Buch lesen: "Les artistes normands au Salon (1864)"
Alfred Darcel
Les artistes normands au Salon (1864)

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066326173
Table des matières
BEAUX-ARTS. LES ARTISTES NORMANDS AU SALON DE 1864.
Peinture.
Dessins, aquarelles, miniatures, porcelaines.
Sculpture.
Architecture.
Gravure.
Lithographie.
BEAUX-ARTS
LES ARTISTES NORMANDS
AU
SALON DE1864
PAR
ALFRED MARCEL
ROUEN
IMPRIMÉ PAR D. BRIÈRE ET FILS
RUE SAINT-LO. No7
1864
BEAUX-ARTS.
LES ARTISTES NORMANDS
AU
SALON DE 1864.
Table des matières
Peinture.
Table des matières
Maintenant que les expositions devinnent annuelles, on nous permettra de ne point faire précéder d’un préambule cette revue des artistes normands dont les œuvres figu raient au salon qui vient de se fermer. Après l’avoir à peine terminée, ce sera bien assez que de nous remettre encore au travail dans trois mois, lorsque l’exposition municipale de Rouen sera ouverte.
Nous commençons donc, en suivant, comme d’habitude, l’ordre alphabétique. M. Aillaud, de Rouen, n’a guère eu d’autre prétention que de faire figurer sa carte au salon en y envoyant le Portrait du marquis d’A... et un Voltigeur de la Garde Impériale. Ces deux toiles, très librement, trop librement traitées même, prouvent l’habileté de M. Aillaud. Le portrait équestre du marquis d’A…, en costume de chef d’escadron de l’armée d’Afrique, suivi d’un spahis et lancé au plein galop de son cheval, est surtout d’une couleur agréable et lumineuse. Le type du voltigeur de la garde impériale est assez réussi pour que l’empereur l’ait acquis; mais il nous faut l’an prochain des œuvres plus étudiées et en progrès sur celles de l’an dernier.
Mme Catherine d’Aure, d’Evreux, se livre pour notre malheur à la nature morte. Voici pourquoi nous disons «pour notre malheur». Lorsqu’un tableau de nature morte est quelque peu remarquable, et il faut qu’il le soit beaucoup pour le paraître un peu, on s’en sert en guise de remplissage, pour assortir ensemble deux toiles qui se nuiraient, étant rapprochées. Lorsqu’il est mauvais, on le pend sous la corniche. Celui de Mme Catherine d’Aure servait de liaison entre deux toi les dont les tons violents hurlaient les uns contre les autres, mais il était perdu loin de son rang de bataille.–Quel assemblage de choses disparates sur une table de marbre rouge des Pyrénées! Des pommes dans une assiette, une tête d’artichant, des framboises sur la branche, une cafetière d’argent, des pêches, une cruche à cidre en vielle faïence de Rouen et un potiron pour relever le tout, en avant d’une draperie! Certaines parties sont habilement traitées, comme la cafetière dargent; d’autres sont moins bien; mais le tout ne pourrait que gagner à une facture un peu plus ferme.
M. Albert de Balleroy, de Lanné, était en décadence l’an dernier sur l’année précédente, et ses tableaux n’étaient pas des meilleurs; cette année ils sont au-dessous de ce qu’ils étaient l’an dernier, et ils ne sont pas bons. La maladie de M. Manet, la maladie espagnole, l’a pris, et il peint avec des tons crus, noyés dans l’huile, étalés comme de l’aquarelle et sans liaison, mais aussi sans force. On dit que c’est ainsi que peignaient Velasquez et Goya. Tans pis pour ceux qui le disent, car Velasquez est un grand peintre, Goya est un agréable coloriste, mais la Chasse au sanglier en Espagne et le Cerf a l’eau ne sont ni d’un peintre ni d’un coloriste ha biles.
M. Eugène Bellangé nous inquiète, et nous aurions voulu de plus grands progrès chez lui. Un Soir de Bataille nous semble supérieur aux tableaux du dernier salon, mais nous n’y voyons point que M.E. Bellangé s’y soit corrigé de certaines vulgarités de dessin et des tons groseille dans les rouges que nous lui avions signalés.
Nous noterons un torse nu de troisième plan, qu’il valait mieux ne pas mettre en scène, plutôt que le dessiner de la façon qu’il l’a fait, et une habitude de modeler les fronts où il fait saillir une double gibbosité qui lui est particulière.
Le Soir d’une Bataille de M.E. Bellangé nous motre le troupier français facilement oubleux de la lutte: humain et généreux pour les vaincus. Que les étrangers en tassent autant de leur côté, nous n’y trouverons rien à redire. Les sentiments de fraternité et d’estime internationale ne pourront même qu’y gagner. Donc nous sommes en Italie, au soir d’une bataille que, tout naturellement, nous avons gagnée. Des Autrichiens gisent sur le terrain, morts ou blessés. Les morts ne crient point comme dans cette narration demeurée célèbre, mais les blessés cessent de faire les morts, puisqu’on ne se bat plus et qu’on dépouille quelque peu ceux qui sont couchés à terre. Les soldats français les secourent. Un zouave donne le bras à un officier que les siens saluent en se soulevant. Parmi eux un officier français ne se relèvera plus de la place où il est tombe Un de ses soldats le regarde avec regret, tenant en main son sabre inutile et désormais triste relique de famille. Les divers épisodes de cette scène, disposés sur un tertre, se composent facilement et s’enlèvent, éclairés par les dernieis rayons du jour, sur un ciel d’un gris verdâtre un peu lourd.
Un Intérieur d’Atelier est celui ce M.H. Bellangé père, qui est là, assis dans un coin et regardant une estampe que le jour p perce et fait voir par transparence. L’effet est bien rendu, la couleur bien distribuée; la composition est d’une couleur agréable et solie, et nous engagerions M.E. Bellangé à suivre parfois la voie que lui montre ce tableau. Pour être fils d’un peintre de batailles, peut-être n’est il pas né peintre de batailles lui-même. Joseph Vernet peignait des marines et des paysages, tandis que Carle, son fis, peignait des chevaux et ne croyait point déchoir.
Un peintre de marine, habitué à la mobilité des flots, ne doit pas s’étonner si les jurys sont changeants. Refusé l’an dernier avec de bons tableaux, M. Berthelemy, de Rouen, est admis cette année avec une des meilleures marines de l’exposition. Sur une mer verte aux longues lames profondu, le Vauban plonge son avant, que cache le nuage de fumée noire sorti de sa cheminée. Le grand mât brisé traîne sur son flanc L’équipage travaille sur le pont, qu’éclaire un jour blatard tombant du ciel gris. Peut être l’arrière du vapeur est-il bien long, comparé avec la partie placée à l’avant des roues, qui, peut-être aussi, perd de son importance, la proue étant cachée par la fumée. Mais tout est précis, dessiné avec sûreté et bien dessiné, et d’une coloraion très juste, les opacités de la fumée faisant valoir les transparences du ciel et de l’eau.
Un Brick en détresse à Saint-Vaast-la-Hougue est une toile moins importante et d’un effet plus sourd. Nous y louerons surtout l’effet des lames, qui, chassées par le vent ainsi que les nuages, glissent rapides entre les rochers qui garnissent la côte.
Les tableaux d’architecture de M.G. Bouet, de Caen, que nous continuons à trouver d’une couleur trop uniformément blonde, très habilement distribuée du reste, ont le mérite rare d’être dessinés par un archéologue. Les styles y sont affirmés jusque dans leurs moindres détails avec précision et sans sécheresse. Avec un peu plus de solidité dans la couleur, ces intérieurs seraient excellents.
Le Cheval à l’Ecurie, de M.E. Bujon, figure dans une des salles consacrées aux artistes non admis au concours des récompenses. C’est un grand cheval d’un blanc un peu jaune, comme tout ce qui l’entoure, et qui nous semble dessiné plutôt de souvenir que d’après nature. Que M.E. Bujon y prenne garde, sa facilité pourrait le perdre, et nous ne pouvons que lui conseiller d’en revenir à l’étude de la nature, qu’il a toujours un peu trop négligée, emporté qu’il est par la fougue de son organisation.
Ainsi que Paul Delaroche, son maître, M. Cabasson, de Rouen, est poursuivi de l’amour de la propreté. Saint Louis en prison après la bataille de Mansourah, alors qu’il avait perdu ses chaussures et qu’il marchait sur ses bas-de-chausses, alors qu’il se couchait sur une natte délabrée, au pied du pilier d’une prison, au beau milieu de ses chevaliers malades de la dyssenterie, n’était point vêtu d’un beau pourpoint de velours grenat immaculé et de chausses vertes irréprochables, ressemblant à du bronze antique: quelque autre désordre devait régner en sa toilette, qu’un soulier non chaussé, la majesté royale dût elle en souffrir. Mais cette majesté devait résider ailleurs que dans le costume chez ce guerrier chrétien, que Joinville, malgré la touchante fami harité du récit, nous montre si grand dans ses revers. Puis pourquoi avoir choisi ce type si peu noble, si grotesque même, qui, avec sa perruque rousse, ressemble trop au célèbre Gringalet de notre enfance, maintenant que l’on sait que ce type est relui du roi Charles V? Si la couleur encore était harmonieuse! mais elle crie et manque de ressort. A notre avis, M. Cabasson s’est grandement trompé.
Le Chemin des Dunes à Ploumanach, de M.L. Caillou, de Lisieux, n’est point un agréable chemin. Il passe au beau milieu de grands rochers roses, que fait valoir un ciel orageux, qui du jaune passe au vert, puis au noir. Au loin s’étend la mer glacée. Sans un tout petit Breton, qui chemine au pied de ces rocs et leur sert d’échelle de proportion, on ne devinerait guère quelle est leur grandeur, et c’est là un défaut qui provient du point de vue plongeant que le peintre a choisi. L’effet général est trop sourd, les premiers plans ne venant pas assez en avant, défaut que nous avions signalé dans les paysages exposés par M. L. Caillou l’an dernier.
Le Matin sur les bords de la Risle, malgré un ciel très léger, manque aussi de ressort et surtout de ces teintes ambrées qui font le matin. Le ton dominant est le violet. Si la Risle coule à pleins bords entre des rives si solennelles, au milieu de vertes clairières herbeuses qu’abritent de grandes futaies, aucun fleuve classique ne lui peut rien disputer; et c’est là qu’il faut transporter tout le bagage olympique des peintres d’idylles et des paysagistes de style.
M. Eugène Capelle, de Rouen, n’a point été tout-à fait heureux cette année. Il a peint des Bœufs traversant une lande. Sur la lande sablonneuse pousse une herbe rare: de gros grès couverts de lichens, qui donnent un peu d’ombre au pied de quelques bouleaux échevelès, l’accidentent seuls. Au fond le terrain est meilleur, et les grands arbres d’une forêt et un coteau ferment l’horizon. Le paysage est bien composé et d’une bonne couleur. Les animaux, qui s’avancent dans la dépression qui occupe le centre de la composition, sont bien dessinés; ils étaient à leur plan, mais il a fallu faire jouer un peu de lumière et d’ombre sur ces landes sans accidents. L’ombre portée d’un nuage a fait l’affaire. Mas il arrive que l’ombre est trop noire, et voila les bœufs qu’elle couvre qui entrent dans la toile au lieu d’en sortir. Le noir et le gris froid, voilà les écueils de M. E. Capelle. Sa palette s’est réchauffée cependant; mais si le noir n’est pas absent de la nature, sa fonction est de faire valoir la lumière
non d’attrister encore un gris déjà assez triste lui-même. M. E. Capelle s’est résigné à vivre au milieu des prairies et des bois; les fonds de son tableau témoignent d’un excellent sentiment de la nature, et nous avons l’espoir qu’une étule persévérante lui révélera ces secrets au soleil et de l’ombre, qu’il semble ignorer encore.
Si M. Ch. Chaplin, des Andelys, pouvait lui donner, par surcroît, un peu des gaîtés de sa palette. Les Bulles de Savon, les Tourterelles sont deux charmantes peintures qui représentent deux jeunes filles plus qu’en buste: l’une, en robe de satin blanc et en corsage groseille, souffle des bulles de savon aussi brillantes et aussi irisées que son costume et ses vivantes carnations. L’autre, en robe jaune, le sein demi nu, entouré d’une gaze légère qui ne cache rien, caresse deux tourterelles qui opposent la blancheur de leur plumage à ses chairs brunes et vermillonnées. Ces toiles, si agréables dans les tons blancs et roses, peintes en pleine pâte, rappellent ce qu’il y a de meilleur dans cet art français du dix huitième siècle, qui était si charmant et si faux sous le pinceau de Lemoine, de Boucher, de Trémolliére et de tant d’autres.
Les deux portraits de femme de Mlle Laure de Châtillon, de Chambray-sur-Eure, l’un en buste, l’autre presque en pied, et grands comme nature, sont fort agréablement peints et ajustés, surtout le premier. On pourra reprendre au modelé certaines incertitudes et des duretés qui forment un assez singulier contraste; mais l’arrangement en est habile, cela est bien de son époque, de son année et d’une phase particulière de la mode. Cela est surtout d’une femme.
Le portrait de Mme X..., peint par Mlle F. Chéron. de Mortagne, dans un ton gris blond assez fin et d’une touche un peu fluide, manque de ressort et est par trop négligé dans ses accessoires.
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