sur les échafaudages où l’appelaient ses grands travaux décoratifs, il trouvait encore des forces dans son amour de l’art, et il aurait jugé cette journée mal remplie si les heures du soir n’avaient pas été employées au coin du feu, à la clarté de la lampe, à dessiner, à couvrir le papier de rêves, de projets, de figures entrevues dans les hasards de la vie, quelquefois à copier des dessins d’autres artistes dont le tempérament était le plus éloigné du sien; car il avait la passion des notes, du croquis, et il s’y livrait en quelque lieu qu’il fût. Pendant un assez long temps, il eut pour habitude de dessiner chez des amis auprès desquels il allait passer ses soirées.”
Ainsi faisait l’homme qu’on a accusé d’être un improvisateur sans scrupules, de ne pas savoir dessiner; Baudelaire s’élève contre cette appréciation de mauvaise foi, et il définit bien Delacroix.
“Une passion immense, doublée d’une volonté formidable, tel était l’homme. Or, il disait sans cesse: “Puisque je considère l’impression transcrite à l’artiste par la nature comme la chose la plus importante à traduire, n’est-il pas nécessaire que celui-ci soit armé à l’avance de tous les moyens de traduction les plus rapides?” Il est évident qu’à ses yeux l’imagination était le don le plus précieux, la faculté la plus importante, mais que cette faculté restait impuissante et stérile, si elle n’avait pas à son service une habileté rapide, qui peut suivre la grande faculté despotique dans ses caprices impatients. Il n’avait pas besoin, certes, d’activer le feu de son imagination, toujours incandescente; mais il trouvait toujours la journée trop courte pour étudier les moyens d’expression. C’est à cette préoccupation incessante qu’il faut attribuer ses recherches perpétuelles relatives à la couleur, à la qualité des couleurs, sa curiosité des choses de la chimie et ses conversations avec les fabricants de couleurs. Par là, il se rapproche de Léonard de Vinci, qui, lui aussi, fut envahi par les mêmes obsessions.”
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