Buch lesen: "Les haras et les remontes, la guerre et les brochures"
Adolphe Dittmer
Les haras et les remontes, la guerre et les brochures

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066324216
Table des matières
LETTRE A M. LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL M is OUDINOT.
§ 1 er .
§ 2.
§ 3.
§ 4.
NOTICE SUR LES HARAS IMPÉRIAUX D’AUTRICHE.
NOMS ET NOMBRE DES HARAS IMPÉRIAUX. — LEUR BUT.
EFFECTIF DE LA CAVALERIE AUTRICHIENNE.
AGRICULTURE, PRODUITS, ETC. — CONTENANCE DES HARAS IMPÉRIAUX.
SITUATION NUMÉRIQUE DES HARAS IMPÉRIAUX.
SPÉCIALITÉ DES HARAS.
HYGIÈNE DES HARAS IMPÉRIAUX. — BATIMENS.
ÉCLAIRCISSEMENTS RELATIFS A LA PREMIÈRE ÉDITION DE L’ÉQUITATION ET DES HARAS.
RÉFLEXIONS SUR LE RAPPORT DE LA COMMISSION DU BUDGET DES HARAS ET DES REMONTES;
CONSIDÉRATIONS SUR LES INSTITUTIONS HIPPIQUES, ET SUR LES MOYENS DE PROPAGER ET D’AMÉLIORER LES RACES CHEVALINES En France;
CONCLUSIONS.

LETTRE A M. LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL Mis OUDINOT.
Table des matières
MONSIEUR LE GÉNÉRAL,
Vous avez bien voulu m’envoyer votre dernière brochure sur les haras et les remontes. Je vous en aurais adressé plus tôt mes remercîments, si je n’avais pensé que la meilleure manière de remercier un auteur c’était de lui prouver qu’on avait lu son ouvrage.
J’ai lu et relu le vôtre avec toute l’attention qu’il mérite, Monsieur le Général, et j’espère vous le démontrer tout à l’heure. Peut-être ne serons-nous pas du même avis sur tous les points, peut-être aurai-je peine à admettre l’exactitude de certains faits; je vous demanderai alors la permission d’exposer mes doutes et de vous soumettre quelques observations.
Si je ne me trompe, votre brochure peut se résumer ainsi:
La France manque de chevaux pour remonter sa cavalerie;
C’est la faute de l’administration des Haras, qui, en ne subordonnant pas son action aux nécessités militaires, a trahi sa mission.
En Autriche, l’armée ne manque jamais de chevaux, parce que l’Autriche a des haras militaires qui lui fournissent ses remontes.
Donc, pour que la cavalerie française ait aussi des chevaux, le moyen le plus simple serait de réunir les Haras à la Guerre, qui ferait mieux que n’ont fait jusqu’à ce jour les Haras.
Examinons, si vous le voulez bien, ces quatre propositions; mais je tiens à vous déclarer d’abord que, pour mon compte, je ne doute pas que vous n’ayez parlé avec une impartialité entière et sans arrière-pensée. Votre impartialité, elle est si complète qu’il vous arrive parfois de plaider le pour et le contre; et quant aux arrière-pensées, Dieu me garde de vous en supposer, Monsieur le Général. Lorsqu’on dit franchement, dans un langage plus élégant et plus poli, mais aussi clair: Ote-toi de là que je m’y mette, on exclut tout soupçon d’arrière-pensée. Cela posé, j’entre en matière.
§ 1er.
Table des matières
La France manque-t-elle de chevaux pour remonter sa cavalerie?
Le recensement fait en 1810, lorsque la Belgique et les provinces rhénanes étaient des départements français, porte le chiffre de la population chevaline à 2 498 338.
Le recensement de 1812, établi sur les mêmes bases, signale une diminution de 253 647 chevaux.
Le recensement de 1825 (la France étant rentrée dans ses limites actuelles) présente au contraire une augmentation sur 1812, et donne le chiffre de 2 423 713.
Enfin, selon les tableaux statistiques de M. Moreau de Jonnès, la population chevaline, en 1839 et 1840, était de 2 818 496.
Ainsi, d’après les chiffres officiels, la France possède aujourd’hui 395 384 chevaux de plus qu’en 1825, et 574 806 de plus que la France impériale de 1812.
Il n’y a donc pas eu diminution incessante, comme vous le croyez.
Mais, sur ce nombre de 2 818 496 chevaux, combien sont propres au service de l’armée? C’est une recherche qui fut faite avec le plus grand soin en 1840 lorsque la guerre semblait imminente; et des renseignements précis prouvèrent d’une manière incontestable que la France pouvait fournir immédiatement pour le service de l’armée, et sans nuire aux besoins de l’agriculture ni de l’industrie, plus de 68 mille chevaux de l’âge de 4 à 9 ans. Si donc, à cette époque, on fit ou l’on essaya de faire des remontes à l’étranger, ce ne fut point par pénurie, mais uniquement parce que, dans la crainte d’une longue guerre, le gouvernement voulut ménager les ressources du pays. Ce n’est point ici une opinion personnelle que j’exprime, je cite un fait officiel.
Ainsi, en 1840, la France pouvait fournir instantanément 68 mille chevaux de troupe; et aujourd’hui les remontes ne pourraient trouver leur contingent annuel!
«Désormais, dites-vous, notre cavalerie, même en temps de paix, consommera tous les ans 5 mille chevaux de plus que la France ne peut lui en fournir.» — 5 mille chevaux de plus! cela me paraît exorbitant; comptons. Je lis à la page 35 qu’en temps de paix, le maximum de la remonte sera de 9800 chevaux; or, si l’on était forcé d’en acheter 5 mille à l’étranger, il faudrait en conclure que la France ne peut fournir que 4 800 chevaux de troupe. Quoi! 4 800 chevaux tout au plus! voilà tout ce que le pays peut produire. Oh! si vous ne vous trompiez pas, je m’associerais à vos doléances patriotiques «sur une situation qui mettrait en péril l’honneur et les destinées du pays»; mais, grâce au Ciel, c’est une erreur, et, fort heureusement, votre tableau de la page 22 va dissiper ces craintes chimériques. Ce tableau nous apprend en effet qu’en 1831 l’armée a bien su trouver en France 8 202 chevaux, et 9 403 en 1840. Objectera-t-on que ces deux époques sont exceptionnelles, et que, dans la prévision d’une guerre, on a acheté alors tout ce qui s’est rencontré, bon ou mauvais? Mais en 1838, on pouvait choisir, on ne redoutait aucune éventualité de guerre; et pourtant, cette année-là, l’armée a acheté en France 9 065 chevaux. Il n’y avait donc pas pénurie.
Il n’y a jamais eu pénurie, et vous allez vous le prouver à vous-même, Monsieur le Général: car de la comparaison de votre tableau A, page 91, avec votre tableau de la page 22, il résulte clairement que de 1831 à 1841, pendant que l’armée achetait 52 700 chevaux, le commerce en exportait 44 691.
Pardonnez-moi, Général, de combattre vos paroles par vos chiffres. Peut-être, dans le cours de cette discussion, m’arrivera-t-il de relever quelques contradictions encore; mais n’allez pas en inférer, je vous prie, que je doute de votre bonne foi. Si je n’en étais persuadé, je me tairais: car discuter contre la mauvaise foi, c’est perdre sa peine et son temps. Que voulons-nous, vous et moi? La vérité : eh bien! cherchons-la avec le ferme désir de la trouver, et nous la trouverons. Déjà les nuages qui l’enveloppaient commencent à se dissiper; déjà les chiffres officiels et vos propres chiffres ont prouvé que la pénurie qui vous alarmait n’existe pas; continuons.
On a vu quelquefois des disettes factices: inutile d’expliquer ici comment certains spéculateurs les préparent et les exploitent; c’est un fait assez connu. Dieu me garde de rien soupçonner de semblable dans l’affaire qui nous occupe; toujours est-il que, tandis que l’armée se plaint de ne pas trouver de chevaux, les éleveurs prétendent que leurs écuries en regorgent. Où est le mensonge? Nulle part peut-être: car si d’un côté l’on ne voulait pas acheter, et si de l’autre on ne voulait pas vendre à certaines conditions, la disette se rencontrerait au milieu de l’abondance. Voyons donc les conditions imposées par l’acheteur.
L’acheteur dit au vendeur: Je ne veux que des chevaux bons ou très bons, et je les paie selon le tarif, c’est-à-dire un prix souvent inférieur au prix de revient.
Le vendeur répond tout naturellement: «Le bon et
» le très bon ont dans le commerce une valeur supérieure
» au prix que vous m’offrez. Quand l’armée
» achète du drap de troupe à 10 fr. le mètre, elle
» n’exige pas que ce soit du drap de Louviers superfin,
» très beau et très bon: pourquoi donc, au
» prix moyen du tarif pour les chevaux de troupe,
» voudriez-vous que je vous fournisse des chevaux très
» bons, dont le commerce me donnerait deux fois plus.» — Je n’invente pas cette réponse; je la copie dans la lettre adressée par un des principaux éleveurs de la Normandie au Pilote du Calvados . On ne saurait trop le répéter: dans nos contrées chevalines le prix des fourrages ne permet pas d’élever de bons chevaux à bon marché : car, quelle que soit l’intelligence du producteur, le prix de revient de ses produits fabriqués ne pourra jamais être inférieur au prix de la matière première. Or ici la matière première, c’est la nourriture; et quand on est forcé de dépenser 700 fr. pour bien éleverun bon cheval jusqu’à l’âge de quatre ans, on ne peut pas le vendre 25 louis. En thèse générale, c’est fort bien de ne vouloir que du bon ou du très bon; mais alors il faut le payer, comme le dit fort sensément l’éleveur du Calvados. Il est évident, en effet, que, si les bons chevaux ont dans le commerce un prix supérieur au tarif de la guerre, les officiers de remonte, bornés par ce tarif, se trouveront dans l’alternative de n’acheter que du médiocre ou de ne rien acheter. C’est ce dernier parti qu’ils paraissent avoir adopté, d’après l’éleveur que je citais; et à ce propos, voici un autre passage assez curieux de sa lettre: M. le colonel du dépôt des remontes de Caen ayant dit dans un journal que les chevaux qui restaient maintenant en Normandie avaient déjà paru dans les foires sans trouver d’acheteurs, ou étaient entre les mains des marchands: — «Parbleu, je le crois bien, répond
» l’éleveur; puisque la Guerre n’achète pas, il faut
» bien que nous vendions aux marchands ou que nous
» ne vendions pas du tout. Mais remarquez le singulier
» raisonnement de l’administration de la Guerre:
» lorsque les chevaux sont entre les mains des éleveurs,
» elle n’en veut pas, sous prétexte que les marchands
» n’en ont pas voulu; et quand les marchands en
» ont voulu, elle n’en veut plus, sous prétexte qu’ils
» n’appartiennent plus aux éleveurs. En opérant ainsi,
» on comprend que la Guerre ne trouve pas beaucoup
» de chevaux .»
Voilà bien la disette factice dont je parlais tout à l’heure. Je ne prétends pas qu’il y ait eu complot pour la faire naître et l’exploiter ensuite dans tel ou tel intérêt; non, je ne veux pas le croire, et d’ailleurs, votre nom seul m’est garant que jamais vous n’auriez voulu vous prêter à de pareilles combinaisons, si elles ont existé. Mais, tout en rendant justice à la loyauté de votre caractère, certaines personnes, moins confiantes que moi, pourraient soupçonner qu’au dessous de vous, autour de vous, on manœuvre depuis long-temps pour tromper le pays sur cette question; soupçons injustes, je le répète, mais justifiés jusqu’à un certain point par les apparences. Il semblerait, en effet, qu’il y eût parti pris de ne pas trouver de chevaux de troupe en France, afin de réclamer ensuite, au nom du salut public, la réunion des haras aux remontes.
Voyez ce qui se passa, en 1840, au moment même où les puissances étrangères venaient de prohiber l’exportation des chevaux. «Le gouvernement, dit le général d’Outremont, résolut de recourir au système de l’achat direct par les corps, au moyen de la libre concurrence. Des instructions furent en conséquence expédiées à tous les préfets par les ministres de l’intérieur et du commerce. Le ministre de la guerre est seul resté muet; et lorsqu’il a parlé, c’est-à-dire un mois après les autres, les propositions faites provisoirement aux régiments, et qui, restées long-temps sans réponse, étaient déjà fort chancelantes, ont été annulées tout à fait .»
Franchement, que doit penser un éleveur, témoin de toutes ces choses? L’armée se plaint de manquer de chevaux; et il en amène. On les refuse, parce qu’ils ne sont pas bons ou très bons; et il regarde alors les chevaux achetés à l’étranger. Sont-ils bons ou très bons ceux-là ? Je n’en veux rien dire; vous allez prononcer vous-même, Monsieur le général; voici vos paroles: «Ces achats, faits à la hâte, ont introduit dans l’armée un assez grand nombre de chevaux d’une mauvaise constitution et impropres au service militaire.» (P. 79.) — Parfaitement jugé ! et je suis heureux de me trouver cette fois de votre avis; mais je m’estimerais plus heureux encore si j’avais pu vous convaincre que la pénurie dont vous vous plaignez est une chimère. Je crois l’avoir démontré par le tableau des achats et des exportations, et par le document officiel qui constate qu’en 1840 l’agriculture aurait pu fournir plus de 60 mille chevaux à l’armée. Eh bien, pour un moment, et malgré toutes les preuves du contraire, j’admets que la pénurie soit réelle, et j’arrive à la seconde question.
§ 2.
Table des matières
Si effectivement notre cavalerie ne pouvait se remonter en France, faudrait-il en attribuer la faute aux Haras, qui, en ne subordonnant pas leur action aux nécessités militaires, auraient manqué à leur mission?
Le reproche est grave; voyons jusqu’à quel point il est mérité.
D’abord, dans quel but l’empereur a-t-il rétabli les haras? Votre brochure ne l’explique pas clairement. Je vois, pages 64 et 66, «qu’ils ont été créés surtout en vue de l’armée, et qu’ils manqueraient à leur mission s’ils ne subordonnaient pas leur action aux nécessités militaires.» Mais plus loin, page 88, vous avez changé d’avis: «Ils ont été créés, dites-vous, pour préparer à l’industrie les moyens de se passer de leur concours.» — De ces deux assertions contraires, laquelle admettre? Ni l’une ni l’autre n’est complétement exacte. Les haras ont été rétablis, en 1808, pour remédier, sous le rapport hippique, à la division des propriétés et à l’insuffisance des fortunes particulières. Si la France avait beaucoup de grands seigneurs terriens dépensant, comme lord Grosvenor, 5 millions en une seule année, dans un haras particulier , les chambres pourraient se dispenser de donner 2 millions aux haras du gouvernement; mais il faut bien que l’État fasse chez nous ce que fait en Angleterre l’aristocratie, puisque lui seul est assez riche pour cela. Fournir à très bon marché aux éleveurs, généralement pauvres, les étalons améliorateurs, qui coûtent fort cher, voilà donc le but de l’institution des haras. Ils ne sont chargés que de l’amélioration, et non la production. Pour s’occuper de la production, il leur faudrait un nombre d’étalons dix fois plus considérable. On a calculé, en effet, que, tous les ans, 250 mille chevaux environ entraient en service pour remplacer les pertes. Ces 250 mille chevaux supposent |600 mille juments saillies, ce qui nécessite 12 mille étalons; tandis que le budget des haras n’a jamais permis d’en entretenir plus de 1200, même sous le régime impérial. En conséquence, diriger tous ses efforts vers l’amélioration des races, et abandonner la production à l’industrie particulière, telle était la marche imposée à l’administration par le bon sens comme par la force des choses. Et l’on vient lui reprocher aujourd’hui de ne pas subordonner son action aux nécessités militaires! Qu’est-ce à dire? L’administration des Haras ne peut forcer l’industrie agricole de livrer ses produits à l’armée; elle ne peut pas imposer au cultivateur une spéculation ruineuse. Si donc la production du cheval de troupe ne suffisait pas à la consommation, ce serait un malheur sans doute; mais sur qui retomberait la faute? Vous posez vous-même en axiome (page 65) «que l’administration qui consomme peut seule agir d’une manière efficace sur la production». Or, c’est encore vous qui le déclarez, «la Guerre est aujourd’hui le plus grand et pour ainsi dire le seul consommateur des chevaux de selle en France». Donc, si la production du cheval léger ne suffisait pas à la consommation, la faute en serait à l’administration qui consomme, en un mot, à la Guerre, qui n’aurait pas agi d’une manière efficace. Voyons, en effet, sa manière d’agir. La confession est curieuse:
«En 1791, l’intervention directe des corps dans les achats paraissant offrir plus d’inconvénients que d’avantages, l’administration de la Guerre eut recours à des marchés généraux. Presque toutes les remontes livrées par les fournisseurs étaient tirées d’Allemagne.» (Page 13.) — Premier encouragement pour l’industrie française; c’est bien commencer. — «On créa de grands dépôts pour recevoir les chevaux provenant de ces marchés et des réquisitions.» — Les réquisitions! second encouragement. — Mais bientôt l’on s’aperçut que ces marchés généraux offraient aussi quelques inconvénients: par exemple, en l’an IX «le dépôt du Bec-Hellouin avait annoncé le départ de 3 542 chevaux qui ne sont jamais arrivés à leur destination.» (Page 13.) — Pour mettre un terme à ce désordre, que fit-on? on revint au système qui avait plus d’inconvénients que d’avantages, l’intervention directe des corps dans les achats. Les remontes alors arrivèrent à leur destination; mais «les chevaux achetés par quelques régiments n’étaient propres à aucun genre de service.... Presque tous les marchés étaient simulés.... Les officiers faisaient de la remonte un objet de spéculation, soit dans leur propre intérêt, soit dans celui des conseils d’administration..... Partout des dilapidations et des banqueroutes. » (Page 14.) — Qui souffrait de ces banqueroutes? Probablement les éleveurs; troisième genre d’encouragement. — «Alors le mode de remontes par marchés généraux fut rétabli à l’exclusion de tout autre.» (Page 15.) — On a vu quel bien avait déjà produit ce mode de remontes; les mêmes causes devaient ramener les mêmes effets: «les propriétaires et cultivateurs du Calvados firent entendre de nombreuses plaintes contre les fournisseurs, qui les abreuvaient de dégoûts et les forçaient à renoncer à l’élève du cheval. (Page 17.) — Quatrième encouragement.
En résumé (je cite vos expressions), «par l’achat de chevaux étrangers et en modifiant les conditions relatives à la taille, à l’âge et à la castration, on a semé l’inquiétude parmi les éleveurs.»
Jusqu’à présent, l’administration qui consomme a agi d’une manière efficace sur la production, mais en sens inverse de ce qu’il fallait faire. Enfin apparaissent les nouveaux dépôts de remontes.
Loin de moi la pensée de les attaquer. Lorsque la Guerre attaque violemment l’administration des Haras, il me serait licite et facile sans doute d’user de représailles; mais je ne suivrai pas l’exemple qu’on m’a donné : j’ai naturellement peu de goût pour l’anarchie. Je ne me permettrai qu’une simple observation, Monsieur le Général: en affirmant, page 31, que «chaque jour les propriétaires apprécient mieux le bienfait de ces dépôts» , ne vous faites-vous pas illusion, ne prenez-vous pas vos désirs pour des réalités? Les propriétaires ne partagent pas tous votre avis: car le conseil général d’agriculture, composé de propriétaires, a demandé formellement la suppression des dépôts de remontes; elle est réclamée aussi par la pétition que les principaux éleveurs du Calvados ont dernièrement adressée à la Chambre; singulière preuve de popularité ! Quand une réunion des agriculteurs les plus éclairés, venus de tous les points de la France, sollicite la suppression du mode actuel des remontes, on peut ne pas le croire extrêmement favorable à la production; mais il ne me convient pas d’insister là-dessus. Quels que soient les inconvénients des dépôts de remontes, la production souffre bien plus encore des variations continuelles dans l’effectif de la cavalerie. Comment baser sur le chiffre de telle année une spéculation dont le terme ne doit échoir que cinq ans plus tard? Dans cinq ans, un autre ministre aura-t-il les mêmes idées que son prédécesseur? une autre chambre votera-t-elle le même effectif? Personne ne peut le prévoir. Vous avez beau vanter «la permanence des achats, qui assure le placement immédiat des produits», l’éleveur, instruit à ses dépens, sait à quoi s’en tenir sur cette permanence. Votre tableau de la page 22 ne lui apprend-il pas d’ailleurs que l’armée achète tantôt 8 000 chevaux, tantôt 1 300, tantôt 9 000, tantôt 79; oui, 79, tel est le chiffre de l’année 1834! Dites-moi, je vous prie, que signifiait pour cette année la permanence des achats? Je vois bien la permanence des dépôts de remontes ( et leurs frais d’état-major, répartis sur 79 chevaux, ont dû en augmenter un peu le prix, soit dit en passant); mais entre la permanence des dépôts et la permanence des achats la différence est grande. Si les éleveurs avaient compté, pour 1834, sur une remonte de 8 mille chevaux comme en 1831, ou seulement de 5 mille, comme en 1832, ils n’ont pas dû trouver le placement immédiat de leurs produits dans une remonte générale de 79 chevaux. De bonne foi, cela ne devait pas les encourager à produire les 9 mille chevaux dont l’armée a eu besoin en 1838, et qu’elle a trouvés cependant (tableau de la page 22).
En présence de tels faits, après de pareils encouragements donnés au producteur par le consommateur, la Guerre devrait-elle se plaindre de ce que dans les anciennes provinces chevalines on abandonne l’élevage du cheval de selle pour faire, ici des chevaux de poste, là des mulets, plus loin des bêtes à cornes? En admettant ce fait, à vous en serait la faute: car si les cultivateurs ont changé leur spéculation, c’est que probablement ils y ont trouvé de l’avantage; et s’ils y ont trouvé de l’avantage, c’est que le consommateur de chevaux de selle n’a pas donné au producteur une rémunération suffisante.
Au reste, Général, vous êtes de cet avis (pages 20 et 21); je cite textuellement: «Si l’effectif de la cavalerie n’avait pas éprouvé des réductions qui ont, à diverses reprises, interrompu les achats; si le service important des remontes avait toujours été confié à des hommes spéciaux et expérimentés, la France ne se serait pas trouvée dans l’obligation de dépenser récemment 20 millions, hors de son territoire, pour remonter ses troupes à cheval.» — Voilà la meilleure justification des Haras et la réfutation la plus complète de votre brochure.
Die kostenlose Leseprobe ist beendet.