Buch lesen: "Célébrités franc-comtoises. Peintres. Faustin Besson"
Armand Marquiset
Célébrités franc-comtoises. Peintres. Faustin Besson

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306908
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
I
II
I
Table des matières
Les arts n’ont peut-être jamais pris en France plus de développement que dans ces dernières années. Nos artistes ont immensément produit; mais leurs œuvres sont plus variées que choisies: on y remarque cette facilité de conception et de reproduction qui caractérise le génie français. Elles ont plus d’éclat que de solidité, plus d’aisance que de correction, plus de clinquant que d’or véritable. Tout. cela est rapide, clair, amusant comme la littérature moderne; mais ces compositions ne manquent-elles pas un peu de profondeur?
La grande querelle des partis, dans l’art, est heureusement finie; les dénominations arbitraires, qui divisaient les masses, sont effacées. Chaque nature, chaque talent individuel cherche avec raison, souvent avec fruit, son aptitude particulière. Se préoccuper du beau, réaliser un sentiment intime, sans la prétention de ressembler ou de ne pas ressembler à quelqu’un, est un bon système qui doit prévaloir partout aujourd’hui, et que nul, dès longtemps, ne met plus en pratique que notre jeune ami Faustin Besson.
Un intérêt curieux, très-curieux même, chacun le sait, s’attache de nos jours à ceux qui, sortis de la foule par la puissance de leur talent, par la distinction de leurs ouvrages, se sont élevés seuls au-dessus du niveau commun, et ont attiré sur leurs œuvres les regards et l’admiration de tous. On aime à fouiller dans le passé de ces hommes privilégiés; on aime à connaître jusqu’aux moindres détails de leur jeunesse, de leur enfance même, afin de découvrir, à travers leur vie, quel chemin ils ont suivi pour arriver à la gloire.
Rien, il faut le reconnaître, non, rien n’arrête l’essor d’un homme de talent, ni la maladie, ni les faux conseils, ni les faux enseignements. Quiconque possède le mensdivinior, ce feu sacré qui ne brûle que dans la poitrine d’un petit nombre d’élus, finit toujours par vaincre les obstacles qui obstruent la route et qui l’empêchent d’arriver à son but; il triomphe de tout, comme cet enfant au berceau, qui, devenu assez vigoureux pour se débarrasser des langes qui le retiennent captif, parvient seul à conquérir la liberté dont il était privé. Si l’on manque de courage, on succombe..... C’est un malheur, il est vrai, mais c’était par erreur qu’on était entré dans ce rude et noble chemin qui mène à la gloire et à la popularité. On est doué, ou on ne l’est pas... — Ceux qui sont doués, passent à travers les jalousies, les haines; ils supportent la misère et la faim; ils ont foi en eux-mêmes, et ils réussissent. Ceux qui n’arrivent pas, et qui se disent victimes de la société, qui se plaignent, comme certain barbouilleur, et non un peintre, hâtons-nous de le dire, se plaignait naguère, devant nous, de ce que la peinture n’allait plus, sont nés tout simplement pour être des manœuvres; ils se sont trompés de route, voilà tout, et se sont aventurés, sans réflexion, dans le chemin de l’art, par suite d’une manie malheureusement trop commune de nos jours; mais l’art, traité par des apôtres indignes, ne peut qu’y perdre. Que le menuisier reste donc menuisier, le forgeron, forgeron, «si le ciel, en naissant, ne l’a formé poëte.»
Le jeune artiste franc-comtois, auquel nous consacrons cet article, possède, lui, ce feu sacré dont nous parlons; mais avant d’entamer l’histoire et de donner la liste raisonnée de ses nombreux ouvrages, jetons un coup d’œil sur la carrière artistique de son père.
Jean-Séraphin-Désiré Besson, né le 17 février 1795, à Saint-Laurent-en-Grandvaux (Jura), dut venir au monde, tenant d’une main un ébauchoir, et, de l’autre, une palette avec des pinceaux. Il eut, dès sa plus tendre jeunesse, le sentiment de l’art et le goût des collections artistiques. Conservateur du musée de Dole, il est en même temps, depuis 1822, directeur et professeur de l’école gratuite de dessin.
Au moment de notre installation, en août 1830, comme sous-préfet de l’arrondissement, nous en visitâmes, avec le plus vif intérêt, les établissements publics. En parcourant les bancs pressés de l’école de dessin et les vastes salles du musée, il ne nous fut pas difficile de remarquer que M. Besson était trop à l’étroit dans la sphère bornée au milieu de laquelle il vivait, par tendresse pour sa nombreuse et intéressante famille, par amour aussi pour le musée que la ville devait à son zèle intelligent, et dont il voulait former une collection des plus précieuses.
Ce musée, comme la bibliothèque de Dole, a été créé sous l’administration de M. Léon Dusillet, qui, pendant plus de vingt années, fut maire de cette ancienne capitale de la Franche-Comté. Esprit fin, ingénieux, observateur prompt et pénétrant, poëte et critique distingué, il réunit au style le plus souple, le plus correct, le goût le plus pur et le plus éclairé : ses compatriotes savent presque tous, par cœur, ses vers harmonieux et légers; mais, ce qu’ils savent mieux encore, et ce qu’ils n’oublieront jamais, c’est que, dans le cours de sa longue carrière, il leur fut sans cesse obligeant et dévoué ; et que, dans les crises politiques qui troublèrent si souvent la France, il trouva toujours moyen d’adoucir la rigueur des mesures qui lui furent parfois prescrites.
M. Besson s’est adonné, d’abord, à la sculpture; et, parmi ses œuvres que ne désavoueraient pas nos artistes en renom, nous citerons:
1° Les Anges adorateurs, de l’église de Notre-Dame de Dole, copie, en bois, sur des proportions un peu plus fortes, des anges en marbre qui ornent l’autel principal de la cathédrale de Besançon, et qui sont dus au ciseau d’un célèbre statuaire franc-comtois, Luc Breton, qui en avait dessiné les originaux à Rome. M. Besson a reproduit, à son tour, ces deux morceaux élégants avec toute l’inspiration d’un talent créateur;
2° Le buste, plein de vie, de jeunesse, de noblesse, de Mme Heim, femme d’un préfet, dont l’administration, douce et paternelle, est restée dans le souvenir des Jurassiens reconnaissants;
3° Le buste de M. Courvoisier, garde-des-sceaux de France, sous Charles X, l’une des plus grandes comme des plus nobles figures de notre chère province.
Ce dernier buste, pour ainsi dire, a été fait à la dérobée, pendant un dîner que notre illustre compatriote avait accepté dans notre famille, à Besançon. Caché derrière les amples rideaux qui abritaient une porte vitrée, l’artiste les soulevait à chaque coup d’ébauchoir, et dérobait un trait à la belle figure qui lui servait de modèle. C’est ainsi qu’il a fait, sans que M. Courvoisier s’en doutât, et dans l’espace de moins de quatre heures, un de ses ouvrages les plus parfaits.
Après la sculpture, ou plutôt simultanément, M. Besson s’est mis à la peinture avec cette rage, ce diable-au-corps qui le caractérisent, et nous connaissons de lui de bons portraits, des paysages et des natures mortes, qui ont obtenu des succès aux grandes expositions de Paris.
Elevé au milieu des plâtres, des tableaux, des estampes sans nombre qui encombraient la maison paternelle, Faustin Besson commençait à peine à marcher, que, s’emparant d’un morceau de craie, d’un flusin ou d’un crayon, il essayait déjà de reproduire contre les murs, sur une planche ou sur un carton, les objets qui frappaient le plus sa verve enfantine. Sa vocation, dès lors, se trouvait naturellement indiquée; son père, si bon juge en pareille matière, s’efforça de développer son intelligence artistique, et, tout en lui enseignant les premières règles du dessin, qu’il possède à un haut degré, il lui faisait suivre les cours du collège communal, afin qu’il y reçût l’instruction dont il avait si besoin dans la carrière qu’il allait embrasser. Entré dans l’adolescence, Faustin persévéra dans les dispositions et la volonté précoces qu’il avait jusqu’alors montrées, et une continuité sérieuse, opiniâtre, de travaux et d’essais, saturés d’espérances, en garantirent la valeur et la durée. En voyant une vocation si tenace, son père se décida, malgré les sacrifices que cette détermination allait lui imposer, à envoyer son peintre futur à Paris.
Faustin arrive donc dans la ville aux chefs-d’œuvre, tout imprégné de l’atmosphère artistique qu’il avait respirée depuis sa naissance, et au milieu de laquelle ses idées avaient pris un développement remarquable, et ses études un essor qui ne demandait qu’à étendre de plus en plus ses ailes captives.
Après avoir consacré ses premières semaines à des visites aux divers musées et aux collections particulières, il entra dans l’atelier de M. Adolphe Brune, cette autre célébrité franc-comtoise, qui a fait à Rome, et à ses frais, d’excellentes études. M. Brune, dès ses débuts, obtenait de grands succès. Par malheur, une maladie d’yeux des plus cruelles a ralenti, depuis quelques années, ses pinceaux et sa verve, et ce n’est plus qu’à de longs intervalles qu’il peut se remettre à son chevalet. Les amateurs de la bonne et sévère peinture déplorent, comme ses amis, ce triste état, qui, nous en avons l’espoir, ne se prolongera pas. Cette révélation apprendra pourquoi on a cherché vainement, à certaines expositions du Louvre, les riches toiles de notre compatriote. Voici toutefois comment, dans son numéro du 2 avril 1837, le journal l’Artiste rend compte des tableaux qu’il avait exposés au salon de cette année:
«M. Brune est un élève de M. Ingres;
» mais il a su se frayer une voie qui
» l’a conduit à des succès incontestables. Il
» semble même avoir rompu complètement
» avec les traditions du maître; il est devenu
» un peintre énergique et un grand colo-
» riste; pour lui, il recherche peu les idéa-
» lités. Ce qu’il lui faut, c’est une belle
» nature et la lumière se jouant sur d’har-
» monieux contours; ce sont des seins étin-
» celants, des épaules blanches et veloutées,
» des yeux animés par le vin ou par l’amour,
» des voluptés présentes et déjà pressenties.
» Or, il a trouvé dans la Bible de quoi sa-
» tisfaire les exigences de son talent.»
Ce n’est pas ici le lieu de parler en détail des nombreuses toiles, dues, depuis cette époque lointaine, au talent de M. Brune; mais nous ne saurions nous dispenser de dire un mot, en passant, des peintures dont cet artiste élégant a décoré la salle du sénat au Luxembourg, et qui ont tous les caractères de l’art décoratif; le dessin, fier et bien accentué, l’effet mordant, avec une couleur d’une richesse et d’un éclat tout vénitien. Ces superbes plafonds sont les seuls, à notre avis, qui ne soient pas écrasés par la magnificence de leur encadrement. M. Brune, avec M. Delacroix, est un des peintres de cette époque les plus habiles dans l’art décoratif.
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