Buch lesen: "De l'abstinence des alimens"

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César Gardeton, Charles François Simon Giraudy

De l'abstinence des alimens, ou Du jeûne, du carême et du maigre sous le rapport de la santé ... Par C. G


Publié par Good Press, 2021

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066338091

Table des matières

DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

DE L’ABSTINENCE DES ALIMENS.

Des effets de l’Abstinence.

Du Jeune.

Du Carême.

Des Rogations.

Des Vigiles simples.

Des exceptions du Jeûne et de l’Abstinence,

Du Maigre,

Des Assaisonnemens.

Des Sauces et des Apprêts.

De la Pâtisserie.

Des Confitures.

Des Boissons.

Des Boissons aqueuses.

Des Boissons fermentées.

Des Boissons spiritueuses.

Des Boissons nourrissantes.

TABLEAU RAISONNÉ

Des Œufs.

Des Amphibies.

Des Poissons.

Des Végétaux.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

Table des matières

ON s’est élevé de tout temps contre les écrivains qui mettent la médecine à la portée des gens du monde; et c’est avec raison pour ce qui regarde la méthode curative, ou la partie la plus difficile de notre art. Que pourrait y comprendre le lecteur? s’il parvient à retenir le nom de quelques maladies dont il a su distinguer les symptômes dominans, s’il associe ensuite à cette idée celle d’un remède qu’il a vu réussir dans un cas analogue, voilà tout ce qu’on peut espérer. Le reste n’est pour lui qu’une source d’erreurs plus ou moins dangereuses, puisqu’elles ne servent qu’à l’égarer. Se permettrait-il, avec ces notions superficielles, de donner un avis, quand il ne connaît ni les organes, ni leurs fonctions, ni les parties lésées, ni la nature de leur lésion; ni la marche, les symptômes, les causes de la maladie, ni les modifications que font éprouver à celle-ci, le tempérament, l’âge, le sexe, les habitudes, la vie de l’individu; lorsqu’il ignore enfin, la préparation et la propriété des remèdes? Il est prouvé qu’il ne réussirait que rarement. On ne peut tolérer aujourd’hui ces sortes d’écrits qu’en faveur des personnes officieuses qu’un zèle louable porte à secourir, dans les campagnes, les malheureux dénués de toute autre ressource; et qui se font un cas de conscience d’aventurer la vie d’un malade, toutes les fois qu’elles ont la possibilité de le confier à un médecin. Hors ces circonstances fâcheuses, qui disparaîtront dès que le Gouvernement aura placé des médecins dans toutes les contrées du royaume, il n’y a qu’une coupable témérité à proposer des remèdes que l’on connaît à peine. Tel est cependant l’abus de ces livres de médecine populaire, qu’ils ne servent en général qu’a favoriser le charlatanisme et à tromper le peuple.

On n’en dira pas de même de celui que je publie: il ne s’agira ici que d’une partie de l’hygiène, ou de l’alimentation. Tout homme doit s’étudier, s’observer, se connaître soi-même, afin de satisfaire au sentiment naturel qui le porte à veiller à sa conservation; et il n’y parvient qu’à la faveur de cette science. Il y a long-temps qu’on l’a mise au rang de celles qu’il faut enseigner à la jeunesse. Les élèves doivent s’en occuper après les études de latinité, lorsqu’ils commencent à penser mûrement, et qu’ils sont près d’entrer dans le monde, où ils seront plus livrés à eux-mêmes. Mais elle fixera particulièrement l’attention des pères de famille, chargés de diriger les premiers pas de leurs enfans, de leur fortifier le corps, de former leur caractère, même dès l’âge le plus tendre, et de jeter les premiers fondemens des bonnes mœurs. C’est donc rendre un service au peuple que de la propager, et d’en répandre les traités généraux ou partiels.

Les choses dont on fait un usage habituel sont souvent celles que l’on connaît le moins: les alimens nous en offrent la preuve. Lorsqu’ on s’est assuré qu’une substance n’est pas vénéneuse et qu’elle peut servir de nourriture, on ne cherche guère plus qu’à la rendre agréable par les apprêts, et on l’emploie jusqu’à ce qu’elle cause quelque indisposition qui oblige à la prendre avec plus de réserve. Chaque famille, chaque contrée, chaque peuple, a ses alimens de prédilection, qui se transmettent d’âge en âge. Si l’on profite parfois d’une découverte, ce n’est guère sans en abuser, et cela doit être, puisqu’on ne réfléchit pas assez sur le genre de vie qu’il faut préférer. L’hygiène aussi a son empirisme. Les hommes versés dans cette science sont au vulgaire ce que les vrais médecins sont aux médicastres: le nombre de ceux qui savent choisir leurs alimens est le plus petit.

On ne cherche pas assez à connaître la nature du besoin de se sustenter. A voir les soins que les hommes mettent à satisfaire leurs désirs, on peut croire que l’espèce serait bientôt perdue, si l’instinct ne suppléait pas la raison. Vainement il les porte à s’abstenir des alimens; loin de le suivre comme le font les enfans et les animaux, ils le forcent au silence en excitant l’estomac par des apprêts de haut goût. L’appétit se trouve-t-il saturé , on cesse de manger, sans penser que cette abstinence est aussi nécessaire que les repas; qu’il est utile de la prolonger même quand la faim se manifeste de nouveau; et que, dans tous les cas, elle est préférable aux alimens. On voit enfin tous les jours les suites douloureuses de l’intempérance et les bons effets du jeûne, du maigre et du Carême, et l’on reste indifférent! Que dis-je! les deux routes ouvertes, la plus dangereuse est celle que l’on suit. Les préceptes de l’Eglise sont abandonnés, comme s’il ne s’agissait pas de la culture de l’homme et de sa conservation, de son perfectionnement au moral ou au physique, et de son bonheur le plus réel.

N’en doutons point, cet éloignement de l’abstinence réglée ne vient que du défaut d’instruction. L’homme cherche sans doute à s’éclairer, mais il lui était difficile jusqu’ici d’acquérir les connaissances dont il avait besoin. Elles n’étaient point à sa portée.

Ce travail manquait à la médecine, lorsque j’en conçus le dessein. En réfléchissant sur la répugnance que bien des personnes ont à s’imposer des privations, je pensai que le meilleur moyen de les y déterminer était de leur en démontrer les avantages, et sur tout de leur prouver que les préceptes de l’Eglise n’ont rien de contraire à la loi naturelle et à l’hygiène. Il me parut que, dans cette circonstance, l’hygiène et la religion pouvaient se prêter un mutuel secours; celle-là, en expliquant les phénomènes de l’abstinence, et la déduisant des lois de la nature; celle-ci interposant son autorité suprême pour exiger des privations qu’on n’obtiendrait jamais de l’intérêt personnel.

Le plan était vaste; mais, pour ne pas fatiguer le lecteur, j’ai cru devoir me renfermer dans l’exposé le plus succinct des vérités essentielles que j’avais à faire connaître. Voici l’ordre que j’ai suivi: il offre,

1.° Une idée générale de l’abstinence, considérée dans les sens et dans les forces vitales;

2.° La diététique des peuples, qui prouve que l’homme peut se nourrir de végétaux et de poissons, et que l’abus des viandes a eu, dans tous les temps, les suites les plus funestes;

3.° Ce qu’il faut entendre par besoin, aliment, boisson, digestion, assimilation, alimentation;

4.° L’examen des différentes abstinences selon l’hygiène, et du jeûne, du maigre et du Carême, suivant l’Eglise;

5.° Les exceptions que présentent ces règles générales;

6.° L’exposé détaillé des alimens maigres, de leurs propriétés, de leurs apprêts, des boissons et de leur usage;

7.° Enfin, le tableau des substances alimentaires et des boissons, avec l’énoncé de leurs propriétés et de leur emploi dans le régime.

Cet ouvrage n’est pas le premier qu’on ait publié sur l’abstinence et sur le maigre. J’ai marché sur les traces de MM. Hequet, Winslow, Andry, et d’autres savans distingués. Les préceptes de l’Eglise, à ce sujet, n’ont jamais trouvé de détracteurs parmi les gens de l’art; ils ont, au contraire, reçu dans tous les temps l’approbation la plus éclairée. Qui pourrait méconnaître les inappréciables avantages de l’abstinence, tandis que l’expérience les confirme chaque jour, et qu’on voit, dans les lois de la vie, l’absolue nécessité de la pratiquer? En craindrait-on l’abus? c’est un prétexte trop vain. L’homme peut abuser de tout ce qui est à sa disposition, plutôt que des privations, qui sont elles-mêmes en opposition avec presque tous les excès; et, d’ailleurs, sa conduite n’est-elle pas soumise à des règles dont il ne saurait s’écarter qu’a son détriment?

«M. Grant approuve les lois diététiques de l’Eglise-Romaine: et en cela il a raison,» dit Zimmermann. Et quelle autorité que celle d’un Anglican et d’un luthérien, à qui la force de la vérité arrachait un pareil aveu! En émettant leur opinion, ces deux illustres savans étaient bien assurés qu’elle ne serait jamais démentie. Ils étaient l’un et l’autre profondément versés dans la diététique: Zimmermann nous a laissé, sur cette branche de la médecine, un Traité qu’on lira toujours avec le plus vif intérêt; Grant s’était fait distinguer parmi les plus célèbres praticiens de Londres. Ils avaient donc pu concevoir toute l’importance des privations régulières; et ils ne les ont recommandées qu’après un examen mûri dans l’expérience.

Mais, eussé-je été privé de l’opinion des grands maîtres, l’état actuel de nos connaissances et des lumières généralement répandues, m’aurait suffi pour démontrer par le simple raisonnement et par les faits sur lesquels je l’ai fondée, toute la valeur hygiénique des préceptes de l’Église sur le jeûne et le maigre, tels qu’ils furent institués dans un temps où la médecine ne permettait pas de les approfondir comme à présent.

J’ai écrit cet ouvrage pour les gens du monde, et peut-être plus encore pour les hommes de l’art, qui n’ont pas pris la peine de diriger leurs recherches sur les alimens, d’une manière aussi spéciale que je l’avais fait pour moi. On aime les chemins tracés. Nos Traités des Alimens sont si incomplets, ils offrent tant de lacunes, que mon travail pourrait paraître neuf, sous plusieurs rapports; mais mon ambition ne va pas jusques là. Si ma doctrine est orthodoxe, si mes idées ont été assez claires pour être bien saisies, j’aurai atteint le but que je me suis proposé , celui d’être utile.

DE L’ABSTINENCE DES ALIMENS.

Table des matières

S’ABSTENIR, d’abstinere, c’est se passer d’une chose qu’on desire. Si les désirs étaient toujours proportionnés au besoin, il serait superflu de prescrire l’abstinence; on ne prendrait que les alimens nécessaires pour la nourriture habituelle, et il en faudrait peu. Des privations forcées, quelques mets délicats, porteraient-ils à surcharger l’estomac? ce ne serait que passagèrement; les fonctions digestives, rentrant bientôt dans l’ordre, l’appétit ne reviendrait qu’avec le vrai besoin; enfin la tempérance n’exigerait que peu d’efforts, et on l’observerait sans peine. Les animaux profitent de ce privilège sans en avoir le mérite. L’homme en jouissait sans doute aussi, lorsque, dans sa pureté primitive, il goûtait toutes les douceurs d’une vie entièrement conforme à la loi naturelle.

Hélas! fallait-il apprécier ce bonheur par la cruelle expérience qui nous ramène aujourd’ hui, plus que jamais, à notre véritable condition! Les trésors que nous offre la culture des sciences et des arts ne pouvaient-ils donc s’acquérir sans livrer l’espèce humaine aux suites funestes de la dépravation?... Toujours est-il certain que cette heureuse harmonie fut altérée dès que l’homme eut abusé de ses forces et des dons qui lui avaient été prodigués. On ne viole pas impunément les lois de la vie. Celui-là se flatte vainement qui, séduit par ses passions, croit pouvoir s’abandonner à des plaisirs illicites. Dans l’ordre physique on a bientôt à se repentir des fautes même les plus légères, et ses châtimens sont souvent terribles. Il n’est pas rare, en effet, de voir une indigestion causer la perte de la vie; un petit verre de liqueur produire l’inflammation de l’estomac, ou des convulsions, etc., etc. Que de maux ne devaient-ils donc résulter des excès auxquels se livrèrent les peuples, lorsque, dans la suite, la raison eut perdu l’énergie nécessaire pour triompher de tous les vices! Le sort eri était jeté ; il né restait aux hommes aucun espoir de salut, si de puissans secours ne leur eussent été donnés à différentes époques. On connut enfin tout le prix de l’abstinence, et l’espèce humaine fut sauvée.

Mais ces premières notions sur les principales substances nutritives dont on peut faire usage, ne suffisaient pas pour diriger le choix de tous les alimens. Elles indiquaient seulement la voie des recherches, qui devaient servir à un code alimentaire, d’après lequel chaque individu pourrait facilement déterminer la nourriture qui lui convient. Des savans se sont occupés de cet objet important; ils en ont fait le sujet de leurs méditations et de leurs expériences. Les matériaux, recueillis avec soin, ont été rapprochés avec méthode; et les connaissances acquises par tant de travaux, permettent enfin d’offrir un corps de doctrine dans lequel les principes sont le résultat d’un raisonnement sévère. Lorsqu’on s’est fait une idée juste de la nature des alimens et de leurs qualités, des organes digestifs et de leurs fonctions, il n’y a plus qu’à comparer les bons effets de l’alimentation avec ceux qui sont contraires à la santé, pour en déduire les véritables conditions de cette partie du régime, et par conséquent celles de l’abstinence et de la frugalité.

La première doit priver des alimens dont le corps n’a pas besoin, lors même que l’appétit les fait vivement désirer. La frugalité ne permet pas d’en prendre plus qu’il n’en faut pour une bonne digestion. Modicus cibi, medicus sibi, dit un axiôme. Mais, sans l’abstinence, celle-ci serait encore insuffisante, puisqu’on est souvent obligé de se priver de tout aliment, ou de quelque espèce d’aliment, comme du gras.

Je pourrais me borner à l’exposé des effets salutaires de l’abstinence, pour démontrer les principes sur lesquels on l’a fondée: mais elle a aussi ses dangers, qu’on ne saurait éviter avec trop d’attention, et qu’il importe de signaler. Une piété mal entendue fait par fois oublier la mesure du besoin; on se nourrit trop, ou moins qu’il ne faudrait, et l’on s’expose ainsi à déranger la santé , qu’il s’agit de maintenir dans le meilleur état possible. Le seul moyen de bien observer les privations régulières, c’est d’en connaître l’objet, et de raisonner l’application qu’on en fait. Me proposant d’offrir aux gens du monde les notions qu’ils désirent avoir à cet effet, j’entrerai dans les détails qui m’ont paru propres à démontrer que la théorie la plus saine est toujours d’accord avec les préceptes de la religion, que l’abstinence sagement conçue est indispensable, et qu’elle ne devient dangereuse que quand on ne la pratique pas exactement.

Avant d’aller plus loin, et pour procéder avec méthode, déterminons d’abord ce qu’on doit entendre par besoin d’alimens, appétit, digestion, assimilation, aliment et boisson. Ces préliminaires faciliteront l’intelligence de ce que j’ai à dire sur l’abstinence en particulier.

Suivant les lois primordiales de la vie, les fonctions de l’économie animale ne s’exercent qu’avec le concours des objets extérieurs dont l’action doit toujours être proportionnée à l’état, des forces. Ces relations n’existaient pas pour le fœtus: elles ne sont devenues nécessaires qu’au moment de sa naissance: encore ne l’ont-elles été que progressivement, et lorsque les organes se sont trouvés assez développés pour cela. Ainsi, la lumière agit sur les yeux, les odeurs sur le nez, les saveurs sur la bouche, le son sur les oreilles, l’air sur les poumons et la peau; les alimens et les boissons sur les voies alimentaires, etc. D’un autre côté, certaines actions paraissent naturellement soumises à un ordre particulier de succession, et l’on sent le besoin de marcher, de se reposer, de dormir, etc., de même qu’on éprouve celui de se sustenter. Les moyens de satisfaire à ces besoins différens, contribuent donc également à l’entretien de la vie et de la santé. Hippocrate l’exprimait par ces mots: Medicamentum famis cibus est, sitis potus, lassitudinis somnus, sessionis ambulatio, deambulationis sessio, etc.; car, l’on pourrait dire, dans un sens analogue, alimentum au lieu de medicamentum. Mais cette manière de voir est trop générale: si elle paraît juste sous le rapport de la stimulation des organes, elle ne sépare pas les substances proprement nutritives de celles qui se bornent à soutenir les forces vitales. Quoi qu’il en soit, le besoin, dans l’acception générique de ce mot, s’annonce par un sentiment de mal-aise, d’inquiétude, d’agitation, et avec penchant à l’acte relatif à chaque fonction.

De tous les besoins dont l’homme est tourmenté, le plus habituel et le plus impérieux, est celui de se nourrir. C’est aussi le plus difficile à satisfaire convenablement, à raison du nombre des organes qui servent à la digestion, des élaborations diverses que subit la matière alimentaire, des qualités que doivent avoir les alimens, et de la manière dont il faut en user; et voilà pourquoi les hommes sont tellement occupés de leur nourriture, qu’ils pensent avant tout à se la procurer, et qu’ils craignent tant d’en manquer. Heureux si, dominés par cette idée, ils n’étaient pas portés à faire des provisions inutiles et à se nourrir trop, ne serait-ce que dans la vue de flatter le goût!

Dans l’état de fœtus, l’enfant n’est alimenté que par le sang de sa mère. Ses organes se forment, acquièrent de la consistance, et conservent les rapports qu’ils doivent avoir entre eux. Le corps est dans un isolement qui ne laisse aucun doute sur les forces de la nature vivante et des lois qui les régissent: elle prend en quelque sorte acte de sa puissance , afin qu’on ne puisse la lui contester dans la suite. L’existence de l’enfant est donc toute végétative durant la grossesse; il ne se développe dans l’utérus qu’à la faveur de la vitalité qui lui est propre.

Mais, dès qu’il voit le jour, sa vie devient dépendante des objets qui l’entourent, avec lesquels il doit être en relation, et qui le modifient par leur manière d’agir, sans cependant changer sa vitalité primitive. La mère, cessant alors de lui transmettre des sucs assimilables, ne fournit plus qu’un aliment facile à digérer; et, dorénavant, sa nourriture ne sera tirée que de substances nutritives extérieures, et proportionnée aux facultés de l’estomac. Les forces vitales ont une direction déterminée, et fixent le degré d’influence que les corps ambians doivent avoir sur ses organes; ils n’auront qu’une action relative à la disposition primitive de l’individu, parce qu’il n’a que des besoins limités.

Les objets qui nous environnent, considérés en eux-mêmes, sont plus ou moins solides ou fluides, chauds, secs, durs ou mous, aromatisés, sapides, etc. C’est notre manière de sentir qui nous fait distinguer le chaud du froid, le sec de l’humide, le rouge du bleu, le doux de l’acide, le salé du fade, etc., etc.; comme, selon notre situation, les corps se trouvent placés en haut ou en bas, devant ou derrière, à droite ou à gauche. Les alimens sont donc aussi proportionnés au goût, à l’odorat, à la faim, à la soif, et aux forces digestives.

Le premier aliment que l’enfant doit prendre, c’est l’air. Alimentum etiam spiritus est, dit Hippocrate A peine est-il né que ce fluide est introduit, par l’acte de la respiration, dans la poitrine, où il fournit une substance nécessaire à la régénération du sang et à l’entretien de la vie. Bientôt après, l’estomac éprouve le besoin d’un autre aliment; il est disposé à recevoir le lait préparé dans le sein de sa mère, et ce liquide suffit, jusqu’à ce que l’âge réclame une nourriture plus substantielle.

Mais la respiration, peu susceptible d’être interrompue sans danger pour la vie, devait se faire avec une régularité plus constante, et n’admettre qu’un aliment d’ailleurs peu variable.

La nourriture destinée à l’estomac, étant au contraire plus matérielle, ayant plusieurs objets à remplir, a dû être tout à la fois plus variée pour le goût et pour l’appétit. On peut en juger par la prodigieuse quantité des substances alimentaires que la nature produit, et par les différentes combinaisons qu’elles peuvent subir.

Deux sortes d’alimens servent à la digestion: les uns sont liquides, les autres solides. Facilius est refeci potu quàm cibo; dit le vieillard de Cos . Cependant, comme les boissons ne pourraient assouvir la faim, ni par conséquent suffire seules à la nourriture ordinaire, et qu’elles ont d’ailleurs la propriété spéciale d’étancher la soif, c’est aux substances solides qu’on a cru devoir donner le nom d’aliment. Nous conserverons à ce mot son acception reçue, quoiqu’il soit démontré que toutes les substances ne sont pas également nourrissantes; et qu’on y distingue l’aliment proprement dit, parmi les différentes espèces d’alimens dans lesquelles il se trouve diversement combiné. Je présenterai bientôt ce sujet plus circonstancié. Voyons d’abord ce que l’observation nous apprend sur l’usage des alimens employés par les adultes.

Il est vraisemblable que les premiers peuples n’eurent d’abord pour toute nourriture que des fruits, des racines, des plantes herbacées et des semences farineuses. Ils apprirent ensuite à leur faire subir différentes préparations, à les assaisonner; et ce régime simple, le plus approprié à l’homme, dut s’améliorer jusqu’à l’époque où commença l’usage des viandes. Depuis ce temps, plusieurs peuplades se sont ainsi conformées à la loi naturelle. «Nos pères, dit Hoffmann, étaient extrêmement sobres; ils se contentaient de lait, de miel, de fruits, de légumes; ils ne connaissaient ni le luxe, ni la sensualité de nos jours.» Dans ce moment même, des habitans du Mogol, et d’autres peuples de l’Asie, ne vivent que de végétaux et de poissons, et s’en trouvent bien. Une des remarques les plus importantes qu’on ait faites à ce sujet, c’est qu’ils sont plus doux, plus humains, plus faciles à diriger, et par conséquent plus heureux que les septentrionaux., habitués à l’usage des viandes salées, des liqueurs alcooliques, et qui sont durs, grossiers et barbares; caractère qu’on peut attribuer particulièrement à l’influence de leur régime. Je ne parle pas des hommes façonnés par une bonne éducation; ils sont a peu près les mêmes dans tous les pays; et aujourd’hui ils deviennent tous Parisiens.

Une fois séduits par le goût délicat des substances animales, les peuples ne se bornèrent point à les mêler avec des végétaux. On ne tarda pas à leur donner la préférence, parce qu’elles étaient en même temps plus nourrissantes, et l’abus suivit de près ces premiers essais. L’intempérance conduisit à l’exaltation de toutes les passions; les moeurs perdirent leur innocence; la corruption fit des ravages effrayans, et causa la ruine de plusieurs peuples. C’est par-là qu’ont fini l’Egypte, la Grèce et Rome, etc.

Les suites effrayantes de l’intempérance se manifestaient pour la première fois, lorsque Moïse reçut la loi écrite qu’il donna aux Juifs. Le Décalogue leur offrit alors des préceptes d’hygiène, qui seront approuvés dans tous les, temps. Il ne s’agissait point d’affranchir l’homme du travail nécessaire pour cultiver cette branche de la médecine, mais de lui montrer la marche qu’il avait à suivre pour se purifier, et de signaler les principales chairs dont il pouvait user et celles qu’il fallait rejeter. Remarquez bien que ce grand législateur ne parle que des viandes dont l’excès est tant à craindre.

Que porte, en effet, le Pentateuque? Mangez de tout ce qui est pur... Voici les animaux que vous devez manger: ce sont, le bœuf, la brebis, le chevreau, le cerf, la chèvre sauvage, le buffle, la chèvre-cerf, la giraffe, etc. Ne mangez point de ceux qui sont impurs..., tels que l’aigle, le griffen, l’aigle de mer, l’ixion, le vautour, e milan et ceux de leur espèce; le corbeau, et ceux de son espèce... Parmi les animaux impurs, vous rangerez la belette, la fouine, la taupe, la chauve-souris, la cigogne, le cygne, l’autruche, le pourceau et leur espèce... Vous mangerez de tout ce qui a des nageoires et des écailles, tant dans la mer que dans les rivières et les étangs... Ne mangez jamais de sang ni de graisse... Ne mangez d’aucune bête morte d’elle-même... Ne buvez point, vous et vos enfans, de vin, ni rien de ce qui peut enivrer, quand vous serez au tribunal du témoignage, de peur d’être puni de mort, etc. Ces passages, et beaucoup d’autres analogues, désignent comme impures toutes les chairs indigestes; et comme pures, toutes celles dont on peut faire usage sans danger. On voit aussi que l’ivresse y est mise au rang des fautes graves.

En même temps, des hommes éclaires, voyant les progrès de la dépravation, cherchaient aussi à les arrêter et à combattre le mal jusque dans ses plus profondes racines. Mais la philosophie, presque toujours entrainée par l’esprit de système, s’éloignait trop du but et n’opposait que des moyens impuissans.

Telle fut celle de Pythagore. Voulant faire adopter généralement le régime végétal, ce philosophe imagina de fonder ses raisonnemens sur l’opinion de la métempsycose. Il supposa donc qu’a la mort de l’homme son âme passait dans le corps d’un animal; d’où il conclut à la nécessité de ne pas maltraiter les animaux, etc. Toute bonne qu’elle était d’abord pour tirer le peuple des excès auxquels il se livrait, cette fable ne pouvait le contenir, lorsqu’il ouvrirait les yeux sur le principe du dogme. Rien ne prouvait la transmigration des âmes. D’ailleurs, après avoir servi à dissiper jusqu’au germe des maladies provenant de l’abus prolongé des viandes, le régime végétal eut les incovéniens d’une nourriture trop exclusive. Je n’entende point par-là qu’elle soit nuisible, ainsi que l’ont prétendu quelques écrivains. L’homme peut s’y borner avec avantage, pourvu qu’il l’adopte dès sa jeunesse et qu’il habite un pays. fertile. C’est ce qu’ôn voit de nos jours dans quelques contrées de l’Inde, et chez des individus qui s’y conforment volontairement ou par nécessité. La vie végétale est si naturelle, que les enfans ont tous de la répugnance à manger de la viande pour la première fois. Mais le défaut radical du système de Pythagore est de pri ver l’homme des ressources que lui fournit le règne animal, dans toutes les circonstances où le terroir, la saison, des évènemens imprévus, ne lui offrent pas assez de végétaux pour se sustenter.

Du reste, quelque salutaire que pût être l’institution pythagoricienne, son insuffisance et le temps la firent abandonner. Peu a-peu, le peuple qui en avait profité reprit ses anciennes habitudes avec l’usage des viandes: Cette nourriture trop succulente le jeta de nouveau dans l’intempérance; celle-ci le livra aux passions les plus crapuleuses, et il fut victime de ses excès. La direction d’un peuple est semblable à celle d’un simple individu. Chez l’un et l’autre, le bonheur est le prix de la modération, des vertus et des lumières qui assurent le triomphe de la vérité. Les vices, le désordre, l’ignorance sont la source des plus grands maux. Si l’on néglige de diriger l’homme vers le bien par toutes les institutions possibles, si on ne l’oblige à lutter sans cesse contre ses mauvais penchans, et à perévérer dans la bonne voie, il tombera aussitôt dans la corruption et dans les malheurs qu’elle entraîne.

De leur côté, les Juifs, qui ne respectaient pas assez l’autorité divine, s’écartèrent de la loi écrite, et en furent punis par de nombreuses calamités. La corruption s’empara d’eux comme des autres peuples. Le danger devint pressant. Le sort du genre humain était encore aventuré, puisqu’aucune puissance terrestre n’aurait pu le retirer de l’abîme où il était plongé. J.-C. vint au monde, et la révélation opéra le prodige. On sait avec quelle force l’Eglise ordonne l’abstinence des viandes, le jeûne et la tempérance. Nous aurons bientôt occasion d’examiner les bases sur lesquelles reposent ses préceptes, et les moyens de faire une application bien entendue de ces derniers.

L’expérience vient de nous offrir l’homme se nourrissant tantôt de fruits, de végétaux et de poissons; tantôt de substances animales, tantôt du mélange de ces différens alimens. Il peut donc, selon les circonstances, faire gras ou maigre, ou se priver de tout aliment sans altérer sa santé, pourvu qu’il se renferme dans les bornes de la sobriété. Il est en effet, par sa nature, frugivore, carnivore, herbivore, granivore et ictyophage.

Je passe aux phénomènes de la nutrition.

Deux grandes opérations de la nature se présentent d’abord, la digestion et l’assimilation. Par la première, les alimens sont décomposés, et le chyle est formé. C’est une substance muqueuse, blanchâtre et douce, qui passe dans le sang ou dans les vaisseaux lymphatiques. Par la seconde, cette substance est incorporée et répare les pertes habituelles des organes et des fluides. On ignore comment s’effectuent ces différentes transformations.

Quels que soient les alimens, si l’on s’est assuré de leur bonne qualité ; s’ils sont pris avec modération et proportionnés à l’appétit, la digestion commence par un resserrement spasmodique presque insensible chez les personnes robustes, et avec un léger sentiment de froid chez les valétudinaires. Bientôt l’activité des organes digestifs augmente, l’excitation devient générale, la chaleur est plus grande, le teint plus animé, les sécrétions et les excrétions se font moins facilement. C’est le temps de la coction. Au bout de trois ou quatre heures, celle d’un repas complet est à-peu-près finie. L’excitation se dissipe graduellement; la température du corps revient à son état ordinaire; les sécrétions reprennent leur activité ; les principes nutritifs, provenant du chyle, et qui ne servent point à la réfection du corps, sont expulsés par la perspiration, les selles, les urines, etc. Le reste est éliminé plus tard à mesure que l’assimilation s’opère.

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0+
Veröffentlichungsdatum auf Litres:
15 Januar 2025
Umfang:
190 S. 1 Illustration
ISBN:
4064066338091
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Bookwire
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