Buch lesen: "Discours sur la physionomie , et les avantages des connoissances physionomiques"
Antoine-Joseph Pernety
Discours sur la physionomie , et les avantages des connoissances physionomiques

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066303396
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
Texte
DISCOURS
SUR LA
PHYSIONOMIE,
ET LES
AVANTAGES DES CONNOISSANCES
PHYSIONOMIQUES;
PAR
DOM PERNETY,
Abbé de l’Abbaye de Burgel. Membre de l’Académie
Royale des Sciences&Belles-Lettres de Prusse,
&de celle de Florence, Bibliothécaire de Sa
Majesté le Roi de Prusse.
Speculum mentis est facies;&taciti oculi mentis fatentur arcana.
S. HYERONIMUS.

À BERLIN,
chez GEORGE JACQUES DECKER, Impr. du Roi.
1769.
DISCOURS
SUR LA PHYSIONOMIE,
ET LES AVANTAGES DES CONNOISSANCES PHYSIONOMIQUES.
Table des matières

out ce qui frappe nos yeux, tout ce qui fait impression sur notre esprit commence par nous intéresser. Nous sentons dabord que ce qui n’est pas nous, a cependant un raport avec nous, qu’il peut contribuer à la conservation, ou à la destruction de notre existence. A cet instinct, ou sentiment intérieur se joint ensuite l’expérience, qui nous apprend à distinguer les objets nuisibles, de ceux, qui nous sont avantageux. Mais quand on a quelque chose de plus que la figure humaine, quand on sçait penser, on en saisit les plus petites nuances,&l’on est frappé non seulement par l’utile, mais par l’agréable. On devient curieux,&si peu que l’on ait de dispositions pour acquérir des connoissances, quel plaisir à s’instruire de ce qui paroit digne de notre curiosité! hé! quel est l’objet de l’Univers, qui ne pique pas celle d’un esprit capable de pénétrer dans le sanctuaire de la Nature? Peu y sont admis. Le nombre de ceux, qui sçavent lever le voile tendu sur les yeux des autres hommes, est bien petit. Mais elle a infusé dans tous le germe des sciences utiles;&dans quelques uns seulement l’inclination,&les dispositions pour les cultiver. Seroit-il moins honteux d’ignorer, qu’il est flatteur de connoître, ce qui a fait dans tous les tems,&qui sera toujours l’occupation la plus instructive, la plus utile,&la plus agréable?
De toutes les sciences la physionomique est la plus étendue. Elle est le fondement de toutes les autres; elle est la science universelle, si on la considere dans toute la rigueur du terme.
Nos connoissances sont fondées ou sur nos propres observations, ou sur celles des autres, auxquels nous accordons,&souvent trop légerement, notre confiance; comme s’ils avoient été chargés de penser,&de réfléchir pour nous. Nos Jugemens, fuite de ces observations, ont pour baze les différences, ou les rapports, que les choses ont entre elles. Ces différences&ces rapports sont des traits, des linéamens, des signes caractéristiques&distinctifs, par lesquels nous jugeons que deux choses ne sont pas la même; mais que chacune est telle individuellement. Sur la forme, la couleur nous nous rappelions les connoissances acquises des parties constituantes du mixte, de leur combinaison, de ses qualités, de ses proprietés, de l’usage, que son peut faire pour la conservation,&le bienêtre, ou pour la destruction de notre individu.
La Physique, science fondée sur la considération des corps naturels, eû égard à leur matiere, à leurs causes, à leurs effets, n’est donc proprement que la science physionomique de la Nature;&cette science se divise en autant de genres, ou d’especes, qu’il y a de sciences physiques, ou particulieres. Elles ont pris leurs noms des choses, qui en sont l’objet. Est-ce le ciel, les astres, que nous observons? c’est l’Astronomie, ou la science physionomique du ciel. Malheureusement nous avons la vue trop courte; ces objets sont trop éloignés de nous, pour qu’il nous soit facile d’en observer tous les traits, avec la derniere exactitude; d’assigner avec précision, les rapports de toutes leurs parties; de déterminer leur situation, &leurs différens mouvemens; de décider sur leurs qualités essentielles, ou respectives entre elles, ou rélativement à la Terre. J’admire à ce sujet, combien nous nous fuyons nous-mêmes; combien nous négligeons la connoissance des objets, qui nous intéressent bien davantage,&qui nous touchent de si près, pour nous occuper de ceux, qui sont si loin de nous. Leurs mouvemens,&leurs effets ne seront jamais assujettis à nos desirs, ni à nos volontés. Aussi des observations les mieux combinées, les plus suivies qu’est-il résulté? entre tant de systêmes, trois seulement se disputent la palme, malgré leur incompatibilité. Ils sont même hérissés de tant de difficultés, qu’ils ne nous présentent que des lueurs de vraisemblance plus ou moins probables.
En portant nos observations dans cet espace immense, qui sépare le ciel du globe, sur lequel nous nous promenons, nous y considérons l’air,& ses météores; leurs positions, leurs couleurs, leurs figures, leurs mouvemens: nous prévoyons le beau tems, la pluye, les tempêtes,&ce que nous devons en esperer, ou craindre. Sur ces observations les gens de la campagne réglent leurs travaux;&, dans le fond, plus instruits que nous, ils ne se trompent gueres dans leurs conjectures, fondées, comme les nôtres, sur les signes extérieurs.
Nos regards tombent-ils sur la terre? au premier aspect nous décidons que telle partie de ce globe est de la pierre; celle-là de l’argile, propre à faire des briques, de la poterie&c. celles-ci de la terre franche, dont la culture donnera des fruits, pour notre subsistance. Des yeux plus instruits, &plus clairvoyans jugent aux signes extérieurs, qui caractérisent chaque chose, que telle masse de matiere contient de l’or, une autre de l’argent, ou tout autre métal; que cette croute raboteuse, informe,&sans éclat couvre un diamant, cache un rubis; que cette pierre, dont le brillant,&la couleur d’or en imposeroient à des yeux ignorans, n’est qu’une marcassite sulphureuse, absolument dénuée de ce riche métal, qu’elle semble étaler.
Par le secours d’un œil observateur on descend des propriétés reconnues communes à tous les corps jusques aux propriétés particulieres, la couleur, l’odeur, la saveur, la dureté, la légereté, le son&c. On se trompe quelquefois; mais l’erreur a toujours sa source dans le défaut d’expérience, dans la précipitation de nos jugemens, ou dans les illusions que l’art opere, lorsqu’il est parvenu au point de bien imiter la Nature. Il n’en impose cependant jamais à des yeux éclairés,&défians, à un observateur instruit,&attentif.
Que de l’intérieur de la Terre on monte à sa surface; les yeux en y promenant leurs regards, sont frappés de la variété des plantes. On y considere les formes, leur grandeur, les figures de leurs tiges, de leurs feüilles, leurs fleurs, leurs semences. Ces signes extérieurs servent de baze a la distribution, que l’on en fait en différens genres,&especes. Fondés sur des observations,&sur l’expérience, on leur assigne des vertus, des propriétés, d’où resulte enfin la science du Botaniste, ou la science physionomique des végetaux.
Soit par Simple curiosité, soit par cet instinct naturel, qui veille toujours à notre conservation, nous ne sommes pas moins portés à connoître cette quantité prodigieuse d’êtres vivans, qui peuplent l’Air, l’Eau,&la Terre. Amis, ou ennemis reconnus de l’homme, pour les faire distinguer comme tels, on leur a donné des noms, pris de leurs figures, de leurs cris, ou du caractere propre à chacun d’eux. Signes extérieurs, caractères physionomiques, sur lesquels sont établis les premiers élemens de nos connoissances, eû égard à l’histoire naturelle des animaux.
Les loix enfin, la maniere de les pratiquer,&les usages font la Physionomie d’un État. La Politique est l’art de la connoître: c’est l’étude du monde. Par cette étude bien approfondie, on auroit le génie familier de Socrate. L’attention de ce Philosophe fur le présent, ses réflexions fur le passé,&ses conjectures, qui en étoient une fuite, le rendirent plus clairvoyant dans l’avenir, que les plus profonds Astrologues,&plus éclairé dans les choses présentes, que les plus rusés Politiques. L’Histoire même est-elle autre chose, que la Physionomie du tems passé?
Faut-il entrer dans le détail des autres sciences, qui s’acquierrent par les yeux&les observations? Je ne le pense pas. Personne ne me contestera que réunies elles ne soient proprement la science physionomique de la Nature. Tout porte à l’extérieur un signe distinctis, un signe hieroglyphique, au moyen duquel un observateur en sçait très bien connoître les vertus secretes&les propriétés.
Ces sciences, chacune en particulier procurent à l’Humanité de grands avantages; doutera-t-on de ceux, qui résultent de la connoissance de l’individu le plus noble,&le plus parfait, qui soit sur la terre? n’est-ce pas déjà les avouer, que de restreindre à l’art de connoître les hommes, la signification du terme, Physionomie? Science, qui sans doute, a pris son nom de l’excellence de son objet, de l’utilité, que l’on peut en attendre;&de ce que l’homme étant, pour ainsi dire, l’abrégé du grand monde, étudier l’homme,&le connoître, c’est acquérir des connoissances rélatives à tout l’Univers?
Entrer dans le détail des preuves de cette proposition, ce seroit sortir de l’objet de ce discours. D’ailleurs d’autres en ont fait les frais. Ce ne seroit pas le renfermer dans les bornes de la signification propre du terme Physionomie,&dans la preuve des avantages attachés à la connoissance des hommes; à cet art, qui apprend à découvrir leurs inclinations, même les plus sécretes, les émotions habituelles de leurs ames,&les efsets, qui en résultent; conséquemment leurs vertus,&leurs vices.
La Physionomie consiste dans les traits, les linéamens, la configuration extérieure du visage,&des autres parties du corps humain, dans son maintien, en mouvement, ou en repos.
Considérée dans cette variété presqu’infinie de la combinaison des traits, qui composent les différentes physionomies des hommes, la science physionomique ne sçauroit être l’étude d’un particulier. Un homme vivroit-il autant que durera le monde, il ne lui seroit pas possible de passer en revue tous les individus de l’humanité. Quand il le pourroit seroit-il assés clairvoyant, pour saisir tous les traits, toutes les nuances, qui les différencient,&qui font, que l’on n’en trouveroit peut être pas deux, qui se ressemblent parfaitement? Et puis que résulteroit-il d’une étude aussi séche? l’admiration? nous avons bien plus lieu de nous émerveiller de la différence de visage du même homme, comme s’il en avoit plusieurs de rechange, pour en user, à la maniere d’un masque, suivant les circonstances.
Voyez le visage d’un homme, dont les traits,&les linéamens se modelent, s’arrangent sur les vrais mouvemens du cœur, sur la simple impulsion de la Nature. Considerez ensuite le même visage fardé par l’hypochrysie, par la sourberie, dont les traits sont affectés,&composés pour tromper. Dieu quelle différence?
Mais seroit-il avantageux, ou nuisible de connoître l’intérieur des hommes par ces signes extérieurs, de juger de leurs qualités tant bonnes, que mauvaises à la seule inspection de leur physionomie? Tous ne sont pas du même avis sur cette question;&je ne sçai pas trop pourquoi. Je n’y vois que des avantages. Soutenir le contraire, n’est-ce pas se refuser au cri, à l’instinct de la nature; contredire sa propre expérience, celle de tous les hommes,&de tous les tems? c’est avoir oublié, ou vouloir méconnoître les avantages inséparables des connoissances plus étendues des sécrets de cet Art.
Mr. de Catt a traité cette matiere avec tout l’esprit possible, dans son discours, qui a été lû dans cette Académie. Mais il a jugé à propos de laisser la question indécise. Ses raisons en faveur des avantages, que l’on peut tirer des connoissances physionomiques, me paroissent cependant si victorieuses,&les contraires si foibles, que je suis surpris de son indécision. Me seroit-il permis d’ajouter quelques réflexions aux siennes, pour démontrer avec plus d’étendue ces avantages;&d’examiner seulement en passant, le peu de force des raisons contraires?
La Physionomie est un tableau vivant, très expressif, où la Nature, développe,&présente à nos yeux les vrais traits, qui caractérisent chaque homme en particulier. Exemte d’intérêt,&d’ignorance elle exprime toujours le vrai,&le fait percer à travers cette couleur empruntée de la dissimulation, ce masque de la fourberie, sous lequel l’art s’efforce envain de le cacher. Aux yeux d’un homme ordinaire, accoutumé à être dupe des apparences, ce masque en impose,& sait illusion. Aux yeux d’un simple observateur c’est un nuage leger; Mais pour un homme né physionomiste, ce masque n’est qu’une vapeur subtile, qui se dissipe à l’approche des rayons lumineux du flambeau de la Nature. En s’évanouissant, elle laisse voir le vrai dans tout son éclat. C’est une ombre dans le tableau, qui fait valoir les clairs.
A voir les sociétés d’aujourd’hui, ne diroit-on pas que les hommes ne s’assemblent que pour jouer au Colin-Maillard? Chacun s’empresse de mettre le bandeau sur les yeux de son voisin. On s’exerce, on s’applique à donner le change, pour n’être pas connu. On donne en effet dans le pot au noir; on se casse le nez dix fois, avant même que d’avoir saisi le premier objet, qui nous tombe sous la main. Au moment que nous pensons le tenir, il nous échape. Le tenons-nous, quel embarras, quelle difficulté pour réussir à deviner précisément la personne, sous le son de voix affecté, sous les postures grotesques,&sous l’habit emprunté avec lesquels elle se présente?
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