Buch lesen: "Passantes"

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Eugène Marsan

Passantes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066301002

Table des matières

Avertissement

Fiction, en préambule

L’Inconnue

Les Épingles

Le Diapason de Carmen

La Silencieuse

La Sotte

Sourire

Le Regard

Perle

La Lampe

Jeune Fille

Amérique

L’Amour mouille

L’Imparfait du subjonctif

Les Épingles

Apprentissage

Ressemblance

Les Soleils

Le Bonnet

Dialogue

Discours à la même

L’une et l’autre

Paris

Espagne

Palillos

Russie

Cinéma

Italie

Le Piano dans la cour

Crayons

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

La Patte

Chansons

Eve

Babette

Bouche-Bée

Coquetterie

Reine

Métro

Le Ramier

Le Mica

Abrégé

Confidence

Hiéroglyphe

Autre Confidence

Retour de l’Inconnue

Amazones

Léone OU LA PHILOSOPHE

Lucette OU LA GUERRIÈRE

Miss OU LA REBELLE

Suzanne OU LA POLITIQUE

Avertissement

Table des matières

Le héros de roman qui parle ici à la première personne s’appelle Sandricourt, Olivier Sandricourt.


Passantes

Table des matières

Fiction, en préambule

Table des matières

Dans la Double méprise, lorsque Darcy retrouve mariée sa Julie, qu’il a à peu près oubliée, ils sont très émus. Tout son air de grande dame cache mal son trouble, et lui, sous l’écorce du dandy, il sent bouger tout à coup le noble sang de l’adolescence.

Mérimée décrit le costume de Darcy, ou plutôt il le loue en ces termes: «Il était très simplement habillé, avec cette élégance qui indique en même temps les habitudes de la bonne société et l’indifférence sur un sujet qui occupe les méditations de tant de jeunes gens.» Vous vous rappelez que c’était un grand diable pâle, dont les traits «exprimaient le calme, mais un calme qui semblait provenir moins d’un état habituel de l’âme que de l’empire qu’elle était parvenue à prendre sur l’expression de la physionomie.» Des yeux profonds, des tempes agrandies, une bouche retouchée par l’amertume. Reconnaissez l’homme qui pense avoir tout vu du carnaval du monde, et ne s’y fie plus. Un malheureux petit lion qui a léché ses blessures et se redresse.

Lorsque Darcy rapporte l’histoire de la belle esclave délivrée, qu’on allait jeter à la mer, il dit que son bourreau qui la gardait, tenait dans sa main une espèce de vilain coutelas. «Un ataghan», précise Chateaufort, qui a lu. «Un ataghan», confirme Darcy, et il sourit. Il avait évité le mot exprès.

Un accident lui livre Julie dès qu’il la revoit, sept ou huit ans après qu’il l’a laissée jeune fille. Dans la voiture il commence par être ému, encore ému, mais il devient de plus en plus correct, à mesure qu’il devrait être plus heureux.

Elle a voué sa vie, tandis qu’il pense à arranger une belle liaison qui durât tout un été. Et Julie, à quelques jours de là, Julie qu’il croit facile, qu’il se félicite de n’avoir pas épousée jadis, va mourir de honte et d’amour étouffé.

Ainsi, le plus grand bonheur qu’un homme puisse connaître, qui est d’être véritablement aimé, lui échappe, parce qu’il a lui-même manqué d’ardeur, de confiance, ou de naïveté. Il se croyait bien fort, bien libre, et le souvenir de sa pauvreté l’avait armé d’une fausse sagesse. Si seulement il avait suivi la règle du jeu, s’il n’avait pas triché, s’il avait fait les serments d’usage, le lendemain il était comblé, il découvrait ce pactole: un cœur entièrement donné.

Julie est morte faute d’avoir entendu quelque grand mot que l’autre aurait dû prononcer, doublement fortuné s’il y avait cru,–au lieu de l’assassiner.

Mais il a ignoré à la fois le bien qu’il perdait et son crime ou sa faute. Julie morte, Mme Lambert lui dit: «Quel dommage que vous fussiez trop pauvre pour elle quand elle s’est mariée.» Vous vous rappelez que Darcy sourit encore, on ne sait comment, sans répondre...

Secret des âmes, mondes clos qui n’échangez que des lueurs.

L’Inconnue

Table des matières

Je vous voyais pour la seconde fois de ma vie. Je ne sais rien de vous, pas même votre nom. Ai-je seulement entendu votre voix? Et je vous retrouve, avec le même battement de cœur.

Il y a des minutes qui ne comptent pas soixante secondes. Mais nous avions attendu peut-être une demi-heure, ou davantage, lorsque le service interrompu reprit et que trois grandes voitures vinrent briller sur la place.

Le mouvement de la foule nous avait mis tout près l’un de l’autre et je voyais sur sa nuque découverte une légère mèche remuer, toute gonflée d’air.

Comme j’ai craint de vous perdre! Ainsi qu’il arrive aux fils d’Adam tout mon plaisir tenait à un numéro d’ordre.

–880... 86... 87.

Pour ne point la quitter, j’avais laissé passer mon tour (comme un potache). Le sien était venu. La voiture toute pleine allait me laisser là. Mais j’ai fendu la presse:

–885! J’ai cru que vous appeliez les sept cents.

Elle n’a pas pu ne pas sourire.–Gioia!

La grande machine de cristal et de fer glisse sur les rails et nous secoue sans ménagement, debout que nous sommes dans l’étroite cage de l’arrière.

Je me raidissais pour n’être pas jeté contre elle.

A la faveur de ce dur roulis qui vous pliait à chaque instant la belle taille, ma main ne cherchait pas à rencontrer la vôtre, et lorsque vous la bougiez un peu, cette main à demi refermée sur la rampe brillante, c’était comme si vous m’aviez touché... Une autre m’aurait trouvé moins timide. Dans ce va et vient, il ne tenait qu’à nous (pour parler comme Brantôme) de faire un semblant de fricarelle. Mais vous!

Vous le savez bien, je ne vous dirai jamais que je vous aime. Jamais je ne vous parlerai...

Bien des choses ont changé, même vous, un peu. Je vois vos yeux, je vois vos mains, je vois votre bouche. L’électricité me donne aujourd’hui tout le détail de votre visage. Vous portez un couvre-chef tout mignon, et vous vous coiffez autrement, avec cette «chienne» que vous n’aviez pas. Mais je n’oublie pas vos bandeaux.

Vous rappelez-vous? N’était-ce pas à la même heure? Mais au lieu de ce ciel blême et compact, un soir de septembre. Assise loin du pauvre quinquet d’alors vous vous êtes levée pour venir à la lumière. Mais lisiez-vous? Vous tourniez bien vite les pages de votre livre. Vous leviez souvent la tête... Ah! distraite, comme tout le monde, j’ai toujours nié que l’amour pût naître du premier regard. Et pourtant ne vous ai-je pas aimée en vous voyant?

A présent, nous sommes moins enfants tous deux. Qu’avez-vous fait en deux ans? Que vous est-il arrivé? Vous n’êtes déjà plus la jouvencelle qui n’a pas de souci. Est-ce que vous auriez souffert?

Votre grand chapeau vous irait mieux que jamais.

Ne mentez pas maintenant. N’affectez pas cette haute indifférence. Malgré vous vos yeux me disent que vous n’avez pas oublié. D’ailleurs, faites ce que vous voudrez: raidissez-vous bien, avancez votre lèvre inférieure (le baiser d’une boudeuse) et pour mieux me signifier votre mépris, serrez les paupières, avec un air de volonté.

Toutes vos façons me flattent, car:

1o Si vous ne m’aviez distingué, les feriez-vous?

2o Si je vous déplaisais, vous donneriez-vous la peine de me le marquer, discret comme vous me voyez.

Et enfin, je vous défie de faire quoi que ce soit dont je ne sois profondément charmé. Il est sûr que je perçois un fluide émané de vous et que j’en suis fasciné.

Comme l’alouette au miroir. Mais vous ne me voulez point de mal.

Ne remettez-donc pas, voulez-vous? ce gant que vous maniez, incertaine... Je n’oublierai pas non plus ce parfum que j’ai eu de vos cheveux quand le mouvement de la voiture a porté votre front si près de moi. Rien ne m’a jamais plu comme la courbe de votre menton, l’ombre et le dessin de votre chevelure. Et le regard de vos yeux bleus et gris me donne regret de la vie que j’ai eue.

La personne qui vous accompagne, votre parente sûrement, vous ressemble, quoique laide... Une variation sur votre visage, ici ou là quelques millimètres, et, vous pouviez rester belle, vous ne m’auriez pas bouleversé.

Vous avez le front doucement bombé, le sourcil léger mais dessiné, la bouche sinueuse, et l’ombre de la joue meurt sur le coin de votre lèvre. Vous faites penser à la comtesse Waldegrave (dans le tableau de Chantilly) ayant la même joue et ce même coin de bouche. Mais sa lèvre supérieure avance un peu; chez vous, c’est l’autre, lorsque vous voulez, par contenance, faire la dédaigneuse. Et le vôtre me plaît mieux que le nez aquilin de la belle Anglaise. Droit, aux narines un peu charnues, il vous fait une tête italienne et qui rappelle un personnage de Botticelli dans l’une des fresques de la Sixtine. Jeune homme bien mis qui porte avec désinvolture son riche manteau, il montre son profil droit et rit. Mais l’œil doit être noir et vous n’avez pas sa superbe, vous, rêveuse, dont me plaît tant la gravité.

Les Épingles

Table des matières

Elle dansait aux lumières du bar, relevant une jupe brillante et sombre sur une mince jarretière ornée de petits boutons de rose.

Dodue, en bonne santé et en bon point, avec un regard assez dur, en dissentiment avec le menton grassouillet.

Quand on connaissait l’histoire de sa vie, l’on savait que si elle n’avait pas un certain jour manqué son train, à la gare Saint-Lazare, elle aurait fait une excellente petite bourgeoise dans la banlieue. Elle ne paraît pas soupçonner qu’elle aurait trompé son mari.

Elle est tirée à quatre épingles. Elle ne s’abandonne pas. Rien n’est plus méthodique que sa galanterie. Mais comme elle est très ignorante, elle boit trop de liqueurs et mange trop de pain.

Sous son corset, un petit ventre. C’est dès que j’y pense, sa petite bouche ouverte au fard un peu craquelé, et la veine qui se dessinait sur sa main appuyée. Rêverie. Fragilité. Douceur.–Une quenouille de chanvre, nouée de soie floche.

Si j’ose songer à elle en votre présence, c’est qu’elle m’a tendrement aimé cinq minutes. Ensuite elle n’en revenait pas, moins étonnée qu’attendrie. Et c’est, pardonnez-moi, une espèce de ressemblance qu’elle a avec vous, qui ne m’embrasserez jamais.

Si je suis inconstant? Les femmes n’ont souci que du bien-aimé, (comme du moins nous nous plaisons à le croire), et nous, la manie de comparer nous point. Notre nouvel amour appelle les souvenirs, que le hasard conduit.

Quand vous respirez plus profondément ou que vous avalez un peu de salive j’ai le cœur serré de ce mouvement qui déplace à peine vos traits, gonfle un peu votre cou, soulève votre poitrine et se perd en vous.

Belle comme je vous vois, si vous deviez jamais vous donner à moi (je me parle à moi-même) vous garderiez pourtant un dernier linge. Si cet amour imbécile m’est venu de votre forme et de vos traits, il désire moins en jouir que de se fondre en vous, être avec vous frappé d’une seule commotion, où l’idée du plaisir n’aurait presque plus part.

Vous vous approcheriez, grandie par la blancheur. Vous auriez la tête un peu penchée, comme à présent, et vous me regarderiez profondément, avant de fermer vos bras sur moi.

Il est vrai que ces amours glorieuses se croient, au fond, tout permis, tant leur pureté nous semble incorruptible. Vous en viendriez vite à ne plus craindre de me laisser voir à votre taille cette fronce menue que laisse le corset.

Tandis que je devais sourire, non de ces étonnantes pensées, mais du mot chemise, vos cils ont battu d’inquiétude. Pourrai-je un jour vous expliquer?... Peut-être sera-t-il plus sage de me taire, quoi qu’il arrive. Car si l’idée ne peut que vous toucher ou, d’aventure, vous prouver que vous aviez plus d’imagination que ce sot amant, le mot, n’est-ce pas? vous choquerait.

Les femmes ont peur des mots, d’abord. Si nous devions jamais rire ensemble de ces choses, je vous ferais remarquer que les auteurs de romances et les écrivains pornographes sont tenus au même vocabulaire.

J’ai beau me moquer!... Vous allez descendre au second arrêt après ce pont sur la Seine. Et vous qui étiez là devant moi, vous ne me serez plus rien qu’un souvenir. Vous irez dans une maison où je n’ai pas le droit d’entrer, vivre pour des gens que je ne connais pas, que vous aimez.

Au premier regard que j’ai eu de vous j’ai bien vu tout ce que vous pensiez et que vous aviez peur de m’entendre vous parler. Vous n’auriez pas eu plus de force que moi-même et vous souffririez aujourd’hui de votre destin changé. Mais vous voyez que je me tais et ne bouge. Il faut seulement qu’un désordre fou règne entre les mondes et les êtres, puisque vous n’êtes pas ma femme, à jamais dans les siècles.

Du moins, regardez-moi...

Et, si vous pouviez, penchez une dernière fois la tête devant cette lampe, que je voie dans le lobe de votre oreille rougir votre sang.

Dictes moy ou, n’en quel pays

Est Flora, la belle Rommaine?

Reflets des lumières dans le fleuve. Regardez-les donc. Et Baudelaire, que j’avais oublié: «Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?...»

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€1,99
Altersbeschränkung:
0+
Veröffentlichungsdatum auf Litres:
16 Januar 2025
Umfang:
70 S. 1 Illustration
ISBN:
4064066301002
Verleger:
Rechteinhaber:
Bookwire
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